La colline aux coquelicots

Dernière production des studios Ghibli, La colline aux coquelicots a été réalisée par Goro Miyazaki, fils de Hayao. Comme je l’expliquais dans la note précédente, Goro s’était déjà fait les dents en matière d’animation avec Les contes de Terremer, en trouvant, à mon avis, un angle intéressant et assez différent des productions de son illustre père.

D’après ce que j’ai lu ici et là, c’est Hayao qui a écrit le scénario. OK. Papa a voulu faire une mauvaise blague à son fiston ? Mmhh ? C’est ça ?

Non parce que pour la première fois de ma vie, je vais dire du mal d’un film Ghibli. Et ça me fend le cœur.

Commençons par le positif, car il y en a tout de même un peu. Les images sont belles. On a de belles lumières, de beaux décors travaillés regorgeant de plein de petits détails. Et ça, ce sont des qualités que j’aime particulièrement dans ce type d’animation car on peut parfois avoir une vraie émotion sur un plan, et je trouve que c’est une prouesse d’y arriver avec de « simples » dessins.

Dans le même genre, on a beaucoup de scènes du quotidien et notamment de la préparation des repas et ça, c’est un classique du genre dans le cinéma japonais. Et moi, j’adore.

L’histoire, c’est quoi ? Umi, lycéenne, est un peu débordée par ses obligations familiales. La maison héberge une pension où cohabite la grand-mère, la mère en déplacement professionnel, les filles, et les pensionnaires. Tous les matins, après avoir cuisiné pour tout le monde, Umi hisse des drapeaux dans son jardin, situé tout en haut d’une colline, en hommage à son père disparu en mer lors de la guerre de Corée. Et un matin, en arrivant au lycée, elle découvre que quelqu’un a écrit dans le journal du lycée un poème sur « la fille qui hisse les drapeaux tous les matins ». Ce journal est écrit et imprimé de façon artisanale par un club de jeunes hommes aux idées révolutionnaires. Nous sommes en 1963, un an avant les jeux olympiques de Tokyo, et la jeunesse sent que c’est le moment de saisir sa chance et de faire le grand saut dans la modernité. Parmi les rédacteurs de ce journal : Shun, bel et fougueux adolescent qui semble en pincer pour Umi. Comme cela tombe bien. Le journal est fabriqué dans une vieille bâtisse, qui abrite également tous les autres clubs : le club de philo, de chimie, d’archéologie…tous ces clubs étant exclusivement fréquentés par des garçons. La bâtisse est menacée de destruction par la direction du lycée, qui souhaite en construire une autre ailleurs. C’est alors que deux questions existentielles vont se poser : Umi et Shun pourront-ils s’aimer malgré le mystère entourant leur naissance, et le foyer des étudiants pourra-t-il être sauvé d’une destruction apocalyptique ?

Pour les Japonais, je pense que ce film est évocateur d’une période hyper importante de leur histoire. Les jeux olympiques ont été pour beaucoup le signe d’une ouverture au monde et d’une reconnaissance internationale. Le Japon meurtri par la Seconde Guerre Mondiale a eu du mal à se relever et était encore enlisé dans ses traditions séculaires. Le fait que le foyer des étudiants s’appelle « Quartier latin » (en français in ze text, rigolo à entendre prononcé à la japonaise (oui, c’était en VO)) est une façon de prouver que la jeunesse lorgnait vers une vie un peu moins étriquée. Mais bon…le seul truc hyper révolutionnaire dans ce film, c’est qu’ils ne veulent pas voir disparaître leur vieille maison. Peu importe ce qu’il s’y passe, les idées qu’il s’y échange, quatre vieux murs et un vieux toit suffisent à leur bonheur. Et bien sûr, qui va sauver la bâtisse ? Les filles, absentes des clubs, vont arriver avec balais, seaux et plumeaux pour mettre de l’ordre à tout ça. Bon. Passons sur le sexisme de l’affaire.

Si on regarde l’autre enjeu du film : les amours de Shun et Umi…et bien c’est tout aussi plat. Ils se plaisent mais découvrent un jour un terrible secret sur leurs antécédents familiaux (pour ne rien dévoiler). On imagine plein de trucs et au final, c’est un vulgaire quiproquo.

C’est pour ça que je soupçonne Miyazaki-père d’avoir volontairement écrit un scénario nase pour torpiller les ambitions de son fils. Alors c’est une adaptation d’un manga donc je veux bien croire que la latitude était mince, mais pas ou peu de poésie, pas de petits êtres ou animaux malicieux, pas de personnage comique récurrent…tous ces petits à-côté qu’on aime dans les Ghibli ont été oubliés.

Pour ce qui est de la bande-son, quelques chansons horripilantes dont les Japonais sont les spécialistes, mais rien de très remarquable sinon.

Finalement, la vieille maison est une métaphore du film : un beau décor, rien dedans et du ménage à faire.

6 Comments

  1. Je le regarderai avec plaisir dès que j’aurai l’occasion de me le procurer. Je suis quand même de ceux qui pensent que le fils n’est pas au niveau du père même si Les Contes de Terremer n’était quand même pas si mal. Sur le principe on lui demande pas non plus de faire comme son père, ça serait injuste déjà, et puis si c’est agréable à regarder ma foi, il aura fait du bon boulot ! :-)

    Bravo d’être passé à la VO ;-), et je trouve effectivement que certains japanims peuvent cantonner les femmes à des rôles très (très) ingrats ;-)

  2. @ F. : pour la VO, les cinémas de Clermont programmant des japanim le font généralement en VO. Je n’y tiens pas particulièrement. Pourquoi ? 1. je trouve la VO inutile quand on ne comprend pas la langue. 2. on regarde continuellement le bas de l’écran pour lire et on rate tout ce qui se passe au-dessus (et notamment les belles images). 3. les retranscriptions écrites sont nécessairement tronquées par rapport aux dialogues parlés, faute de place à l’écran (et donc des fois, on ne comprend rien (ce qui m’est arrivé sur ce film) et on rate certains éléments jugés accessoires par le traducteur)
    Pour ce qui est du rôle des femmes, dans ce film elles ne sont pas trop mal loties, avec la maman d’Umi en prof de fac. Mais vu la période historique, les femmes n’étaient pas forcément mieux considérées en France en 1963…Ca limite un peu les dégâts mais de toute façon, le Japon est une société qui compartimente beaucoup les tâches, et ce encore aujourd’hui.

  3. Ok ben moi je trouve que 1. les voix françaises sont souvent moins justes que le sont les voix japonaises. J’ai l’impression que les producteurs français prennent les adapatations mangas pour des dessin-animés de bas étage ! C’est pas toujours le cas non plus mais je trouve que c’est la majorité des cas quand même. 2. D’après moi, y a aussi une question de « musicalité ». La VO apporte quelque chose je trouve, en terme d’ambiance. 3. Y a des jeux de mots japonais qui sont expliqués dans les sous-titrages et qui ne seront jamais retranscrit en version française 4. Ca sert d’apprendre quelques mots à travers ces japanims, au cas où tu prévoierais de faire un séjour au Japon ;-) 5. Du moment que ça te va comme ça ! :-)

    Moi je suis espanté de voir que sur certains (beaucoup?) mangas récents, les femmes font rien qu’1.avoir peur, 2. pleurer, 3. tomber amoureuse 4.. supplier les garçons de pas se battre 5. demander au garçon de se battre 5. être prise en otage. 6. Quand je regarde les Simpsons, je trouve aussi ça très machiste.

    PS : quand tu dis VO, tu parles VOstfr j’espère ;-)

  4. @F. : pour la « musicalité », je suis d’accord. Pour le reste, non. On trouve toujours plus funky un truc qui n’est pas dans notre langue natale (prend n’importe quelle chanson en anglais et traduit…en général, t’as envie de pleurer). Expliquer des jeux de mots dans les sous-titrages…euh…déjà faut avoir compris ce qu’il se disait en japonais, de deux, vu qu’il y a moins de place à l’écrit qu’à l’oral, ça limite les opportunités. Et pour finir, les seuls mots que je comprends dans les films japonais en VO, ce sont les mots que je connais déjà (konnichiwa, arigato, ohayo gozaïmasu, neko), et encore, c’est quand ils sont en début ou fin de phrase. Tout le reste, c’est charabia incompréhensible. Même les prénoms on ne les comprend pas ! (ex : j’étais avec B., qui ne comprenais même pas quand un personnage prononçait le prénom d’un autre (et moi non plus d’ailleurs)).
    Sinon, les filles japonaises sont sexy lorsqu’elles sont kawaii et pour être kawaii, il faut faire de grands yeux type « Candy » et porter une culotte à rayures. Ce qui est en général incompatible avec la lecture de Nietzsche.

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