La lecture du Goût des pépins de pomme m’a rappelé le visionnage de ce film très beau et très complexe, voici donc la note que j’avais écrite à l’époque.
Note initialement publiée le 19 janvier 2011
Film multinational, Tu marcheras sur l’eau est également multi-thématique. Et donc ambitieux.
Eyal travaille pour le Mossad. Son travail : éliminer les terroristes. Un jour, son chef lui confie une mission un peu particulière. Une histoire personnelle. Il s’agit de retrouver la trace d’un ancien nazi, qui a échappé à la justice en fuyant toute sa vie. Sauf que là, on le soupçonne d’avoir regagné l’Allemagne. Eyal va donc devoir tenter d’en savoir plus, en cuisinant les petits-enfants du vieil homme. Et les petits-enfants ont un profil particulier : Pia, la sœur, vit dans un Kibboutz en Israël, et s’apprête à recevoir son frère, Axel, qui arrive tout droit d’Allemagne. Eyal va donc se faire passer pour un guide touristique afin de mieux approcher ses cibles. Mais ce qu’il va apprendre à leur contact ira bien au-delà de ce qu’il était venu chercher. Eyal le macho insensible va apprendre beaucoup sur lui-même et combattre bon nombre de ses préjugés.
Au début, j’ai eu un peu peur. La mise en place de l’histoire me semblait bancale et Eyal m’était hautement antipathique. J’avais du mal à me projeter. Et puis le Juif qui court après le vieux nazi grabataire, ça sentait un peu le réchauffé et le règlement de compte habituel. Sauf que le réalisateur a rajouté un nombre considérables de pivots dans ce film.
C’est donc un film multi-thématique. Hautement casse-gueule. Car à trop vouloir en dire, on tombe parfois dans la simplification facile. Mais là, non. J’ai trouvé assez extraordinaire le fait de jongler entre le conflit israëlo-palestinien, l’Allemagne nazie, une histoire d’amour, l’homosexualité…bref, que des gros, très gros dossiers, et d’arriver à faire passer un message subtil, complexe, et qui ne soit pas moralisateur. Les différents points de vue sont respectés. Parfois on empile les thèmes : Eyal rembarre un jeune homosexuel palestinien. Qu’est-ce qui le dégoûte le plus ? Le fait qu’il soit homo ou le fait qu’il soit Palestinien ? Bref, Eyal vit dans la haine. La haine de l’Allemagne, la haine de la Palestine, la haine des homos…Et l’arrivée d’Axel va venir le perturber dans ses convictions.
Et Axel. Et Pia. S’ils ne sont pas nés dans la haine, contrairement à Eyal, ils ont fini par la ressentir à l’âge adulte, à l’âge où on commence à se poser certaines questions. Ce film soulève un tabou auquel les gens de ma génération n’osent pas penser. En tout cas moi, je n’ose pas y penser. Comment les jeunes Allemands gèrent-ils leur passé familial ? Se demandent-ils souvent si leurs grands-parents ont…s’ils ont fait…s’ils savaient et si…Tu me diras, on peut se poser les mêmes questions en France, vu qu’on a eu notre lot de sales types, mais bon…il y a eu des perdants et des vainqueurs et quand on appartient à la deuxième catégorie, on se pose moins de questions. Ce film oppose donc de jeunes gens que le passé traumatise encore. Deux générations plus tard. Du coup ce film pose aussi la question de savoir s’il faut tourner la page, ou continuer le combat.
Attention spoiler…(ceux qui veulent voir le film, lisez pas ce qui suit).
Lorsque le vieux nazi fait son apparition…malaise. Un homme vieux, ratatiné, grabataire, handicapé, malade. Ce n’est plus la figure menaçante des années 1940. On ne peut s’empêcher d’éprouver de la pitié. Une pitié tout ce qu’il y a de plus humain, face à un individu d’une grande faiblesse et à deux pas de la tombe. Pourtant, c’est un sale type. Le tuer ? À quoi bon, il est presque mort. Le juger ? À quoi bon, il est presque mort.
Eyal et Axel se posent les mêmes questions. Leurs histoires, si différentes, se rejoignent.
Fin des spoilers…
D’un point de vue technique, pas de réalisation miraculeuse. C’est propre, sobre, ça sert le discours. Un niveau de la distribution, c’est toujours étrange de voir un film dans lequel on ne connaît aucun interprète. Du coup, on a l’impression de voir des vraies personnes, alors que dans les films où on connaît les acteurs principaux, on voit d’abord les acteurs avant les personnages. Eyal, qui m’était donc fortement antipathique au départ, a fini par se révéler au fil du film.
Il y a quelques passages qui m’ont paru un peu capillotractés. Je réfléchis à des trucs cons, quand je regarde un film. Comme par exemple : comment a-t-il fait pour prendre l’avion avec une arme entre Israël et l’Allemagne ? J’ai également un peu de mal à croire qu’un jeune Palestinien homo prenne dans ses bras un autre type, occidental, en pleine rue du territoire palestinien. Enfin je sais pas, c’est peut-être envisageable. Je suis peut-être, sûrement même, pétrie de préjugés, moi aussi.
Ce film est à voir en VO. Ça parle anglais, hébreu, allemand, donc je vois mal comment ce film pourrait supporter un doublage.
Un grand merci à Flo pour ce cadeau. J’avoue bien humblement que je n’aurais jamais regardé ce film spontanément, et j’ai été très agréablement surprise.