Hunger

Une chose en appelle une autre. Houhou ! Les choses passent leur temps à s’appeler, il faut dire qu’elles n’ont que ça à faire. Hier j’ai manqué délibérément le concert de Herman Düne. Ce qui m’a fait penser au précédent concert qu’il avait donné ici et avant lequel j’avais entendu Declan de Barra. Declan de Barra, il est irlandais. La première fois que je l’ai vu sur scène, il nous a fait tout un laïus sur Bobby Sands. Et ce soir, qu’est-ce qui passe sur Arte à une heure indue ? Mmmhh ? Et bien Hunger, le film qui raconte précisément les derniers jours de Bobby Sands.

Donc on ressort la note !

Note initialement publiée le 1er décembre 2008

1980-81, le Royaume-Uni est en proie à des luttes intestines entre catholiques et protestants, entre Grande-Bretagne, Irlande du Nord et République d’Irlande. Et ça pète régulièrement, au prix de vies humaines innocentes. Pas de solution au conflit, entre l’IRA et le gouvernement britannique, surtout depuis l’arrivée de Miss Maggie à Westminster. La fossoyeuse du prolétariat britannique se montre inflexible avec les terroristes de l’IRA, et elle laissera crever plusieurs militants dans les prisons d’Irlande auxquels elle refuse le statut de prisonnier politique.

L’histoire commence avec un citoyen britannique, que l’on voit prendre son petit déjeuner, et qui n’a pas l’air d’avoir envie d’aller travailler. Ses mains sont abîmées et il fait une chose étrange avant de monter dans sa voiture : il se met à plat ventre pour regarder en dessous. Ce monsieur va travailler dans une prison.

Après, on rentre dans le vif du sujet, c’est le cas de le dire. La caméra alterne entre plans rapprochés, plans séquence ultra longs. Le temps semble s’être arrêté dans cette prison sordide. Les prisonniers font la grève des « couvertures » et de l’hygiène. Ils refusent de porter l’uniforme des prisonniers donc ils sont nus, avec pour simple tenue une couverture. Les cellules sont maculées d’excréments du sol au plafond, les restes de nourriture sont entassés dans des coins et grouillent d’asticots. Et on comprend très vite pourquoi notre gardien de prison a les mains abîmées : il passe ses journées à tabasser les prisonniers, notamment pour les obliger à se laver, et il n’en peut plus. C’est ainsi que se déroule la première partie du film : une mise en condition du spectateur. C’est filmé de telle sorte qu’on se croirait dans les couloirs, on croirait presque sentir les odeurs. Et quelle violence ! Visuelle et psychologique.

On fait connaissance réellement avec Bobby Sands au premier tiers voire à la moitié du film. Leader charismatique de la révolte qui va suivre. Un énorme plan séquence (17 mn, après recherches) nous tire enfin de notre torpeur écœurée puisqu’on se rend compte que c’est la première fois qu’il y a un vrai dialogue construit. Tout ce qui a précédé n’était que grommellements, ordres aboyés, cris de douleur. Bobby Sands s’entretient avec un prêtre qu’il a connu étant jeune et lui confie ses plans et notamment sa grève de la faim. Discussion intéressante car elle permet de confronter deux points de vue. Le prêtre prône le dialogue et la négociation, Bobby Sands ne veut rien lâcher. Amis de la V.O, vous serez ravis de trouver une traduction, même partielle, sous l’image. Entre les marmonnements et l’accent irlandais, on est servis.

Bon et le troisième tiers du film, en gros, c’est la chute lente et inéluctable de Bobby Sands vers la mort. Pas la peine de crier au spoiler, tout le monde sait qu’il est mort.

On ne peut pas ressortir de ce film indifférent. Je ne crois pas que l’intention du réalisateur était de prendre parti pour tel ou tel camp, je crois que son objectif était de rendre compte d’une réalité dans toute sa brutalité, et d’exorciser les peines et les douleurs de toute une génération qui a grandi et vécu dans le contexte de l’IRA. Chaque personnage du film traîne comme un boulet le poids de cette guerre civile, que ce soit le maton qui en a marre de taper sur des types à poil, le CRS (enfin l’équivalent-de-sa-Majesté) qui chiale en pleine intervention, ou bien sûr les prisonniers…En définitive, il ne se passe pas grand-chose dans ce film, en terme de scénario. Le scénario c’est une prison horrible, point barre, et c’est déjà bien assez pour nous qui n’en verrons jamais la couleur (enfin j’espère). Certaines informations essentielles sont distillées pour qu’on comprenne le pourquoi du comment, avec par exemple des extraits audio de discours de Thatcher, la seule dont on comprend ce qu’elle dit, soit dit en passant. Malgré la volonté évidente de non-parti pris, on ne peut pas s’empêcher de trouver la fin assez dramatique, au sens théâtral du terme. Bobby Sands est squelettique, exsangue, christique. Le comédien a dû en baver pour en arriver à un tel décharnement. Et le personnel de la prison, qui dans la première partie est violent et sans concessions, est devenu très attentif et maternel avec celui qui est en train de mourir pour ses idées. Je peux comprendre que le Sinn Féin défende des désirs d’indépendance avec les mots, je ne peux pas comprendre que l’IRA demande la même chose en faisant sauter des innocents. Je n’arrive pas à éprouver de peine ou d’admiration pour ces gens. Donc j’ai vraiment ressenti la déchéance finale de Bobby Sands comme un constat médical (et c’est filmé comme tel, à la limite de l’autopsie pré-mortem), et non comme la fin d’un martyr.

Ce film est un vrai chef-d’œuvre cinématographique, avec une manière de filmer que j’ai trouvée totalement originale et particulièrement bien adaptée au sujet. Les images sont parfois d’une violence insoutenable, une violence crue. Ce morceau d’Histoire britannique est encore frais dans les esprits et dans les corps donc c’était un sacré défi de mettre ça en images maintenant, avec recul. Tout ce que j’en retiens, c’est que chaque camp a eu son lot de souffrances et qu’il est temps de regarder le passé en face afin de pouvoir tirer un trait définitif dessus. Steve McQueen, le réalisateur, nous offre un arrêt sur image aussi neutre que possible, à chacun de faire son bilan.

4 Commentaires

  1. F.

    J’ai pas encore vu Hunger mais du même réalisateur, j’ai adoré Shame !

    A quand la critique ?

  2. Pingback: Jane Eyre | The magic orange plastic bird said…

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