Nocturnes

(Note initialement publiée le 19 mai 2010)

Ce recueil de nouvelles de Kazuo Ishiguro comprend cinq histoires, toutes sur le thème de la musique et de la nuit.

 

Crooner

Venise, la place Saint-Marc. Des orchestres jouent pour les touristes et Jan joue de la guitare. Rien de très gratifiant pour un musicien. Jusqu’au jour où parmi le public, il aperçoit un célèbre crooner américain qui a bercé son enfance dans un pays communiste. Il ose aller l’aborder, car l’occasion ne se représentera certainement jamais, et contre toute attente, Tony Gardner lui demande un service. Ils se donnent rendez-vous à la tombée de la nuit pour une mission un peu spéciale. Et au final, très spéciale, et bouleversante pour Jan. Dans cette nouvelle il est question d’amour, de ses circonvolutions. Il est aussi question du temps qui passe et qui balaye tout sur son passage, les régimes politiques, l’amour, tout. Et il est question d’absurdité. Les décisions qu’on prend sont parfois motivées par d’étranges paramètres.

Come rain or come shine

Raymond est un expatrié. Citoyen britannique, il enseigne l’anglais en Espagne. Quelques années auparavant, il était étudiant, en Angleterre et Emily et Charlie étaient ses amis les plus proches. Il leur rend visite de temps en temps. Cette année-là, il a 47 ans et il est invité par ses amis. Mais lorsqu’il arrive, Charlie est différent. Il lui expose ses problèmes de couple, et compte sur lui pour arrondir les angles avec Emily le temps qu’il s’absente pour une réunion professionnelle à l’étranger. Ce qui va suivre est à la limite du burlesque. Des conversations où chacun semble ne pas entendre l’autre. Un narrateur qui nous apparaît sous un jour plutôt sympathique mais qui semble être un indésirable aux yeux de ses hôtes. Pourtant, ils ont besoin de lui.

C’est peut-être la nouvelle qui m’a donné le plus à réfléchir. Ce décalage entre l’opinion de Charlie et Emily à propos de Raymond, et le ressenti de ce dernier. On croit parfois donner une certaine image de soi, on croit parfois qu’on est apprécié pour telle et telle raisons, et finalement, les choses sont tout à fait différentes. Et nos amis sont parfois d’épouvantables hypocrites. Mais ça, je le savais déjà.

Malvern Hills

Le narrateur (je ne crois pas qu’on apprenne son prénom au cours de la nouvelle) est un jeune homme un peu désœuvré. Il cherche à percer dans le milieu de la musique mais se heurte à de nombreux refus. Il décide de rejoindre sa sœur et son beau-frère, pour la saison estivale. Maggie et Geoff tiennent un restaurant sur les Malvern Hills. Le narrateur sait qu’il va servir de main-d’œuvre bon marché, en échange du gîte et du couvert, mais au moins il pourra travailler sa musique tranquillement. Dans ce restaurant, le narrateur va faire la connaissance de Sonja et Tilo, un couple de Suisse en goguette. La première rencontre va être relativement explosive. La seconde sera adoucie par la guitare et la voix du narrateur. Il va en apprendre plus sur ce couple de musiciens, un peu tourmenté, dont le fils unique les renie. Dans cette nouvelle, ce sont les aspirations des uns et des autres qui s’entrechoquent, les parcours personnels, les choix.

Nocturne

Steve est un saxophoniste professionnel. Il est bon, il travaille régulièrement, mais il n’a pas le succès que son talent pourrait lui accorder. À qui la faute ? À son visage. Il n’est pas très beau. Voire moche. Son agent lui propose une opération de chirurgie esthétique mais c’est trop cher. Du coup, sa femme le quitte et lui propose un drôle de marché. Son nouveau compagnon propose de payer pour l’opération. Pour se faire pardonner. Steve refuse, puis se laisse convaincre par son agent. Après l’opération, il entre en convalescence dans un hôtel, en toute discrétion, pour les stars qui passent sous le scalpel du meilleur chirurgien du secteur. Il y fait la rencontre de Lindy Gardner, une starlette médiatique superficielle. La rencontre va s’avérer plus enrichissante que prévu pour Steve, qui va retrouver une confiance en lui que ne lui aurait peut-être pas permis son opération.

Cellists

Dans cette nouvelle on dirait qu’on retrouve notre narrateur de la première nouvelle. Nous sommes de retour à Venise. Tibor est un jeune violoncelliste qui va faire la rencontre d’une femme plus âgée que lui, Eloise McCormack. Elle l’a entendu jouer et est tombée sous le charme du talent du jeune homme. Ils vont se voir régulièrement, dans la chambre d’Eloise, en tout bien tout honneur, pour discuter violoncelle.

Je suis assez déçue par ce recueil de nouvelles. Celle qui m’a le plus interpelée c’est « Come rain or come shine », parce qu’elle m’a semblé plus riche. Je pense néanmoins que ces nouvelles s’adressent à des personnes…comment dirais-je…d’un certain âge. Il s’agit à chaque fois d’une réflexion sur le temps qui passe, sur l’amour et son évolution. Les personnages font des bilans que l’on pourrait qualifier d’intermédiaires dans leur vie. Ils sont tous à un tournant, ils sont tous désabusés, voire carrément aigris. La place de la musique est évidemment centrale dans chaque histoire mais comme je n’aime ni le jazz, ni les grands standards américains (j’aurais même plutôt tendance à détester les deux), j’ai été parfaitement hermétique à certaines histoires. C’est une déception assez grande compte tenu de la place que tient la musique dans ma propre vie.

En terme de style, je n’ai pas été transcendée par l’écriture d’Ishiguro. J’ai pourtant gardé un excellent souvenir de The Remains of the day. Il faut dire que le contexte et le sujet étaient plus attrayants pour moi.

 

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