Playlist de février

Lectures

Le photographe inconnu de l’Occupation – Philippe Broussard

C’est un gros coup de cœur. Pourtant, en tant qu’abonnée au journal Le Monde (version numérique), j’étais complètement passée à côté de cette enquête haletante publiée en 2024 par Philippe Broussard. Je dirais que c’est tant mieux, car j’ai pu me plonger dans ce récit sans être spoilée. Ce livre n’est pas un roman, mais c’est un véritable page turner. Tout est parti d’un album photo trouvé sur une brocante du Sud de la France et confié au journaliste du Monde par une amie. Des photos de Paris et sa banlieue, prises entre 1939 et 1943, annotées de commentaires humoristiques et sarcastiques à l’égard de l’occupant allemand. Cela pourrait être anecdotique si ce n’est que durant ces années-là, il était interdit de prendre des photos de l’espace public, hormis pour les photographes autorisés par les autorités. L’enquête prend une tournure intéressante : qui a pris ces photos et pourquoi ? Qui les a commentées ? Comment se sont-elles retrouvées sur cette brocante compte tenu de leur caractère unique et insolite ? Ces questions et bien d’autres ont tenu en haleine (et parfois en désespoir) Philippe Broussard durant quatre longues années. Épaulé par de nombreuses personnes dans cette quête (dont des lecteurs du Monde), il n’imaginait pas tirer autant de fils sur des parcours de femmes et d’hommes durant ces années sombres où le pire comme le meilleur se sont côtoyés. C’est une enquête passionnante et très émouvante, qui rend hommage à ces monsieur-et-madame-tout-le-monde, oubliés de la grande Histoire. Souvenons-nous des Minot et des Rachinel, surtout par les temps qui courent.

Hors champ – Marie-Hélène Lafon

C’est à chaque fois un grand plaisir de retrouver la plume de Marie-Hélène Lafon. Pourtant, elle n’en finit pas d’explorer le sujet de la famille rurale du fin fond du Cantal, mais je ne m’en lasse pas. Parce que c’est avant tout un style, qui va à l’essentiel, vif, sans artifices. Et un regard qui est à la fois si proche et plein de recul sur cette réalité agricole.

On suit ici, sur toute une vie, les trajectoires parallèles de Gilles et Claire, le frère et la sœur. Celle qui est douée à l’école et qui part faire sa vie ailleurs, celui qui de toute façon n’a pas d’autre choix que de reprendre la ferme familiale. Celui n’est jamais assez bien aux yeux de ses parents, celle qui a réussi et qui est la fierté familiale. Les silences et les non-dits pèsent lourd, autant que le poids de ce destin familial agricole.

« À son âge, il voudrait déjà avoir fini, être à la retraite, tranquille avec un toit sur la tête et sa voiture et personne pour lui pourrir la vie du matin au soir et le comparer sans le lui dire tout en le lui disant aux autres paysans de la commune qui sont plus dégourdis et à sa sœur qui a toujours tout fait mieux que lui depuis la petite école. » (l’absence – presque – de ponctuation dans cette phrase me réjouit)

Les choses – Georges Perec

Voilà un moment que je voulais lire ce classique dont j’entends souvent parler. C’est chose(s) faite. Ce n’est pas tellement ce à quoi je m’attendais mais j’ai aimé la trajectoire de ce couple, Jérôme et Sylvie, dans les années 1960. Ce que l’on connaît surtout d’eux, c’est leur intérieur, leur vie étriquée dans un appartement trop petit, leurs sorties culturelles et amicales, et leurs espoirs d’être un jour riches, pour pouvoir s’offrir tout ce dont ils rêvent. On les regarde s’enliser dans leur vie de classe moyenne et dans leurs rêves un peu kitsch, on les regarde s’embourber dans une parenthèse tunisienne qui leur paraissait beaucoup plus séduisante sur le papier. Et on finit par se dire qu’on en est tous là, enfin presque tous, à accumuler des objets, des vêtements, à tenter de se forger une personnalité à travers nos choix (en sont-ils vraiment) esthétiques et culturels, à espérer un jour avoir un peu plus de moyens pour passer à la vitesse supérieure.

C’est un roman qui traverse les époques et qui a encore tout son sens et peut-être aujourd’hui plus que jamais.

« […] ils en voulaient à la vie, et, parfois, ils avaient la faiblesse de s’en vouloir l’un à l’autre ; ils pensaient à leurs études gâchées, à leurs vacances sans attrait, à leur vie médiocre, à leur appartement encombré, à leurs rêves impossibles. Ils se regardaient, ils se trouvaient laids, mal habillés, manquant d’aisance, renfrognés.« 

Lisières de Clermont-Ferrand

Je vous ai parlé plus longuement de ce projet artistique de Lucas Falchero dans un article dédié.

Cinéma

Gourou

La bande-annonce m’avait fait envie, nous sommes donc allés voir ce film porté par Pierre Niney. J’ai passé un bon moment mais j’avoue que je m’attendais à autre chose. Mathieu Vasseur est coach, de ceux qui haranguent les foules lors de séminaires survoltés, à l’américaine, et qui ont bâti un empire autour de méthodes aussi onéreuses que discutables pour aider le commun des mortels à mieux gérer son existence et ses traumas. Sauf que le business model vient se heurter à différents obstacles, entre l’Etat qui veut mettre un peu d’ordre dans ce marché incontrôlé, les clients envahissants et les vieilles rancœurs familiales, poussant le charismatique et solide Matt à trébucher.

Bon déjà j’ai trouvé ce film un poil trop long. Deux heures qui auraient gagnées à être plus concises*. Ensuite j’ai eu du mal à me projeter dans ce coaching dont j’ignore s’il existe réellement sous cette forme en France. Moi je vois plutôt passer les coachs auto-proclamés sur Instagram, qui te disent quoi manger, quels exercices d’abdos faire le matin, ou quelles morning routines tu dois mettre en place pour un mindset de winner. Ça existe vraiment ces séminaires survoltés qui se transforment en séance collective d’exorcisme de traumas ? J’avoue que je n’en sais rien. En revanche, Pierre Niney est très bon, ça ne fait aucun doute.

*surtout quand elles se passent à côté d’un couple de beaufs (pas d’autres mots) qui ont passé la séance à bouffer et commenter toutes les scènes à voix haute. Mention spéciale pour « c’est un manipulateur » : merci Captain Obvious !

Séries

Midnight diner : Tokyo stories

On a terminé de regarder cette série sur Netflix, qu’on avait commencée en janvier. Comme prévu, la sensation de manque se fait sentir. On a beaucoup aimé les histoires de ce petit izakaya de quartier, autant que les recettes appétissantes servies à chaque épisode.

Samurai Gourmet

C’est donc assez naturellement que Netflix nous a proposé cette autre série japonaise, toujours avec la nourriture en toile de fond, et bien sûr nous avons sauté dedans à pieds joints. Ces 12 (petits) épisodes nous font suivre les pas d’un jeune retraité qui mène une vie paisible avec sa femme adorable mais qui s’ennuie un peu. Alors il sort se balader dans les rues et inévitablement il finit par pousser la porte de restaurants divers et variés, afin de prendre le temps de déguster, de découvrir de nouvelles saveurs, ou de goûter au plaisir coupable de boire une bière à midi, ce qu’il n’aurait jamais fait lorsqu’il travaillait. Kasumi est comme ça, plein d’inhibitions, de timidité et lorsqu’il se retrouve confronté à une situation dont il ne sait se sortir, apparaît un samouraï plein d’assurance et de virilité qui lui montre la voie…qu’il finit par suivre (ou pas).

On a beaucoup aimé. Pour les personnages attachants, pour la photographie particulièrement soignée et apaisante, pour l’humour et bien sûr pour les plats et mets dégustés avec délectation par Kasumi. Lui aussi il va nous manquer.

Evénements

Festival du court-métrage de Clermont-Ferrand

Comme chaque année désormais, j’ai posé une semaine de vacances pour pouvoir profiter du festival. Une très belle édition accompagnée par une météo douce et clémente, parfaite pour déambuler dans les rues de Clermont. Outre les habituelles séances de courts-métrages, je suis allée voir deux expositions : celle du FRAC et celle de l’hôtel Vialatte, nouvellement partenaire cette année. L’occasion pour moi de déambuler pour la dernière fois dans les locaux du FRAC avant son déménagement au printemps.

Colloque « Du Grand tour au tourisme durable »

Dans le cadre du festival, j’ai assisté à ce colloque passionnant organisé notamment par l’office de tourisme de Clermont-Ferrand, et co-animé par le directeur de celui-ci et par Eric Roux, président de Sauve-qui-peut le court-métrage. Étaient invités : Jean Viard, le célèbre et médiatique sociologue, Gavin’s Clémente-Ruiz secrétaire général du Guide du Routard, Jean-Luc Boulin, professeur et consultant pour de nombreuses destinations touristiques et Jean-Christophe Guérin, président d’ATR (Agir pour un tourisme responsable) et dirigeant d’un groupement d’agences de voyage.

Les échanges ont été très intéressants mais deux heures pour balayer tous les aspects du tourisme c’était très peu, surtout avec des personnalités aussi calées sur ces questions et qui avaient énormément de choses à dire. Impossible de vous résumer tout ça tant c’était dense.

Marie-Hélène Lafon à la librairie Les Volcans

Je ne pouvais pas manquer ce passage de l’autrice à Clermont-Ferrand ! Car si j’aime son style d’écriture, j’aime autant, si ce n’est plus, sa diction. Désormais retraitée de l’Education nationale, cette prof de lettres est un véritable plaisir à écouter. D’ailleurs, quand je lis ses livres, il y a certaines phrases qui résonnent dans ma tête avec sa voix tant ce phrasé est singulier. Bref, elle venait pour présenter l’ouvrage « Etre un hêtre », co-écrit avec Alain Benoît à la guillaume et Mariette Mercier. Leur présentation m’a donné très envie d’acheter ce livre, où le personnage principal est un hêtre dans un champ jouxtant la propriété familiale de Marie-Hélène Lafon.

En savoir plus sur le livre

Expositions

Exposition In Vivo – Le Creux de l’Enfer

Trois ans de fermeture pour travaux, diable de la façade rafraîchi, connexion à l’Usine du May voisine, le centre d’art Le Creux de l’Enfer à Thiers s’ouvre sur une nouvelle ère avec un espace d’exposition étendu, lumineux, très agréable. A cette occasion, l’exposition In Vivo convie des artistes qui rendent hommage à ce lieu emblématique si caractéristique de la ville au passé industriel riche. Mention spéciale aux « insectes artisans » de Hubert Duprat, délicats et étonnants. Côté Usine du May, je retiendrai évidemment la partie consacrée à George Tarkas, découvreur du Creux de l’Enfer et sculpteur des passerelles métalliques au-dessus de la Durolle. La visite se termine par un passage obligé dans la boutique où l’on trouve, entre autres, de très jolies créations artisanales locales.

Cette exposition s’est terminée le 8 mars. Réouverture du centre le 25 avril 2026.

Exposition Neo analog – Hôtel Fontfreyde

C’est une exposition qui vaut le détour par son originalité : Neo Analog à l’Hôtel Fontfreyde à Clermont-Ferrand explore les possibilités de « développement » de la photographie à travers le regard de treize artistes contemporains. Il en résulte des œuvres qui sont à la fois photographiques, bien sûr, mais aussi tangibles, incarnées, où le support a autant d’importance, si ce n’est plus, que l’objet du cliché. Mention spéciale à Laurent Lafolie et ses impressions sur papier japonais tenguyoshi.

Jusqu’au 13 juin 2026.

Restaurants

Le Royan

La perspective du cassoulet du vendredi nous a poussés au Royan mais pour ma part j’ai abdiqué en voyant passer les assiettes, assez monstrueuses en termes de quantités. Ca s’est fini en chou farci pour moi et c’était très bon ! Toujours des plats très gourmands et copieux, mais qui sont aussi très bien équilibrés en saveurs.

Le bouillon Ravel

Une adresse qu’on aime beaucoup, où l’on s’assoit à côté de gens qu’on ne connaît pas, où on mange pour pas cher des plats classiques de bistrot comme les oeufs mayo, le pâté croûte, le lapin à la moutarde… On notera que lorsqu’on vient le samedi à 12h30 on a toujours la même playlist qui crache des standards des années 40 ou 50. On s’en lasse pas ! On ne lasse pas non plus du petit verre de Mentheuse offert avec l’addition au comptoir.

Le Santooka

Encore une de nos adresses fétiches. Takoyakis, chirashi et autres edamames constituent notre best-of.

Chez Yasmina

Une première pour moi dans ce restaurant libanais. J’ai beaucoup aimé le côté plateau d’assortiments pour l’entrée et pour le plat, avec plein de choses à picorer. C’est plein de saveurs sans être trop épicé.

Le Devant

Direction droit Devant pour le menu de Saint-Valentin, particulièrement attrayant. Ici c’est copieux (peut-être un poil trop à mon goût, d’autant que je ne peux pas m’empêcher de finir mon assiette), savoureux et plutôt audacieux sur certaines associations de saveurs.

Visites

Thiers

Après la visite de l’exposition du Creux de l’Enfer, nous avons déambulé sur les passerelles métalliques puis gravi la butte afin de rejoindre le centre historique de la cité coutelière. Une jolie balade sous un beau soleil d’hiver. La Durolle était déchaînée ! Je vous propose quelques photos publiées sur Instagram :

Château de Ravel

En hiver, les dimanches pluvieux, difficile de trouver une activité pour sortir un peu du canapé. Les châteaux ouverts à la visite à cette période de l’année sont très rares donc il faut souligner la démarche des propriétaires du château de Ravel. Pour ma part je l’avais déjà visité mais il y a quelques paires d’années maintenant, avant qu’il ne change de mains et avant les travaux pharaoniques engagés depuis (et loin d’être terminés). Ce château date du XIIe siècle et a subi de nombreuses transformations. Aujourd’hui il est habité (pas à l’année, les propriétaires architecte et décorateur d’intérieur voyagent beaucoup) et même si à titre personnel je n’y habiterais pas (les goûts et les couleurs…) je dois reconnaître que les aménagements rendent justice à cette bâtisse qui mérite de retrouver ses volumes d’antan.

Visite guidée (uniquement) le dimanche hors saison à 14h et 15h30. N’arrivez pas ne serait-ce qu’une minute en retard, la ponctualité est requise !

Randonnée à Tallende

Les premiers rayons de soleil printaniers nous ont poussés sur les sentiers des vergers de Tallende, pour une petite randonnée de 8,5 km. Une jolie vue sur Monton, sur Tallende et Saint-Amant-Tallende, des vergers encore décharnés mais pleins de promesses, une jolie sortie dominicale pour se dégourdir les jambes.

Podcasts

Enfer et bonheur du couple

Lorsque je me balade dans Clermont le soir après le travail, où lorsque je fais mon repassage ou ma cuisine, j’aime bien écouter des podcasts. Je suis tombée sur cette série de France Culture en 6 épisodes datant de… 1951 : « enfer et bonheur du couple ». Mariage, vacances, enfants, jalousie…Je vous recommande vivement l’écoute de cette émission (épisodes courts de 20 mn environ) qui nous plonge dans un monde qui, heureusement, nous paraît délirant désormais. Hommes et femmes interrogés dans le studio nous font prendre conscience des évolutions de la société française et certains échanges m’ont…tendue !


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