Par un matin d’automne

Un sticker sur la première de couverture annonçait « Sélection 2011 prix des lecteurs ». Rien ne se perd, tout se transforme, quel est ce prix flambant neuf obtenu par un roman publié dans sa langue d’origine en 1988 ? Aucune idée. Faut dire que j’ai pas cherché. Bon, considérons la chose comme une ruse marketing de tête de gondole. La dernière de couverture, quant à elle, cite Stephen King, oui monsieur, oui madame, qui a été « tenu éveillé jusqu’au petit jour […] et manipulé d’une main de maître ». Je goûte assez peu ces artifices destinés à conditionner le lecteur à aimer un roman. Si Stephen King a kiffé…quel autre choix as-tu ?

Je n’aime pas le titre, creux à souhait, même s’il peut s’expliquer assez facilement par plusieurs éléments du roman.

Le premier : le voyage de Leonora Galloway et de sa fille Penelope, un matin d’automne donc, au mémorial de Thiepval, afin de rendre hommage à un nom inscrit sur le monument. Celui du père de Leonora, l’honorable capitaine John Hallows, mort au combat. Leonora s’apprête à révéler à sa fille son histoire personnelle, de sa vie de petite fille à un passé récent.

Le deuxième : la précipitation d’événements tragiques dans le manoir de Meongate, un 22 septembre 1916.

La première partie du roman (92 pages tout de même) pose l’histoire de Leonora telle qu’elle l’a connue pendant 37 ans de sa vie. Orpheline, elle a subit les pires humiliations de la part de la seconde femme de son grand-père, au manoir de Meongate. Cette odieuse marâtre lui a bien fait comprendre que sa naissance, en 1917, ne pouvait correspondre avec la mort de son père, le capitaine Hallows, début 1916. La cruelle Olivia s’est fait un plaisir de dépeindre la mère de Leonora comme une moins que rien, tout en lui démontrant qu’elle n’avait aucune légitimité dans cette famille. Après des années de brimades, Leonora trouve refuge dans les bras d’un beau capitaine et s’en va construire sa vie ailleurs.

La deuxième partie du roman voit apparaître un certain Willis, venu rencontrer Leonora suite au décès de la vieille Olivia. La sorcière étant hors d’état de nuire, Willis peut enfin venir raconter à Leonora sa véritable histoire, du moins telle qu’il l’a vécue. Willis, qui en d’autres temps s’appelait Franklin, a bien connu le père de Leonora à la guerre. C’était même son meilleur ami. Après la disparition au combat de son ami, Franklin a lui-même été blessé et rapatrié en Angleterre, où il a atterri en convalescence au manoir de Meongate, à l’invitation du père de Hallows. Il était loin de se douter où il mettait les pieds. Intrigues, cachotteries, infidélités, grossesse suspecte, meurtre, suicide…rien n’aura été épargné à Meongate. Franklin n’aura alors de cesse de découvrir toute la vérité.

Dans la troisième partie, plusieurs personnages prennent la parole, afin de nous livrer toutes les clés de l’histoire, de dénouer toutes ces tensions qui étranglaient cette famille maudite.

Alors Stephen King a raison. Même si le roman a bien failli me tomber des mains dans la première partie. Quand le récit de Franklin/Willis commence, les choses deviennent intéressantes. Les événements s’enchaînent, les soupçons se multiplient, l’envie de savoir le fin mot de l’histoire nous fait tourner les pages avec fébrilité. Ce qui apparaissait comme une sorte de roman familial historique se transforme en enquête haletante, façon Dix petits nègres, d’Agatha Christie, à la recherche du meurtrier de ce salopard de Mompesson, que personne ne pouvait encadrer. La troisième partie fait retomber cette fébrilité en nous entraînant dans d’inutiles méandres alors qu’on commence à voir la solution se profiler. Ce roman aurait gagné en dynamisme en écourtant largement la première et la troisième partie. La capacité de Goddard à distiller les informations et à entretenir le suspense est indéniable. C’est la raison pour laquelle je ne serais pas contre le fait de lire d’autres de ses romans.

Cependant, j’ai trouvé certaines ficelles extrêmement grossières. Difficile de vous les expliquer sans déflorer l’intrigue mais j’avais anticipé pas mal de choses. Et puis, Goddard semble prendre ses lecteurs pour des poissons rouges puisqu’une information donnée au tout début du roman m’a trotté dans la tête tout le long et m’a donné dès le début de la deuxième partie la confirmation de mes soupçons. Deviner à la page 95 ce qu’on apprend à la page 538 (sur 542), c’est un peu ballot. Mais bon, entre-temps Goddard avait semé quelques doutes dans mon esprit.

En ce qui concerne les personnages, j’ai trouvé que certains étaient trop caricaturaux. La belle-grand-mère Olivia était trop méchante pour être vraie par exemple. Et puis l’intrigue repose sur des fondations que je trouve bien fragiles. Là encore, impossible de vous livrer des éléments précis mais plusieurs fois j’ai pensé que tous ces gens étaient bien cons, et qu’il s’en serait fallu de pas grand-chose pour qu’on évite tous ces drames. Mais ma réaction est celle d’une femme de 2012. Les événements se déroulaient en 1916 et les mœurs de l’aristocratie anglaise étaient sûrement bien différentes de miennes.

Concernant la « reconstitution » historique, je m’attendais à avoir plus de précisions. La quatrième de couverture m’annonce un « sens de la reconstitution historique remarquable ». Oui, bof. Les tranchées de la Somme, j’aurais pu les décrire. Les bas-fonds de Portsmouth, aussi. Un vieux pub, des dockers, des alcoolos. Rien, à mon sens, de très documenté. Goddard est peut-être allé à Thiepval pour voir le mémorial mais bon, une visite touristique ne remplace pas un travail documentaire historique.

Stephen King nous parle également d’un « style parfait ». Il aurait sûrement fallu que je lise ce roman in the text pour m’en assurer. Je peux juste dire que le style de la traduction est fluide, agréable, et qu’il convient pour ce type de roman à intrigues. C’est peut-être en cela qu’il est parfait. Mais pas de quoi réveiller Dickens de son sommeil éternel. Par contre, je n’ai pas trop aimé le style « chorale » du roman. Plusieurs personnes parlent à tour de rôle. Ça m’a rappelé un autre roman qui a exploité ce concept du « un personnage = un point de vue », et qui l’a fait avec beaucoup plus de talent (Seven types of ambiguity). Je trouve très artificiel cette façon qu’ont les personnages de raconter des trucs qui se sont passés quarante ans auparavant, avec force détails sur les heures, l’aspect de la pelouse, et des retranscriptions à la virgule près des conversations.

Je suis un peu sévère avec ce roman, qui, je l’avoue, m’a tenue en haleine pendant trois jours malgré ses défauts. Et puis je ne m’attendais pas à tomber sur une enquête de ce genre, façon Agatha Christie. Au final, ça reste un bon divertissement, alambiqué certes, mais bien ficelé.

Petit détail qui m’a fait sourire : j’avais souligné la coïncidence du 18 août dans Un cri si lointain, terminé ce même jour. J’ai commencé Par un matin d’automne le 18 août, et j’ai découvert au début du livre un mot à la mémoire de ce qui semble être le grand-père de Goddard, né un…18 août bien sûr.

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