Voyage à Yoshino (Vision)

yoshinoIl est bien rare, voire carrément inhabituel, que je me rende au cinéma sans avoir lu le pitch d’un film. Ce fut le cas avec ce dernier long-métrage de Naomi Kawase, qui m’avait éblouie avec Les délices de Tokyo et Vers la lumière, et finalement c’était une bonne chose car Voyage à Yoshino ne ressemble en rien aux deux précédents. C’est à prendre comme un avertissement car lorsque je vois les avis (plutôt mauvais) presse et spectateurs, je me dis qu’il ne fait pas bon changer de voie et expérimenter de nouvelles formes narratives, sous peine de se faire démolir par un public qui aime son petit confort intellectuel occidental.

Jeanne, une Française (interprétée par une Juliette Binoche habitée par la sensualité) se rend au Japon pour chercher une plante médicinale rare censée guérir de toutes les souffrances, appelée “vision” (le titre original du film. Peut-on me dire ce qui justifie d’en changer ? C’était quoi le problème ? A chaque fois c’est pareil ! Bref…). Elle débarque en pleine région montagneuse de Nara, recouverte d’une forêt dense, et tombe sur Tomo, un bûcheron taciturne et solitaire, qui ne semble avoir pour seule amie qu’une vieille femme aveugle enthousiaste et un peu sorcière. Cette dernière avait prédit la venue de Jeanne, à demi-mots, et à son arrivée elle va lui donner quelques explications nébuleuses au sujet de cette mystérieuse plante, qui ne lâche ses spores que tous les mille ans. Rien qu’avec ce résumé de l’intrigue, vous aurez compris que nous ne sommes pas là dans le réalisme des Délices de Tokyo mais dans un conte merveilleux, une fable et c’est ainsi et pas autrement qu’il faut envisager Voyage à Yoshino.

Pour servir ce conte, Naomi Kawase a joué comme jamais de ses talents de metteuse en scène de la lumière. Les images sont somptueuses (je ne vous raconte pas les paysages de dingue, à l’automne (voir la bande-annonce)) et certaines, des gros plans sur des végétaux, de l’eau, sont d’une poésie visuelle extraordinaire. Et comme à son habitude, elle préfère les plans rapprochés sur les visages, dont on distingue nettement chaque pli, chaque pore.

Si parfois on ne comprend pas bien ce qu’il se passe, si les dialogues un peu décousus perdent le spectateur, c’est pour mieux arriver à l’unité à la fin du film, que je ne vais pas vous raconter. J’avais deviné l’issue mais j’ai aimé cette façon d’amener les choses, de tourner autour de ces âmes solitaires avec lenteur. Dommage que je ne puisse pas tout raconter mais chaque étape de ce voyage est un pas en avant nécessaire, qui ne fait peut-être pas sens sur le moment mais qui, avec le recul, se révèle indispensable. Je pense que si certains trouvent l’intrigue un peu mièvre, c’est qu’ils n’ont pas saisi le sens de ces étapes, avec cette fichue manie occidentale d’avoir des scénarios ficelés comme des rôtis. Car ce film, contrairement aux précédents cités au début de mon article, revient vers quelque chose de plus “japonais”, où la lenteur et l’ellipse, où l’économie de mots et de gestes laissent le champ libre à la poésie et au merveilleux, et aux subtilités psychologiques. Il est question ici d’amour et de résilience, et du chemin parfois long et tortueux nécessaire pour y arriver.

J’ai trouvé beaucoup d’analogies avec certains films animés, de Miyazaki par exemple, en raison de l’omniprésence de la forêt, personnage à part entière, vivant, et aussi de cette part de merveilleux, de sorcellerie.

Je trouve la bande-annonce plutôt réussie (pour une fois)

3 Comments

  1. Je ne vais quasiment jamais au cinéma mais là, tu m’as clairement donné envie ! J’ai pas cherché mais il est aux Ambiances ? Tu l’as vu en VO ?

    1. @Atifouiz : ah ben cool ! Il passe aux Ambiances oui, mais pas sûre qu’il soit prolongé mercredi… Il est en VO et elle est indispensable vu qu’il y a des dialogues en japonais, français et anglais.
      Mon article contient suffisamment d’avertissements en cas de déception :-p mais j’espère que tu aimeras !

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