Quartier lointain (le film)

Suite à ma note sur le nouvel album/BO de Air, voici la note rédigée suite au fameux film dont la BO n’a jamais fait l’objet d’un quelconque pressage d’album.

Depuis cette note, j’ai lu la BD de Taniguchi. Le film est très fidèle à l’histoire originale (sauf la localisation, au Japon dans la BD et en France dans le film) et j’ai beaucoup aimé le coup de crayon et la sensibilité  qui se dégageait des cases.

Note initialement publiée le 27 novembre 2010

Ce film de Sam Garbarski est une adaptation du livre de Jiro Taniguchi, auteur japonais.

Thomas est un dessinateur de BD. Il a près de la cinquantaine. Alors qu’il rentre à Paris après un déplacement à Angoulême, il se rend compte qu’il s’est trompé de train. Et le hasard l’amène tout droit dans la ville de son enfance, dans laquelle il n’a pas mis les pieds depuis des années. Celle-ci a bien changé, les rues sont désertes, les immeubles à l’abandon. Il croise malgré tout un ancien camarade d’école. Et tant qu’il est là, Thomas se rend au cimetière sur la tombe de sa mère décédée en 1975. Alors qu’il se recueille, il est pris de vertiges et s’écroule. Lorsqu’il se réveille, il a 14 ans.

Thomas est propulsé en été 1967, l’été où son père a quitté le domicile familial sans prévenir, comme ça, le soir de son anniversaire. La ville a retrouvé son animation. Le père de Thomas n’est pas encore parti mais quelque part, il est déjà absent. Thomas va essayer de comprendre et de pourquoi pas renverser le cours des choses pour sauver sa mère, peut-être.

La reconstitution d’une petite ville française des années 60 est saisissante. J’ai été frappée par le soin apporté aux détails, aux objets, aux accessoires. J’ai vraiment l’impression que le parti pris du réalisateur était de faire de chaque plan une case de BD. Et ce côté « inventaire » entretient l’aspect onirique de l’histoire, ainsi que la mélancolie nostalgique d’un homme qui replonge avec délectation dans son adolescence.

J’ai trouvé ce film extrêmement émouvant. Un homme de cinquante ans dans le corps d’un adolescent, avec tout le recul sur sa propre vie…On ne peut s’empêcher de se projeter soi-même dans cette situation. On comprend que certaines choses qui nous semblaient rébarbatives, ou ringardes quand on était ado sont finalement devenues des souvenirs précieux et réconfortants. On comprend que certains moments de pur bonheur nous ont peut-être échappé, parce qu’à l’instant T nous n’en avions pas conscience. On comprend aussi qu’on ne revient pas en arrière et que certaines choses devaient se passer, quoi qu’on fasse.

Chapeau bas à Léo Legrand, qui joue le rôle de Thomas à 14 ans. Je n’ai pas vu ses précédents films mais c’est vraiment une graine de future star. Il a la gueule, très beau, et le talent. Il a su donner la gravité nécessaire à son personnage, de telle sorte qu’on puisse à tout instant se rappeler que c’est un homme de cinquante ans qui habite ce corps.

Et inutile de préciser que la bande-son est à tomber par terre. C’est du Air, ça ne fait aucun doute. Air a semble-t-il accepté le projet dans l’instant, puisqu’ils sont tous deux fans du livre. Et apparemment Taniguchi écoute Air lorsqu’il dessine. La boucle est bouclée. C’est un peu dans le même esprit que la BO de Virgin Suicides. Cette musique, planante, mélancolique, légèrement angoissante parfois, est une vraie valeur ajoutée aux images. Le côté onirique est sublimé, on a l’impression de flotter dans un monde perdu. Le paradis perdu. Le choix du lieu est également très bon. Cette petite ville de l’Ain, son lac, ses montagnes, semble être le bout du monde.

La salle de cinéma était presque déserte, nous devions être six ou huit. Le couple devant nous, avec qui nous avons échangé quelques mots à la fin, a beaucoup aimé aussi et semblait s’y connaître en Taniguchi (qui fait une apparition à la Hitchcock dans le film).

Un seul regret : la BO n’a semble-t-il pas été enregistrée sur CD.

3 Comments

  1. Vu et apprécié. Ce film a un côté « irréel », bien que plausible dans ses décors. Les comédiens sont excellents de justesse. Un bon film, mais tout cela ne respire pas la joie de vivre…

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