The reader

Ce soir était rediffusé ce film de Stephen Daldry, sorti en 2009. Je ne l’ai jamais revu, je l’ai raté ce soir et j’ai oublié de l’enregistrer. Bon. Ce sera pour une prochaine fois.

Note initialement publiée le 6 août 2009

J’ai lu la traduction française « Le liseur », de Bernhard Schlink quand j’étais au lycée. Je l’ai donc lu à sa sortie. J’avais beaucoup aimé parce qu’à un moment où on étudiait l’Histoire et en particulier la Seconde Guerre Mondiale, ce roman apportait un regard original, voire déstabilisant, par rapport au point de vue purement historique et factuel. Ce roman a gêné. Le film a gêné également, d’après ce que j’ai pu lire ici ou là. Et bien moi j’aime bien les histoires gênantes. Parce que ça oblige le cerveau à cogiter et à soulever des questions auxquelles on n’a jamais pensé et auxquelles on n’a encore moins réfléchi à des réponses. Nous sommes en Allemagne. Michael a 15 ans, en 1958. Il rencontre par hasard Hanna, qui lui porte secours dans la rue. Michael est subjugué et Hanna se laisse aller à une relation charnelle régulière avec l’adolescent. Elle a vingt ans de plus que lui. Pendant des semaines, ils font l’amour et Michael lit des romans à Hanna. Elle aime ça. Homère, Tchekov…tout y passe. Michael aime lire pour celle qu’il aime. Et puis un jour, Hanna disparaît, laissant Michael désemparé. Quelques années plus tard, Michael est étudiant en droit et l’un de ses professeurs le fait assister à un procès. Ce procès c’est celui de plusieurs femmes qui ont travaillé dans les camps de la mort et plus particulièrement à Auschwitz. Sur les bancs des accusés, Michael aperçoit celle qu’il a aimée quelques années auparavant. Ce film (et le roman, mais là je parle plus particulièrement du film que je viens de voir, vu que je ne me souviens pas du roman dans les détails), soulève une multitude de questions morales. À des degrés divers. Et c’est ce qui gêne aux entournures. Premier problème moral : une femme de 35 ans a-t-elle le droit d’entretenir une relation avec un adolescent de 16 ou 17 ans ? Le film choisit de ne pas faire de cette histoire un vrai problème. Leur idylle est cachée et il n’y a pas de sensation de domination de la part de l’un ou l’autre. Ils s’aiment, c’est tout. Mais bon…a-t-on le droit ? Deuxième problème, peut-on aimer quelqu’un qui a fait des choses horribles par le passé, et peut-on pardonner ? Ces deux problèmes viennent s’enchevêtrer. Aimer une femme plus âgée et l’aimer malgré ce qu’elle a fait ? La deuxième partie du film devient particulièrement compliquée en terme de questions morales. D’ailleurs le film ne livre pas de réponses. Tout simplement parce qu’il n’y en a pas. C’est ce qui a gêné certains je pense. L’auteur a choisi de ne pas offrir de vision manichéenne de l’Histoire. Parce que l’Histoire a été faite pas des hommes. Victimes et bourreaux. Généralement on se refuse à considérer les bourreaux comme des êtres humains : ce sont des entités spéciales sur lesquelles on colle une étiquette idéologique et politique. Mais le film nous montre un bourreau (une bourelle en fait, mais c’est encore plus moche que la version masculine) à l’intellect et à l’éducation limités, confit dans ses peurs et ses croyances, rongé par la honte et la crainte du regard d’autrui. Alors il devient difficile de juger. Et c’est gênant. Parce qu’on se surprend à trouver des circonstances atténuantes à quelqu’un qui a commis le pire de l’indicible. Le film pose aussi le problème de la responsabilité. Celle qui nous amène devant la Justice. Il faut trouver des coupables. Alors on cherche. Et on racle ce qu’on peut. Hanna est-elle coupable ? Responsable ? N’est-elle qu’un pauvre pion ? Là encore on se sent mal. Partagés entre la volonté de punir et la sensation que les cerveaux coupables ne sont pas dans le box des accusés. Alors on se met à la place de Michael. Il pense tout ça. Et en plus, il l’aime. Ce qui n’arrange rien. Je crois que c’est ce qui met le plus mal à l’aise dans ce roman/film. Le fait que l’auteur ait délibérément mélangé une histoire sentimentale, de surcroît contestable, avec la grande Histoire et un de ses plus douloureux épisodes. Mais je crois que c’est précisément le reflet de la réalité. La grande Histoire est faite de petites histoires. Et parfois, quand on prend la loupe, c’est moche.

Pour finir, le film pose évidemment la question du pardon. Et n’apporte pas vraiment de réponse. Car c’est à chacun de faire son cheminement intellectuel et moral, et d’assumer ses émotions et ses opinions.

Concernant la forme du film, j’ai trouvé la construction soignée. Pas de fantaisie mais ça aurait été bien inutile et bien pesant, compte tenu de la complexité du fond. J’adore Kate Winslet et je n’ai rien à redire sur sa prestation. On peut toutefois regretter le décalage entre le lieu (l’Allemagne) et la langue anglaise utilisée par les acteurs mais bon…si le film avait été tourné par d’obscurs comédiens allemands, ça n’aurait pas été pareil.

4 Commentaires

  1. Ah…mais… bourrelle, j’adoooore!!! D’ailleurs, le dictionnaire commence sa définition par « femme du bourreau »,amusant! C’est vrai qu’épouser un bourreau peut nous pousser à prendre ses traits!

  2. galuchon

    Ce film est émouvant. On ressort de la séance en se disant que rien n’est jamais simple et qu’on est bien content de voir du cinéma de qualité.

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