Illusions perdues

Merci au cinéma Les Ambiances d’avoir reprogrammé quelques jours ce film qui a raflé 7 César lors de la dernière cérémonie : meilleur film, meilleure adaptation, meilleure photographie, meilleurs costumes, meilleurs décors, meilleur second rôle pour un acteur masculin pour Vincent Lacoste et meilleur espoir masculin pour Benjamin Voisin dans le rôle principal de Lucien de Rubempré. Autant dire que les attentes étaient grandes en franchissant les portes de la salle obscure, surtout pour un film qui s’appelle Illusions perdues. 

Je n’ai quasiment rien lu de Balzac, j’ai lu une pauvre nouvelle, Gobseck, dont je n’ai aucun souvenir si ce n’est que c’était ennuyeux à mourir (au collège il me semble). Le film m’a donné une grande envie de me pencher sur la Comédie Humaine, tant les sujets traités, le cynisme, la subtilité des rapports humains et des travers de la société du XIXe siècle sont passionnants. Et j’ai un penchant naturel pour le XIXe siècle en littérature.

Le film est long, 2h30, mais on peut dire que Balzac avait le sens du rebondissement donc on ne s’ennuie pas (à moins que ce soit la qualité de l’adaptation qui rend l’histoire si palpitante). On suit avec avidité la quête de reconnaissance de Lucien de Rubempré, jeune poète de province qui espère se faire un nom à Paris avant d’enchaîner des hauts et des bas, nécessaires étapes d’apprentissage d’un monde hostile, pervers et sans pitié pour les faibles ou les mal-nés. En ce milieu du XIXe siècle, on navigue dans les salons courtois, dans les rédactions de journaux satiriques où l’article se vend au plus offrant, dans les coulisses des théâtres où le succès se fait et se défait au gré des inimitiés, on découvre une société qui se “capitalise” avec des perversions qui viennent s’ajouter à celles déjà bien installées de la bonne société royaliste. Cette plongée dans le journalisme balbutiant m’a fait penser à Bel-Ami de Maupassant, que j’adore, et ça m’a donné envie de le re-relire. Le regard de Balzac (et celui de Maupassant) sur son époque est effrayant de modernité et l’on pourrait transposer facilement les déboires d’un Lucien dans notre consternante société contemporaine de l’image et des petites phrases.

Ni Benjamin Voisin ni Vincent Lacoste n’ont volé leur César. Le jeune espoir masculin porte le film de bout en bout avec ingénuité et gravité, je lui ai même trouvé de faux airs de Gaspard Ulliel. Pour les autres César récoltés, pas d’objection non plus, c’est un grand film de facture classique certes, mais sans faute de goût et avec beaucoup de panache.

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