Anti-réseau social (tu perds ton sang froid?)

Six ans (et demi) de blogging et toujours le même défaut. J’écris d’une traite et publie dans la foulée, puis au petit matin, j’ai plein d’autres trucs à dire et me frappe le front de n’avoir pas suivi les conseils de Boileau. Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. Ben nan, pas le temps.

Bref, je voulais compléter ma charge contre Facebook en précisant qu’il avait contribué à la mort (ou presque) des blogs. A l’époque, les blogs poussaient comme des champignons. Certains ne passaient pas le cap de la première note, du premier mois, ne parlons pas de la première année. Et d’autres voyaient s’épanouir une communauté joyeuse et bavarde. Les commentaires s’accumulaient sous les billets, les commentateurs s’interpellaient, débattaient, s’écharpaient et parfois, c’était plus intéressant que la prose initiale du blogueur, ravi pourtant de voir les réactions suscitées par celle-ci. Depuis l’arrivée de Facebook, je constate que les gens ne commentent plus ou quasi plus. Les gens likent, plus-un-isent, tweetent. Et ça ira bien comme ça. Un peu comme le « vu » posé par la maîtresse d’école dans la marge d’un devoir. Le « vu » de la frustration. C’était bien ? Pas bien ? Bof ? Complet ? T’avais pas des trucs à rajouter ? Une expérience similaire à partager ? Les lecteurs lisent, en diagonale parfois (et c’est leur droit le plus strict). Quand ils ont super aimé, ils partagent sur leur mur. Le blogueur n’en sait souvent rien et ne peut que constater les visites en provenance de Facebook sans savoir d’où elles proviennent. Quand il a la chance de trouver le partageur, il constate parfois que les réactions se font directement sur le mur en question, laissant le billet dans la solitude de son blog. Et je ne parle même pas des « like » de complaisance, lâché à la va-vite pour flatter l’égo de celui ou celle qui a posté sur son journal. Quand un billet est partagé par plusieurs personnes sur des pages Facebook différentes, les commentaires se dispersent. S’ils avaient été postés directement sous le billet, les gens auraient trouvé un espace de discussion, des personnes partageant leurs goûts, leurs idées. Ou pas. Ils auraient trouvé des contradicteurs, des arguments auxquels ils n’auraient peut-être jamais pensé…Bref, Facebook a éclaté les communautés, a cloisonné les débats, anéanti ces espaces intimes de discussion et de partage, ouverts à tous, privé les blogueurs de cette interactivité essentielle en même temps que de leur droit de réponse (cf. mon billet sur l’article de Technikart, où j’avais été très très énervée de voir que des gens commentaient ma prose ailleurs que chez moi).

Ceci ne s’appliquant bien sûr pas aux blogs passés du côté obscur de la force, car Facebook n’est pas responsable de tout. J’ai laissé tomber la lecture de certains blogs lorsque ceux-ci ont commencé à verser dans la note sponsorisée. Tu n’imagines même pas à quel point je déteste ce concept. Mais je ne me fais pas d’illusions, pour un lecteur séculaire perdu, combien de nouveaux, attirés par les trucs à gagner, les jeux à la con ? Sûrement les mêmes qui râlent à la première occasion contre les pratiques de Facebook. L’internaute est vénal, intéressé, corruptible. Et Facebook (et Google, et plein d’autres) essaie juste de tirer partie de ce vilain défaut. Faut pas venir pleurer, après.

10 Commentaires

  1. presso

    Et en même temps, paradoxe, tu as le « Fais tourner » sur ton blog, avant même ton inscription sur FB sans compter que tu partages toi-même sur les dits réseaux ;-) Mais c’est un peu le prolongement logique de la transition du journal intime au blog (enfin du genre de ton ancien et du mien), de l’opinion qu’on garde pour soi ou qu’on partage avec les collègues autour d’un café mais qui prend une autre « valeur » (ou pas) une fois diffusée à grande échelle.

    Mais je trouve intéressant le lien inverse que tu établis avec les commmentaires sur les blogs même. C’est clair que les « J’aime », « Like » ou autre « +1 » et « RT » sont des solutions de facilité. Sur FB où mon expérience est plus longue que la tienne, je dirais que ça a multiplié les interactions, que des gens qui commentent jamais se risquent à proclamer qu’ils aiment, mais est-ce que ça veut dire quelque chose? Pas vraiment…

    • @Presso : oui j’ai le « fais tourner » (fort peu utilisé, d’ailleurs ;) ) parce qu’il faut bien vivre avec son temps. Les réseaux sociaux sont une manière d’informer les gens qui me connaissent des updates du blog, parce que oui, maintenant je ne souhaite plus être anonyme car je souhaite partager ce que j’écris avec les gens de mon entourage. Et que souvent, il faut en passer par les réseaux sociaux car les gens ne prennent plus le temps d’aller sur un site/blog (et j’en fais partie, avec mon Gougueule reader notamment).
      Je joue à la vieille réac mais bon…il faut savoir fait feu de tout bois.

    • @galuchon : euh…hem…ça t’a énervé cette note ? C’est pour ça que tu commentes toutes les notes passées dans la foulée ? Nan parce qu’il va falloir que je te réponde partout maintenant (interactivité, tout ça…) ;)

  2. galuchon

    Non, c’était juste du second degré.
    Si je commente un (trop ?) grand nombre de notes, c’est seulement que je lis tout ce que j’ai manqué depuis juillet.

  3. @galuchon : au fait…merci pour ce rattrapage intensif et cette soirée passée chez moi ;) C’est donc toi qui a « vibré » pendant tout le « Hobbit » au cinéma ce soir !

  4. Ah, ah… ces réseaux, cette toile et ses mille méandres, ses mille impacts. Ton titre (j’aime)…
    Et ces réseaux devraient être poursuivis en justice pour publicité mensongère et libellé fallacieux

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