Moonrise kingdom

– Bonjour, une place pour Moonrise kingdom s’il vous plaît

– Oui, vous avez une réduction étudiante ?

– Euh…ben non, malheureusement

Je commencerai à m’inquiéter quand on ne me demandera plus si je suis étudiante à la caisse des cinémas. En attendant, on aurait pu me rembourser à la sortie car pour le coup, j’avais triplement (presque) rajeuni et j’avais12 ans.

Plus Wes Anderson avance en âge, plus ses films rajeunissent.

Suzy habite sur une île, avec ses parents et ses frères. Elles s’y ennuie à mourir.

Sam est en vacances sur l’île avec son camp de scouts. Et il a un plan : s’échapper pour retrouver Suzy, rencontrée par hasard l’an passé à la fête de l’école.

Suzy et Sam se font donc la malle, et poursuivre par qui les parents, qui le chef de campement et tous les scouts, qui l’assistante sociale, qui le policier…à croire que personne ne les comprend, personne ne comprend leur amour et leur désir d’indépendance. Bon, ils ont 12 ans, ceci peut expliquer cela. Peut-être.

À noter que le film a été interdit aux moins de 13 ans aux États-Unis, ce qui représente, autant le préciser, une connerie rarement égalée mais bon…deux ados pré-pubères qui dorment ensemble sous la tente, on sait jamais quelles idées maléfiques ça pourrait faire naître dans les cerveaux ô combien innocents des petits Américains (du second degré se cache dans cette phrase, sauras-tu le retrouver ?). Bref, Wes Anderson nous livre une histoire, ou plutôt un conte, pour petits et grands enfants.

Le décorum : 1965, ses fringues, ses accessoires vintage, ses conventions sociales. La famille de Suzy est comme toutes les familles de Wes Anderson : à la dérive. Sam, n’en parlons pas, il n’a plus de parents et sa famille d’accueil lui envoie un courrier pour lui dire que ce n’est pas la peine qu’il revienne chez eux. Alors que Suzy et Sam aient envie de se barrer et d’habiter sur une crique déserte, ça peut se comprendre. Ou pas. Du haut de leurs 12 ans, ils semblent les seuls à maîtriser leur destin, à savoir ce qu’ils veulent vraiment, pendant que les adultes s’engueulent, se trompent, fument des clopes, renoncent à leurs obligations et mettent tout en œuvre pour retrouver les fugueurs pour les remettre dans le droit chemin qui les mènera à coup sûr vers leur perte. Deux mini-adultes pas encore pervertis par la vie, encore éblouis par leurs rêves et leurs aspirations.

Dans cette histoire il y a du premier degré. L’amour inconditionnel de Suzy et Sam, l’humour des situations, l’insolite du contexte et de ses personnages. Mais ne prenons pas Wes Anderson pour un lapin de trois semaines. Il est rusé comme un Mr. Fox. Et nous raconte une fois de plus, sous un angle différent, ce que c’est que l’enfance, ses traumatismes, ses adultes à la con, ses familles improbables. Les deux niveaux de lecture s’entremêlent sans jamais se télescoper. Les spectateurs qui voudront voir une belle histoire la verront. Ceux qui voudront voir une fable malicieuse la verront aussi. Ceux qui ne verront qu’une bluette extravagante n’auront qu’à aller voir Marion Cotillard en cul-de-jatte, si l’hyperréalisme les fait kiffer plus que la poésie. Je dis ça parce que j’ai lu quelques critiques très premier degré et ça m’agace car j’ai trouvé ce film très réussi. À la fois dans sa mise en scène et dans sa réalisation. J’ai même trouvé quelques petits côté « Michel Gondry » à certaines situations.

Au casting, des fidèles de Wes Anderson. Et un Bruce Willis comme on l’a rarement vu. Les enfants sont évidemment extraordinaires et même si j’ai trouvé à Sam une tête d’Harry Potter (film premier) et à Suzy une tête de Kristen Stewart (Twilight premier volet), je les ai trouvés criants de sincérité et d’obstination dans leur façon de jouer aux adultes. Et j’aime tellement Bill Murray !

Je comprends que le style de Wes Anderson puisse dérouter. Des personnages colorés, des décors « refuges » (une maison, un train, un terrier, une île, un sous-marin) tout aussi bariolés, des personnalités décalées, des sentiments exacerbés…la vie en kaléidoscope. Un peu de rêve pour adultes désabusés.

(et j’irai très certainement voir Marion Cotillard sans ses jambes, parce que je ne suis pas sectaire)

2 Commentaires

  1. galuchon

    Oui, les gamins sont épatants. Will1s (que je ne prise guère) est inattendu en flic empli de mélancolie. Et les décors !!!
    Mon esprit pur et jeune fait que ce film m’a beaucoup plu, et je conseille à ceux qui veulent sortir du cinéma formaté d’aller le voir. Une bouffée d’air frais qui renforcera bien le post 6 mai…

    • @Galuchon : Willis m’a fait pitié car je l’ai trouvé très vieux. Maquillage ou au contraire, absence de maquillage ? Mais du coup le rôle lui collait à la peau.
      Et tu peux pas t’empêcher de faire de la politique ! ;)

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