Mont-Oriol

Alors que j’étais en train de transpirer à grosses gouttes sur des textes vantant les mérites de ma belle région, j’ai repensé à Maupassant, et à sa facilité déconcertante pour décrire les hommes et les lieux.

Note intialement publiée le 26 février 2009

Que voilà un Maupassant intéressant !

Forcément, il se passe dans mon pays. Ah ! Les joies des villes thermales ! Quand on se promène dans Royat, on croirait presque que certaines petites vieilles emperlousées ont connu Maupassant en chair et en os.

Le pitch : la jeune Christiane Andermatt est venue faire un séjour à Châtel-Guyon parce que sa santé est fragile. Elle y est venue avec son père, le Marquis de Ravenel, son frère, le Comte Gontran, et son mari, William Andermatt. Son frère est venu accompagné d’un ami, Paul Brétigny. Un jour, on apprend que des paysans du coin vont faire sauter un rocher au milieu des vignes, alors ces messieurs-dames du grand monde viennent assister aux opérations comme on assiste au spectacle. Et l’explosion du rocher révèle une source chaude jaillissante, dont on pressent tout de suite les qualités médicinales. M. Andermatt, banquier et homme d’affaires de son état, y voit une opportunité en or pour ouvrir son propre établissement thermal, puisque les thermes de Châtel-Guyon commencent à être décriées par les patients les fréquentant. Mais pour cela, il lui faut acquérir cette source, et les terrains qui vont avec, et tout ceci appartient à la famille Oriol, de riches vignerons. D’âpres négociations commencent entre l’homme d’affaires et l’Auvergnat Oriol, et finalement on tombe d’accord. Pendant ce temps, Mme Andermatt se fait chier sec. Mais à force de se promener avec son frère et l’ami de celui-ci, Paul Brétigny, elle finit par s’enticher de ce dernier, qui lui-même est tombé très amoureux d’elle.

Bon, après il se passe d’autres trucs mais je ne vais pas vous faire un résumé plus long parce qu’on y est encore demain.

Maupassant n’épargne absolument personne. Tout le monde y passe.

Les médecins sont présentés plus ou moins comme des charlatans qui ne comprennent pas grand-chose à la médecine et qui prescrivent des demi-verres d’eau thermale à leurs patients. Ils sont décrits comme des hommes à l’égo démesuré, dont le seul but est de piquer la clientèle du confrère, et de s’attirer les bonnes grâces des riches patients. Les « cures » sont décrites comme une vaste fumisterie dans laquelle on se traîne en buvant de la flotte, tout en s’empiffrant de trucs bien gras à tous les repas. Les jeunes gens de bonne famille sont de sales gosses pourris gâtés qui ne pensent qu’à s’amuser, dépenser de l’argent, courir les filles, leur faire une cour éhontée pour essayer de se trouver un bon parti ou du moins essayer de les mettre dans leur lit. Les jeunes filles de bonne famille sont niaises, crédules, malheureuses en mariage, et se font rouler dans la farine par les hommes. Les maris sont de pauvres types cocus, aveugles, et obnubilés par leur carrière. Les Auvergnats sont près de leurs sous (ah bon ??), roublards, et alcooliques.

Sinon…les paysages auvergnats sont magnifiques. Maupassant nous livre des descriptions absolument fabuleuses de la plaine de la Limagne, de la chaîne des Puys, et du gour de Tazenat (petit lac de formation volcanique, tout rond, tout mignon).

Comme d’habitude, Maupassant est d’une férocité crue envers tous ces personnages. Les travers, les vices, les mensonges sont soulignés par des situations et des dialogues ahurissants. Comme dans « Une vie », c’est toute l’hypocrisie d’une société rongée par l’argent, le pouvoir et les choses de la chair qui est mise en lumière. Le mariage prend un sacré coup de tatane dans le derrière : la sœur qu’on épouse pour ses terres bien qu’on préfère la cadette plus jolie. Le mari cocu qui bêtifie devant un bébé qui n’est pas le sien, mais ça, il ne le sait pas. Les dots qu’on se promet sur papier officiel, avant d’accorder son consentement au mariage, sans même avoir demandé l’avis de la pauvre fille concernée.

J’ai vraiment l’impression que Maupassant a détesté vivre à son époque. Il me renvoie l’image d’un type traumatisé, posant sur ses congénères un regard de dégoût et de consternation.

J’ai évidemment beaucoup aimé ce roman, bien qu’il finisse en queue de poisson…

5 Commentaires

  1. Lucette

    Pourquoi t’as pas fait doctorat de lettres ? En tout cas tu me prêteras Mont-Oriol : ton résumé donne envie de le lire. Nous venons de voir  » The Duchess  » :ça aurait plu à Maupassant !

  2. @Lucette : pourquoi j’ai pas fait un doctorat de lettres ? Sûrement parce que « Pendant ce temps, Mme Andermatt se fait chier sec » n’aurait de toute évidence pas été apprécié à sa juste valeur.
    Mont-Oriol, je peux te l’envoyer en pdf mais c’est tout (je ne l’ai qu’en version électronique sur mon e-book). Et The duchess, pas vu mais j’aime pas Keira Knightley (sauf dans Never let me go (note sur ce blog)).
    PS : j’ai modifié ton pseudo

  3. Pingback: Rando autour du gour de Tazenat | The magic orange plastic bird said...

  4. Pingback: Randonnée dans les gorges d’Enval | The magic orange plastic bird said...

  5. Pingback: Randonnée autour de Châtel-Guyon // Côte-ronde et Les Percières | The magic orange plastic bird said...

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