Cantique de l’infinistère, à travers l’Auvergne

cantique2L’auteur de ce cantique, François Cassingena-Trévedy, est un moine bénédictin à l’abbaye de Ligugé près de Poitiers. Son récit, édité dans la collection “Arpenter le sacré” chez Desclée de Brouwer, a été récompensé par le Grand prix catholique de littérature 2017. Euh, pardon ? Mais qu’est-ce qui a bien pu me prendre, moi l’athée, moi l’anti-cléricale, moi l’impie, de lire ce livre pétri de religiosité et de références bibliques ? Parce que je prépare ma prochaine retraite spirituelle pour échapper à ce monde qui s’écroule ? Ça pourrait, à bien y réfléchir, ne me tentez pas. Mais non. C’est parce que c’est avant tout l’histoire d’un marcheur solitaire, qui traverse le Cézallier. Cette simple évocation suffit à me faire rêver d’espaces infinis battus par les vents, à des burons perdus dans les steppes auvergnates, à des rencontres improbables dont, pourquoi pas, Dieu, tiens, ça ne me surprendrait même pas tant le Cézallier envoûte quiconque pénètre sur ses terres.

L’infinistère, c’est le nom que François Cassingena-Trévedy a donné au Cézallier. Évidemment par opposition au finistère, à cette terre qui s’arrête, et pour souligner l’impression qui se dégage de ces terres volcaniques ondoyantes, celle d’un paysage ouvert sur un horizon lointain, infini.

Si la traversée du Cézallier durera 7 jours, notre moine en profite, en 2015, pour séjourner plus longuement en Auvergne, chez ses amis de très longue date du côté de la ferme de l’Angle vers le col de la Croix Saint-Robert. Son point de départ est le lac Pavin, sous une météo peu favorable de mois d’octobre. Nous le suivons de gîte en gîte, de croix en église, de ferme en bistrot de pays, dans un périple où la solitude profonde et la chaleur humaine se répondent comme deux évidences. J’en ai lu, des textes sur l’Auvergne, mais j’avoue avoir rarement été tant émue par des descriptions de paysages, de gens, jusque dans les définitions des termes, des lieux, qui m’ont fait me sentir bien ignorante de ce que je côtoie et promeut depuis tant d’années. Ce cantique s’adresse à cette terre, au Cézallier, à l’Auvergne, à leurs habitants, à ces émotions qui submergent quiconque foule cet espace sauvage, hostile mais terriblement séduisant, magnétique, hypnotique. On peut admirer la chaîne des Puys, être impressionné par le Sancy ou les monts du Cantal, mais le Cézallier, d’apparence plat et désolé, suscite toujours une sorte d’attraction animale, installe au fond des coeurs un souvenir aussi apaisant que vertigineux chez ceux qui l’ont arpenté. La marche, ici, revêt un caractère mystique, on est seul face à l’horizon, face au vent, et l’on est bien obligé d’aller puiser quelque part des ressources physiques et intellectuelles pour continuer d’avancer.

Alors oui, bien sûr, notre moine bénédictin est venu frotter sa foi aux sols volcaniques donc son récit est ponctué de citations des saintes écritures. Mais pas seulement. Gracq, Pascal, Rimbaud, Dante et même Jean-Louis Murat, François Cassingena-Trévedy va chercher dans la littérature, la poésie, les résonances avec ses sensations, avec les réflexions que lui inspirent les paysages et ses rencontres, sans jamais chercher à convertir le lecteur. Moi l’athée, l’impie, l’anti-cléricale, je n’ai été nullement gênée par la promiscuité de ce Dieu qui accompagne l’auteur au quotidien. J’ai même trouvé que Dieu faisait pâle figure face aux déclarations enflammées, fébriles et païennes de son serviteur vis-à-vis d’une nature toute puissante, intimidante, enveloppante. Et c’est ainsi que je préfère la religion, lorsqu’elle invite à une réflexion qui nous dépasse, lorsqu’elle pousse à sonder le coeur et l’âme sans obligation d’en extraire une réponse, juste en nous faisant sentir que nous sommes quelque chose en harmonie avec un grand tout, quel qu’il soit. L’écriture de François Cassingena-Trévedy est à la fois limpide et exigeante, sobre dans les descriptions du quotidien et ciselée lorsqu’elle tutoie les hauteurs métaphysiques. Et je retiendrai cette bienveillance, cet amour inconditionnel du moine pour ses amis montagnards, d’un jour ou d’une vie, dépeints comme des modèles de générosité, de partage et de fidélité. 

“Le sacré […] est dans le simple être-là des arbres, des rochers, des bestiaux, des hommes ; il est dans ces alcôves de pâtures que les fayards trapus protègent de la bise, dans ces rus miraculeusement limpides dont la fraîcheur coupe les jarrets, dans ces silhouettes individuelles des montagnes auxquelles un coup d’œil rustique a donné jadis un nom familier, concret ou truculent.”

“En son opiniâtreté de granite et de lave séchée comme un bouse de vache, en sa ruralité souveraine, le Massif central conjure les palpitations cardiaques de la France : il la sauve de la vulgarité, et probablement de la folie.”

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En savoir +

www.editionsddb.fr/livre/fiche/cantique-de-l-infinistere-9782220081779

www.franceculture.fr/emissions/chretiens-dorient/le-cantique-de-la-marche-avec-francois-cassingena-trevedy

www.surjeanlouismurat.com/l-infinistere-d-auvergne-cassingena-murat

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