Les copains

Je n’avais jamais pris le temps de me pencher sur ce classique de la littérature et du cinéma, qui a laissé une empreinte durable en Auvergne et plus précisément à Ambert, où on trouve un restaurant nommé Les Copains, ainsi qu’une emblématique course cycliste du même nom.

Ce court roman de Jules Romains, paru en 1913, nous raconte l’épopée potache et irrévérencieuse de sept copains, Bénin, Broudier, Lesueur, Martin, Lamendin, Omer et Huchon. A l’occasion d’un dîner très copieusement arrosé à Paris, où ils habitent tous, ils décrètent, en regardant une carte de France, que les sous-préfectures d’Ambert et Issoire les regardent d’un mauvais œil. Ils décident donc de se venger. C’est en ordre dispersé qu’ils se rendent à Ambert, où ils ont rendez-vous au milieu de la nuit devant la façade de la mairie, qui comme chacun sait (ou pas), est ronde (la seule de France), annonçant quelques quiproquos. Une fois l’équipe au complet, ils se préparent aux trois représentations qu’ils ont prévues, car leur vengeance prend la forme de mises en scène visant tout à tour la caserne d’Ambert, la cathédrale d’Ambert et une place d’Issoire. En s’attaquant à l’autorité de l’Etat, à l’Eglise et aux icônes du récit national (Vercingétorix), le message des copains est clair mais ce n’est pas le seul. Jules Romains célèbre ici l’amitié, façon buddy movie avant l’heure. 

Le buddy movie prendra corps en 1965 avec une adaptation mise en scène par Yves Robert. Le casting est royal : Philippe Noiret, Pierre Mondy, Michael Lonsdale, Guy Bedos, Jacques Balutin, Christian Marin, Claude Rich, Claude Piéplu, Tsilla Chelton, Jean Lefebvre pour les principaux, avec une toute petite apparition silencieuse de Marie-Christine Barrault et la célèbre chanson de Brassens en fil rouge. Tout en étant très fidèle au roman de Jules Romains, cette adaptation étoffe les personnalités, contextualise, afin de fluidifier le récit qui est à l’origine plus flou, comme un conte, et parfois un peu difficile d’accès. Le film modernise et dynamise le propos et j’avoue avoir préféré cette version, qui permet notamment de mieux s’approprier les sept personnalités (ce qui est un exercice difficile sur un court roman et qui est grandement facilité par les comédiens talentueux) et qui, évidemment, permet de voir les paysages d’Auvergne avec quelques énormes mais belles invraisemblances. Bénin et Broudier sont censés faire le trajet jusqu’à Ambert à vélo et dans le film, on les voit dans la vallée de Chaudefour et à proximité du viaduc de Garabit (à peu près au même moment d’ailleurs), ce qui n’est pas exactement le trajet le plus court (ni celui évoqué dans le roman). Mais peu importe. On voit bien sûr la mairie ronde sous toutes les coutures, ainsi que des vues d’Ambert. Une petite déception à la fin où dans le roman les copains descendent en Haute-Loire du côté du Meygal alors que dans le film ils remontent vers la Seine. Autre fait notable, à mon sens, c’est la scène dans la cathédrale, lorsque Bénin déguisé en prêtre (Philippe Noiret) exhorte les fidèles à céder aux appels de la chair : dans le roman, les fidèles se lâchent DANS la cathédrale mais dans le film, non, la scène d’ “orgie” a été déplacée dans les jardins. Je suppose qu’il ne fallait pas choquer la bonne société de 1965 ! Idem pour la scène avec Vercingétorix-Lesueur nu sur son cheval à Issoire : Jules Romains insiste sur son “anatomie” et bien sûr dans le film… on l’évite soigneusement ! Même si j’ai préféré le film, il faut reconnaître à la littérature sa liberté plus grande en termes d’évocations subversives.

Poème (éthylique) de Broudier :

« Feuilles dont la structure imite une passoire,
Tristes rameaux d’automne aux marronniers d’Ambert,
Mon coeur qui vous contemple a le regret d’Issoire,
Mon coeur que je compare au coulant camembert. »

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Le film Les Copains est disponible sur Prime Video (si vous êtes abonnés)

Restaurant Les Copains à Ambert 

Course Cyclo Les Copains

Mon article où j’évoque la chute de mon smartphone dans les toilettes à la turque de la fameuse mairie ronde…

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