La Foire des Ténèbres

Aujourd’hui, à 91 ans, Ray Bradbury est mort. Pas estomaquée pour deux sous : je croyais qu’il l’était déjà. L’occasion pour moi de ressortir cette note, afin de…euh…rendre un hommage, enfin non, euh…de euh…Ouais bon, j’avais pas aimé. Ça arrive non ?

Note initialement publiée le 12 mars 2008

Putain ça y est. J’ai fini. Halleluia. Ah je m’y suis attelée. En congé, j’ai décidé de me débarrasser de ce bouquin qui me hante depuis maintenant plusieurs mois. J’ai tellement envie de commencer autre chose. Mais je n’aime tellement pas abandonner un roman en cours de route.

Donc pour fêter dignement la fin de ce calvaire, je m’en vais vous raconter ce que j’ai pensé de ce bouquin. Vous n’y échapperez pas.

Sur le fond. C’est un roman classifié SF (c’est marqué dessus, comme le port-salut). Je dirais que c’est plutôt du fantastique. Le pitch : dans une petite ville de l’Illinois, deux garçons de 13 ou 14 ans vivent une existence paisible. Ils sont voisins et partagent tout ou presque. Ils font les quatre cent coups. Font le mur la nuit. Bref, ils vivent l’existence de n’importe quel ado ayant vécu avant l’apparition des PS2 [edit de 2012 :] des Wii, des textos, et de l’internet international qui permet d’aller mater des meufs à poil à loisir [edit de 2012:] et de poster des vidéos de gens qu’on tue pour de vrai. Jusqu’au jour où se pointe un vendeur de paratonnerres. Qui les met en garde contre un truc pas cool qui arrive incessamment sous peu mais on n’en sait pas plus. Et qui en profite pour leur vendre des paratonnerres supposés les protéger contre le truc pas cool. Et effectivement, l’orage gronde au loin. Bonjour le cliché. Et lors d’une nuit sans lune, arrive un train chargé de personnages étranges, qui plantent le décor d’une fête foraine. Pour être plus précise, le décor se plante tout seul. Ce qui met la puce à l’oreille de nos deux compères, qui subodorent un truc bizarre. C’est à ce moment que l’amitié de nos deux adolescents se trouve mise à l’épreuve. Jim le téméraire et Will le parano commencent à se chamailler méchamment au sujet de cette fête. Faut-il y aller ? Faut-il traîner par là la nuit ? Bon, évidemment, ils vont fourrer leur nez là où il ne faut pas, déclenchant le courroux de l’Homme Illustré aux tatouages cauchemardesques, de la Sorcière en cire aux yeux cousus qui lit dans les pensées et d’autres personnages tout aussi hauts en couleurs. L’objet du délit ? Un manège maléfique, qui selon qu’il tourne à l’envers ou à l’endroit vous fait perdre ou gagner des années. Mais en égratignant sévèrement votre âme et votre psychisme au passage. S’en suit une traque des deux pauvres ados, qui aidés du père de l’un d’eux, vont tenter de déjouer les noirs desseins des forains chelous.

Sur la forme. Au secours. Mais au secours, vraiment. Que d’images ! Que de métaphores ! Que de phrases alambiquées ! Quelle lourdeur !

Et j’illustre mon propos avec quelques exemples révélateurs.

« Ses yeux, qui paraissaient fixés sur un point au plus profond de lui-même, étaient d’un vert de feuille de menthe prise dans un cristal de roche ».

Au secours.

« […] ils coururent vers le nord, vers le sud, vers l’est ou vers l’ouest, comme des porcs albinos, comme des sangliers sans défenses, comme des paresseux devant l’orage ».

Au secours.

Notez les « sangliers sans défenses », qui bénéficient, par le truchement opportun de la traduction, d’une lourdeur stylistique encore plus grande.

Et c’est comme ça à toutes les pages. Des comparaisons ridicules. Mon deuxième exemple est tiré de la scène finale, celle où tout se dénoue, donc marquée d’une intensité dramatique à son apogée. Et bien croyez-moi, lorsque vous êtes en pleine intensité dramatique, et que vous tombez sur les « porcs albinos », au lieu de vous arracher un frisson d’angoisse, ça vous arrache un ricanement consterné et l’intensité, elle retombe comme un vieux soufflé.

C’était une lecture épuisante. Certains passages arrivaient à me captiver un peu, mais ma concentration était sans cesse anéantie par des trucs incongrus. J’ai eu l’impression de lire une rédaction d’élève de collège, pleine de naïveté et d’effets de style grossiers.

Néanmoins. Je reconnais que derrière toute cette lourdeur se cache un propos intéressant. Certains passages étaient dignes d’intérêt par leur contenu. Parce que cette histoire fantastique est un prétexte à s’interroger sur certains sujets (éculés, certes). Notamment sur le sujet de l’âge, du vieillissement, de la jeunesse éternelle, de la mort. Le fameux manège enchanté (tournicotis ! Tournico…hem…je m’égare) prend ou donne des années, selon les souhaits de chacun. Mais ce n’est pas sans conséquences bien sûr, sur soi et son rapport aux autres. Bradbury a également mis l’accent sur les relations d’amitié et sur la relation père-enfant. Quelques bonnes idées, trop rares, viennent ponctuer l’intrigue grossière dont le dénouement est prévisible dès les premières pages. Malheureusement, la morale que Bradbury met en évidence à la fin, c’est que le rire c’est plus fort que la tristesse, et que la vie, c’est plus fort que la mort.

En plus, personne n’a attrapé la queue du Mickey.

Plusieurs sources m’ont recommandé la lecture des Chroniques Martiennes du même auteur. Ainsi évidemment que de l’inénarrable Fahrenheit 451. Mais franchement, la perspective de retrouver cette écriture médiocre et fastidieuse me coupe toute envie de m’attaquer à ces monuments de la littérature.

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