Le jour des corneilles

Père et Fils vivent dans la forêt. Père a toujours expliqué à Fils qu’au-delà de celle-ci, il n’y avait rien. Ni personne. Et s’il faut que Fils se prenne une bonne trempe pour l’aider à comprendre, Père n’hésite pas une seconde. Pourtant, Fils rencontre d’étranges personnages aux quatre coins de la forêt. Des hommes à tête d’animal, qui l’écoutent, l’aident, le guident. Parmi ces personnages une délicate biche qu’il appelle Mère. Tout le contraire de Père, un effroyable colosse barbu qui vocifère et tue les sangliers à mains nues. Pourtant, Père a peur d’une chose : de l’orage. Et un jour qu’il lutte contre les éclairs, il tombe, laissant Fils démuni devant cet énorme corps inanimé. Encouragé par les esprits de la forêt, Fils franchit la lisière en traînant le corps tant bien que mal, et finit par arriver à un village. Pour Fils, c’est la découverte d’un nouveau monde : des êtres humains partout, des maisons en pierre, et puis le bon docteur et sa fille Manon. La plus grande découverte de Fils sera sans aucun doute celle de l’amour et de la chaleur humaine. Va-t-il devoir retourner dans la forêt avec Père, qui refuse tout contact avec les villageois et semble détester tout le monde, y compris son propre fils ?

Le graphisme de ce dessin animé est superbe, et à l’ancienne, ce qui vaut la peine d’être souligné. Les scènes dans la nature rappellent les grandes heures des animations japonaises ou coréennes (d’ailleurs, un studio coréen a participé au projet). Les esprits ou fantômes de la forêt évoquent irrémédiablement les croyances japonaises en matière d’animisme et la nature est dépeinte dans toute sa beauté, sa richesse, mais aussi sa cruauté. Toutefois, on ne retrouve pas vraiment dans ce film ces moments suspendus, ces parenthèses contemplatives qu’on peut retrouver dans les Miyazaki ou les Hosoda. Il faut dire que ce rythme de narration peut être perturbant pour des spectateurs occidentaux qui sont habitués à un enchaînement plus rapide des séquences et à des plans « utiles » à l’histoire. Bref, j’aurais apprécié plus de poésie et de contemplation dans les scènes dans la forêt ou chez le docteur. Mais c’est vraiment histoire de chercher la petite bête car ce film est un petit bijou de sensibilité.

J’ai appris au moment du générique de fin qu’il s’agissait d’une adaptation d’un roman. Un roman pour adultes en fait. Ceci explique sûrement la profondeur des thèmes abordés dans ce dessin animé, clairement destiné aux enfants. Cependant, je pense qu’il n’est pas adapté pour des enfants trop jeunes. Les thèmes principaux développés sont l’amour filial et le deuil, ainsi que l’intime relation qu’ils peuvent nouer. Bref, des sujets épineux, délicats, qui vaudront sûrement aux adultes accompagnants quelques questions embarrassantes à la sortie du cinéma. Car j’ai été très surprise par la fin du film. Inhabituelle, audacieuse, voire légèrement dérangeante. Je ne vais pas vous la dévoiler même si j’en crève d’envie, parce qu’il y a des choses très intéressantes à étudier. Le deuil impossible, le chagrin inconsolable, l’amour anéanti. La fin a été réalisée (à mon sens) comme une sorte de happy end alors qu’elle est extrêmement triste et sombre. [je mets le paragraphe suivant en ton sur ton, ceux qui veulent le lire n’ont qu’à le mettre en surbrillance mais attention, GROS spoiler ! (je vous aurais prévenus…)] Que le père n’ait d’autre choix que de se laisser mourir pour apaiser le chagrin d’avoir perdu sa femme lors de l’accouchement du fils qu’il n’a jamais su ni pu aimer, que l’amour arrive finalement une fois et une fois seulement qu’il est devenu à son tour un esprit de la forêt…ça me paraît franchement périlleux à expliquer à un enfant. La morale, en gros, c’est que si tu es anéanti par la mort d’un proche, inutile de travailler ton deuil et d’essayer d’aimer qui que ce soit d’autre, par contre, tu peux essayer de mourir, ça devrait apaiser ta peine une bonne fois pour toute. Raide non ? Surtout que le gamin se retrouve orphelin, entre de bonnes mains, certes, mais orphelin et heureux de voir ses parents réunis dans la mort. Super raide. [fin du spoiler]

Un beau casting de voix vient servir ce superbe conte. Jean Reno tonne de sa voix de stentor dans la forêt tandis que Lorànt Deutsch s’éclate en petit garçon facétieux. Isabelle Carré joue les petites filles modèles d’un docteur au grand cœur et à la voix apaisante de Claude Chabrol, transformé en esprit de la forêt à son tour puisqu’il est décédé peu après l’enregistrement du film. Hommage non calculé et c’en est d’autant plus émouvant.

On ne le dira jamais assez : il faut rester pendant le générique de fin. Un joli moment de poésie a été ajouté dans les crédits.

3 Commentaires

  1. Argh… que faire? Vais-je attendre de pouvoir « l’emprunter »? Passera-t-il au cinéma ici dans six mois? Ou m’auto-spoilerais-je d’une possibilité? Parce que là, tu m’as donné le goût, quand même!

  2. Pingback: J’ai testé pour vous… la bibliothèque numérique de Clermont Communauté | The magic orange plastic bird said...

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