Autoportrait de l’auteur en coureur de fond

J’ai été intriguée par le titre de ce « roman » de Haruki Murakami. En fait, ce n’est pas un roman. Comme Murakami l’explique lui-même dans les dernières pages, ce sont plus des mémoires qu’un essai. Pour ma part, j’ai trouvé que ça ressemblait à un blog. Murakami, l’auteur de Kafka sur le rivage, La ballade de l’impossible, ou Après le tremblement de terre a tenu à expliquer à son lectorat les rouages de son fonctionnement. Drôle d’idée. D’autant que comme Murakami l’explique, on s’imagine souvent les artistes en personnages aux mœurs douteuses et à l’hygiène de vie discutable.

Avant l’âge de trente ans, Murakami tenait un bar, une boîte de jazz. Puis il a décidé d’écrire un roman, comme ça, dans son coin. Et ça a marché. Mais à l’époque, son mode de vie noctambule impliquait un sommeil perturbé, des cigarettes à gogo, et tout ce qui va avec. Alors, grande décision, il s’est mis à courir. Un peu au début, car c’était très dur, puis de plus en plus. Au point de pouvoir participer à des marathons, triathlons et autres joyeusetés.

Chaque chapitre débute par une date et un lieu. Un peu comme un carnet de voyage. Cependant, j’ai trouvé l’écriture simple, peut-être trop simple, et j’ai donc, comme je le disais, eu l’impression de lire un blog. Murakami nous raconte ses entraînements, les minutes et kilomètres supplémentaires grappillés chaque jour au prix d’efforts conséquents, de crampes lancinantes, de respiration haletante. On sait quel passage du marathon de New York est le plus difficile pour lui, on sait quelles sont ses faiblesses au triathlon. Bon. Toutes ces considérations techniques m’ont paru un peu rébarbatives, car trop développées. Toutefois, je suis beaucoup plus en mesure de comprendre son discours maintenant que je ne l’étais il y a encore quelques mois. Depuis que je pratique du sport, j’ai pris conscience de ses effets sur le mental et sur le corps. Je comprends désormais la relation étrange entre bien-être global et souffrance physique. Je comprends la nécessité de ne pas s’arrêter. Je comprends l’addiction. Il y a quelques mois, j’aurais peut-être refermé ce livre à la dixième page et aurais cessé de lire toute production de Murakami. J’exagère peut-être. Ou pas. Bref, même s’il s’agit clairement d’une réflexion sur la course à pied (le titre ne trompe pas sur la marchandise), on a malgré tout des réflexions plus générales sur la vie, sur la création artistique, et évidemment elles sont passionnantes. Je les aurais souhaitées plus nombreuses. J’aurais vraiment voulu que ce livre soit un prétexte à une réflexion plus globale.

Toutefois, cet immersion dans le corps et l’esprit de Murakami, qu’on sent très sincère, est une chose inhabituelle et l’image que j’avais de lui a bien évidemment changé. Je pense que la lecture de ces « mémoires » va changer la façon de considérer ses écrits. Est-ce une bonne chose ? Je n’en sais rien. Ne faut-il pas garder un peu de mystère ? C’est un peu lorsqu’on t’explique un tour de magie : t’es content de comprendre comment ça marche et admiratif de l’esprit créatif mais le tour perd tout intérêt. J’avais adoré Kafka sur le rivage, pour son côté poétique, onirique, parfois burlesque…très loin des considérations quasi médicales de Murakami le coureur de fond.

On verra. J’ai 1Q84 volumes 1 et 2 à attaquer.

Message personnel à l’attention de F. : je serais curieuse de savoir comment toi, le coureur de toujours, percevrais ce livre.

Extraits : « Il ne me semblait pas qu’avoir achevé cette course avait véritablement du sens. C’est comme la vie. Ce n’est pas parce qu’elle a un terme que notre existence à du sens. Selon moi, qu’il y ait quelque part un terme à notre existence permet commodément de lui donner du sens, et je crois y deviner simplement une métaphore indirecte de son caractère limité. »

« « J’ai accepté un défi risqué et j’ai trouvé en moi la force de m’y confronter.« . Un bonheur personnel, mêlé de soulagement. Le soulagement plus fort sans doute que le bonheur. Comme un si un nœud serré très fort, à l’intérieur de moi, se relâchait peu à peu, un nœud dont je n’avais pas su, jusqu’alors, qu’il se trouvait là, en moi. »

5 Comments

  1. « Le coureur de toujours », comme tu y vas ;-) Moi j’ai commencé à courir vers l’âge de 20 ans alors que je fumais comme un pompier. J’avais écris une note sur le sujet, que je réécrirais bien évidemment pas de la même façon aujourd’hui, mais y a une phrase que je garderais, celle où je dis que pour moi, la course et la vie sont intimement liées.

    Ben écoute, je te reconnais un talent certain pour parler des livres, pour l’honorer, je vais commander ce bouquin ;-)

  2. Alors évidemment, j’ai aimé ce roman… Je l’ai aimé parce que je m’y suis retrouvé, et pas que sur la course, ou la natation (que je pratique sans techniques particulières moi aussi). J’ai aussi aimé sa description du travail d’écrivain. En plus, il tombe à un moment de ma vie où je m’interroge sur l’opportunité de faire un marathon et je dois dire que je sors de la lecture de ce livre encore plus motivé…

    J’ai donc à peu près tout aimé dans ce livre. Je m’arrête quelques instants sur l’aspect course de fond en lui-même parce qu’il y a une chose qui m’a frappé chez Murakami : sa perception du repos. J’ai eu l’impression que pour lui, le repos était tantôt inutile, tantôt contraint, en tout cas non désiré le plus souvent. Or de ce que je sais, il ne faut pas courir 7 jours sur 7 (il faudrait au moins un jour de repos par semaine, c’est dû à l’accumulation de fer ??? que provoque la course dans l’organisme et qui devient toxique à la longue) et j’ai tendance à penser que le repos fait parti intégrante de l’entraînement.

    Pour le reste, ça faisait longtemps que j’avais pas lu et j’ai pris du plaisir à glisser ce livre dans mon blouson pour le lire dans le train ou en attendant le bus.

  3. @F. : je me doutais bien que ça te parlerait. Merci d’avoir pris le temps de le lire et de me donner tes impressions.
    Je crois en effet que c’est un livre destiné aux passionnés de course. Je crois que c’est une discipline à part des autres sports et qu’il faut vraiment être dedans pour en comprendre tous les enjeux et les subtilités. Je ne crois pas qu’il y ait d’autres sports dans lesquels on frôle de si près les limites du corps. Entre ce qui est toxique et ce qui représente une drogue dure pour le cerveau (adrénaline, endorphines…), je crois que beaucoup de coureurs ont choisi.
    Avant de faire un « vrai » marathon, essaie des courses plus petites, des trails ou autres, il doit forcément y en avoir dans ta région.

  4. Oh mais c’est moi qui te remercie pour me l’avoir fait découvrir, d’ailleurs si tu as d’autres livres à me conseiller…

    Ouais, je pensais pas me jeter tête baissée dans un marathon non plus (même si cet été je pense que j’avais le niveau) et puis la dynamique d’une préparation de marathon m’inciterait beaucoup a arrêter complétement la clope je pense…

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