Kafka sur le rivage

Je suis en train de lire le tome 1 de 1Q84. Le troisième tome vient de sortir, je n’y suis pas encore. Pour l’instant, ce n’est pas l’euphorie, ça traîne un peu et j’ai du mal à comprendre ce qui a tant emballé le public japonais (et autre). J’avais commencé à lire Murakami avec Kafka sur le rivage, et je partais du coup sur les chapeaux de roue avec ce roman atypique et mystérieux. L’intérêt de ce blog, c’est essentiellement de me constituer une mémoire virtuelle, la mienne étant plus que défaillante, et je viens de voir que l’intrigue se passait à Shikoku (mais content, tout ça tout ça…). Signe du destin ? Suis-je la prochaine sur la liste des passagers ? Je pourrais pas aller à Okinawa à la place ? Non ? Bon OK, Shikoku c’est bien aussi, mais seulement si la bibliothèque Komura existe vraiment…

Note initialement publiée le 05 septembre 2010

À la 638e page de ce roman, on a l’impression d’atterrir après un vol de plusieurs jours ponctué de perturbations plus ou moins violentes, de paysages exubérants aperçus par le hublot, avec des hôtesses de l’air fantomatiques sur les épaules desquelles étaient perchés des chats.

Kafka Tamura a quinze ans. Ce n’est pas son vrai prénom, il l’a choisi. Il décide de fuguer du domicile de son père et de rejoindre l’île de Shikoku. Il fuit une prédiction qui le tourmente depuis son enfance.

Nakata est un vieil homme qui se décrit lui-même comme idiot. Il ne sait pas lire. Il ne sait plus. Il a eu un « accident » étant enfant. Par contre il tient des conversations animées avec les chats du quartier. Et il arrive à faire pleuvoir des poissons sur Tokyo.

Les destins de Kafka et de Nakata sont liés bien qu’ils ne se connaissent pas. Des questions, des épreuves les attendent tout le long de leur quête.

Je viens de me relire et je me rends compte que ce roman est impossible à résumer. Je viens de le finir et je me rends compte que je n’ai rien compris.

C’est bien la première fois que le fait de ne pas comprendre un roman me réjouisse autant. Murakami nous entraîne dans les méandres tortueux de l’esprit humain. La culture japonaise et son cortège d’esprits bienveillants ou malins côtoie Beethoven, Œdipe, et même un Johnny Walken, effigie d’une grande marque de whisky. Et tout converge vers la bibliothèque Komura, sanctuaire artistique, îlot paisible où le temps s’arrête pour laisser les âmes tourmentées reprendre leur souffle.

Kafka va mûrir, va apprendre des choses sur lui et le monde. C’est ce parcours initiatique que nous suivons. Mais il oscille entre rêve et réalité. Les choses ne sont parfois pas ce qu’elles sont et on se laisse égarer avec délectation dans les ruelles de Takamatsu ou dans une forêt opaque et angoissante.

J’ai l’impression que mon résumé est aussi obscure que le roman lui-même. Tout le long de ma lecture, j’ai eu des images dans ma tête, comme tirées d’un film de Miyazaki qui n’existe pas encore. Un peu Chihiro, un peu Château Ambulant, un peu Contes de Terremer.

« Nous perdons tous sans cesse des choses qui sont sont précieuses, déclare-t-il quand la sonnerie a enfin cessé de retentir. Des occasions précieuses, des possibilités, des sentiments qu’on ne pourra pas retrouver. C’est cela aussi, vivre. Mais à l’intérieur de notre esprit – je crois que c’est à l’intérieur de notre esprit –, il y a une petite pièce dans laquelle nous stockons le souvenir de toutes ces occasions perdues. Une pièce avec des rayonnages, comme dans cette bibliothèque, j’imagine. Et il faut que nous fabriquions un index, avec des cartes de références, pour connaître précisément ce qu’il y a dans nos cœurs. Il faut aussi balayer cette pièce, l’aérer, changer l’eau des fleurs. En d’autres termes, tu devras vivre dans ta propre bibliothèque. »

 

6 Comments

  1. J’approuve ta critique ;-) J’ai bien aimé ce roman malgré le fait que j’ai trouvé les conversations entre Kafka et Hoshima plutôt longuette parfois. J’ai aimé ce roman après avoir encore plus aimé Autoportrait de l’auteur en coureur de fond. Par contre, je viens aussi de finir Au sud de la frontière, A l’ouest du Soleil dans la foulée de Kafka sur le rivage et j’ai fini en me disant 1. Ce livre est une daube 2. que j’en avais fini avec Murakami.

    1. @F. : je n’ai pas lu « Au sud de la frontière… » Une daube dis-tu ? Diantre ! Bon ben on verra bien, vu que j’ai l’intention de lire tout Murakami. M’enfin c’est dommage, parce que 1Q84 à un petit côté fantastique/SF qui n’est pas désagréable. Mais c’est en 3 tomes et je pense qu’en 2015 t’y seras encore ;-)

  2. oh ! T’as remarqué que cette semaine j’ai fini les 300 pages de Kafka qui me restaient à lire + Au sud de la frontière ??? Je me suis bien rattrapé je trouve quand même ! Je vais attaquer Le chameau sauvage dès que je pourrais le récupérer à Montpel. Sinon oui, je n’ai pas aimé ce roman et sans te spoiler, j’attribue ça au fait que j’ai pas trouvé l’histoire d’amour crédible (c’est bien simple elle me saoulait la nana). En tout cas elle me parlait pas. Et j’ai trouvé que ça allait plutôt bien jusqu’à la 200ème page à peu près… C’est une libraire qui me l’a conseillé et la prochaine fois je me fierai plus à tes notes ;-) Ceci dit, sans vouloir faire le macho, je pense que c’est plus un « roman pour fille ». D’ailleurs, je pense que Murakami a certaines obsessions sexuelles qui reviennent souvent dans ses romans… En tout cas ouais j’ai trouvé que la fin était une hécatombe de conneries et je me suis demandé si l’auteur, à l’image du narrateur, avait vraiment mûri dans sa tête… Bref… Je te laisse découvrir ce roman toute seule maintenant.

  3. @F. : une vérification rapide de mes étagères me confirme que j’ai bien ce roman en ma possession. Ton commentaire me donne moyen envie de le lire du coup ! Cependant, je reconnais que Murakami a une certaine façon de considérer l’amour et la sexualité. Il faut replacer ça dans le contexte japonais, et c’est ce qui nous déroute dans cette littérature. Ça oscille souvent entre les deux extrêmes : cucul-terie/porn0graphie. Bref, en tout cas félicitations pour l’avoir lu dans la foulée de Kafka. Ce n’est pas un « petit » roman, il y a beaucoup de pages et c’est écrit petit ;-) Tu progresses !! Le chameau devrait plus te plaire je pense…

  4. PS : je reproche pas le style porn0graphique du tout. C’est même bien écrit souvent je trouve. J’avais beaucoup aimé l’histoire entre Mlle Saeki et Kafka, ou la rencontre d’un soir à son arrivée à (la ville de la bibliothèque Komura, quoi…). Mais quand on parle d’une histoire d’amour, je pense qu’il faut pouvoir aimer les personnages pour l’apprécier en tant que lecteur, je te dirais ce que je pensais de la femme en question quand tu l’auras fini (si je m’en souviens). Je n’arrive toujours pas à savoir si Murakami a des enfants mais je pressens que non, en tout cas, je ne crois pas qu’il possède ce qu’on appelle communément « le sens de la famille ». J’ai l’impression qu’il en est dénué. Et peut-être que contrairement à toi, je m’attache bcp à la personnalité de l’écrivain, qui à mon avis suinte dans toutes les écritures, souvent malgré eux. C’est pour ça, entre autre, que je n’admire pas plus que ça Maupassant, même si je lui reconnais un style PARFAIT !

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