Un cri si lointain

Le pouvoir de suggestion étant parfois aussi efficace qu’un grand verre de thé glacé, j’ai entrepris de lire ce roman d’Åke Edwardson en espérant y trouver le vent, la pluie et le froid qui y engloutissent Göteborg habituellement.

L’histoire commence un 18 août (véridique…) en pleine canicule (O.K…). Enfin l’histoire commence quelques jours avant (genre à la date où j’ai commencé le bouquin, par exemple) et le meurtre est découvert le 18 août au petit matin.

Et il fait une chaleur d’enfer, dans ce pays, dans cette ville qui n’en ont pas l’habitude. Ça tombe bien, le commissaire Erik Winter est en vacances, qu’il occupe en allant se baigner à vélo. Pour une fois qu’il pouvait être un peu tranquille, voilà que les emmerdes viennent gratter à la porte. D’une, Aneta, l’une de ses subordonnées, vient de se faire démonter la mâchoire par un raciste aviné. De deux, on vient de découvrir le cadavre d’une jeune femme au bord d’un lac. Finies les vacances. Au point que Winter se pointe au bureau en short au lieu de ses costumes hors de prix habituels. Et comme si la chaleur rendait tout le monde fou, voilà qu’une fusillade éclate en plein centre-ville, et qu’un type prend un bus en otage en menaçant de tout faire péter. Bon.

Mais ne mélangeons pas tout. Ce meurtre intrigue particulièrement Winter, dont le sixième sens flaire une affaire complexe. Aucune idée de l’identité de la jeune femme. Un signe cabalistique sur un poteau. Un bateau emprunté. Et peut-être un ou plusieurs enfants dans la nature.

Une enquête de longue, très longue haleine qui va emmener Winter jusqu’au Danemark, jusqu’en 1972, jusqu’à d’autres cadavres. Et au milieu de tout ça, la pression d’Angela, qui voudrait qu’il s’engage enfin, la pression de Lotta, sa sœur, qui voudrait qu’il s’implique, la pression de ses parents, déguerpis à Marbella.

C’est le troisième roman d’Åke Edwardson que je lis, après Danse avec l’ange et Ce doux pays. Le dénominateur commun, c’est ce portrait très inhabituel de la Suède. Pauvreté, immigration, racisme…on est très loin de l’image d’Épinal habituelle. Et puis la météo…protagoniste indéboulonnable. Le vent, la pluie, la neige, le soleil, le froid, la chaleur, le brouillard…comme si on les ressentait physiquement. J’aime le personnage de Winter. Toutefois, je ne peux m’empêcher de lui trouver toutes sortes de points communs avec d’autres commissaires vus au cinéma ou dans les livres. Il me fait penser à Adamsberg, de Fred Vargas. Un type mystérieux, buté, fin, humain, bourru, à l’instinct sur-développé ; et les couples Adamsberg/Camille et Winter/Angela se ressemblent furieusement. Et puis les personnages secondaires, qu’on croirait sortis d’une série télé : les inspecteurs qui se chamaillent, les techniciens qui cherchent des empreintes digitales jusqu’à 3h du matin…Bon, il faut croire que certains ingrédients sont nécessaires pour faire tenir le gâteau. Heureusement, Edwardson nous fait oublier les ficelles du genre avec sa vision si caractéristique de son pays et des gens qui l’habitent. Par contre, il aime bien le format « pavé » et ça pourrait rebuter les amateurs de polars échevelés. On tourne en rond, on distille les informations, on s’attarde sur la météo, sur les paysages…et il ne faut pas s’attendre non plus à obtenir toutes les réponses à la fin. Dans cet opus, des questions planent encore dans ma tête et planeraient encore longtemps si ma mémoire ne se chargeait pas d’effacer toute trace de l’intrigue d’ici une semaine ou deux…

6 Commentaires

  1. Pingback: Danse avec l’ange | The magic orange plastic bird said…

  2. F.

    Tu vois qu’Adamsberg a quelque chose d’hollywoodien ! :-p C’est pas juste une coïncidence ces ressemblances…

    Sinon laisse-moi deviner, t’as lu ce livre aujourd’hui (enfin hier), d’un trait ?…

    • @F. : le seul Vargas que tu as lu est paru en 1991 (et je ne crois pas que tu l’aies lu à cette époque). Si Adamsberg a quelque chose d’hollyoodien (et dans cette note, je parlais de Winter et ses inspecteurs, pas d’Adamsberg) c’est peut-être parce qu’Hollywood a tout piqué à la littérature non ? Et puis en 1991, il n’y avait pas autant de séries comme il y en a maintenant. En tout cas pas avec ce genre de personnage. Chez Vargas, qui bosse au CNRS, ça manque de flingues, de putes, de bagnoles, de drogue, et c’est précisément ce qui n’en fait pas un modèle hollywoodien. Et c’est aussi sûrement ce qui fait que tu trouves que c’est écrit pour les filles.
      Après, je ne m’y connais pas assez en polar (et toi non plus, si je ne m’abuse) pour savoir d’où vient ce personnage d’inspecteur flegmatique et instinctif (qui a copier sur qui, en gros). Colombo ? Poirot? Maigret ? Julie Lescaut et ses mulets ? Tous les enquêteurs des polars sont caricaturaux. Tu préfères juste une autre caricature.
      Et si tu avais lu correctement ma note, tu aurais vu dès le départ que je n’ai pas lu ce livre en un seul jour.

  3. F.

    Il était un peu tard et j’étais pas très concentré c’est vrai ;-)

    En tout cas je suis d’accord et je trouve que c’est bien trouvé ce que tu dis « tu préfères juste une autre caricature ». J’avais pas percuté mais en fait c’est vrai que j’adore Columbo et y a bcp de caricatures dans cette série bien sûr…

    C’est une question intéressante de savoir qui a piqué quoi à qui mais aujourd’hui on peut quand même voir que les deux (le cinéma et la littérature) s’influencent mutuellement, et j’ai l’impression que c’est souvent le cinéma qui prend le dessus. Ceci dit, je suis pas un aussi grand lecteur que toi, et je te laisse le soin de parler de littérature, surtout de bon matin ;-)

    • @F. : un peu tard ou un peu tôt ?
      Sinon j’ai commencé depuis des lustres une note au sujet de cinéma vs littérature. Va falloir que je me décide à la finir. Toutefois, je ne pense pas que le cinéma influence tant que ça la littérature, à part quelques auteurs dont on sent qu’ils ont envie de se faire adapter très vite (Lévy, Musso…). Et pour anticiper sur ma note pas encore terminée, je peux dire que j’ai l’impression que le cinéma serait bien emmerdé s’il n’y avait pas quelques bons romans/BD à adapter.

  4. Pingback: Par un matin d’automne | The magic orange plastic bird said…

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