Lisières de Clermont-Ferrand

Vous connaissez Clermont-Ferrand ? Mieux, vous y habitez ? Mais connaissez-vous son périmètre exact ? Ses lisières ?

Vous y passez souvent, sans y prêter attention, même dans les bouchons. Parfois, on ne saurait même pas dire si l’on est à Clermont, à Chamalières, ou à Aubière. Pourtant il existe bel et bien une frontière entre les communes et au-delà des responsabilités administratives et logistiques, on peut y voir une dimension poétique, et c’est elle que Lucas Falchero, photographe et auteur, souhaité mettre en lumière dans son projet des lisières de Clermont-Ferrand.

Cliquez sur l’image pour accéder au site et à la carte interactive

Un projet artistique au long cours

On aurait pu croire qu’il s’agit-là d’un projet né pendant le confinement mais même pas. Il est né avant, en 2018. Et dans la tête de Lucas, encore bien avant puisque dès son enfance, ce franchissement de frontière était un motif d’escapade depuis le jardin familial.

Etre 2018 et 2025 (puisqu’il faut bien s’arrêter un jour), Lucas a exploré ces lisières à vélo ou à pied pour y prendre des photos. Au nombre de 261 exactement. Mais si ces lisières sont parfaitement délimitées d’un point de vue cadastral, elle n’en sont pas forcément accessibles pour autant, comme par exemple du côté de l’aéroport d’Aulnat, où la limite entre les deux communes passe à travers la piste de décollage. Idem quand la lisère passe au beau milieu d’un site Michelin. Donc même si Lucas est un habitué des explorations urbaines plus ou moins autorisées, il y a des endroits auxquels il n’a pas pu accéder ; mais parfois, c’est délibérément qu’il est allé prendre sa photo à quelques dizaines de mètres, parce que le point de vue était plus intéressant.

Un double point de vue artistique : la photo et la poésie

Le choix des photos en noir et blanc a été délibéré dès la prise de vue. Il en résulte une impression de temporalité étrange. Ces photos récentes semblent témoigner d’une situation plus ancienne. Et on touche au cœur de ce projet : l’évolution de ces lisières. L’urbanisme qui change, les maisons qui disparaissent, des immeubles qui poussent ici et là, la ville qui grignote inexorablement ce qui était encore des terrains agricoles ou que sais-je encore ? Qui pour s’en souvenir ?

Lucas a accompagné chacune de ses photos d’un texte poétique inspiré par le lieu. Un travail d’écriture colossal, parfois éreintant de son propre aveu, fait d’observations concrètes et d’impressions subjectives.

entre le centre commercial la clôture et le nom
le territoire se superpose sans fusion
les plans ne sont pas raccordés
on avance sur une couture maladroite

[Le carrefour des Fourches]

Un site internet participatif et un livre

Comment mettre en scène ces photos et ces textes ? Par un site internet interactif, où l’on se promène comme on veut. On inspecte les quartiers qu’on connaît le mieux, on découvre les coins où on n’a jamais mis les pieds. On peut même accompagner sa visite d’une playlist musicale (sur Spotify, je n’ai pas de compte, je suis chez la concurrence donc je n’ai pas testé cette dernière). Et surtout, ce site est participatif ! Vous pouvez ajouter votre propre photo aux lieux existants et témoigner à votre tour de l’évolution urbaine et du temps qui passe.

Et puis il y a un livre, auto-édité. Je l’ai tenu entre mes mains et c’est un sacré pavé. Il a le mérite d’exister mais je trouve que ce projet artistique se prête plus à cette cartographie numérique interactive et participative. Si vous voulez vous le procurer (il est assez cher), vous pouvez contacter Lucas. Il sera en dédicace à la librairie Les Volcans le samedi 7 mars 2026, de 15h à 19h.

Je vous avais déjà parlé des pérégrinations (un peu plus lointaines) de Lucas à l’occasion de la sortie d’un précédent livre « Vaches rouges« .

Merci à Lucas pour le temps (et le thé) qu’il m’a accordé pour me présenter son projet.


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