Mort aux cons

Chose promise, chose due, voici le petit résumé de ce roman qui s’est rappelé à mon bon souvenir lors du visionnage de « Touristes« .

Note initialement publiée le 19 août 2008

mort aux consLe titre ne laissant guère de place au mystère, ce roman raconte comment, un jour, un simple et honnête citoyen devient un meurtrier récurrent. Enfin non, pas un meurtrier. Pas encore. Il ne se considère pas comme un meurtrier vu qu’il estime rendre service à l’humanité en supprimant tous les cons qu’il rencontre de la surface de la planète.

Comment tout ceci est arrivé?

Un jour de grosse chaleur, notre héros (dont jamais on ne connaîtra le nom) se sent d’humeur agressive. Le chat de la voisine fera les frais de son agressivité en allant s’écraser cinq étages plus bas. Cet incident aura pour conséquence inattendue de provoquer une nouvelle solidarité entre voisins de son immeuble, rendant notre héros très satisfait de son geste (dont personne ne le soupçonnera bien sûr). Du coup, notre héros, auquel il va falloir que je trouve un nom vite fait parce que le qualificatif de héros m’indispose fortement, échafaude une théorie selon laquelle le monde manque d’humanité et qu’il faut remédier à tout ça. Il décide donc de supprimer tous les animaux domestiques pour reproduire cet élan de solidarité dans tout le quartier. Donc chats et chiens disparaissent les uns après les autres. Un vaste élan de solidarité naît, en effet. Mais avec lui, ses corollaires : la suspicion, la délation, les jalousies. Bref. Tout ceci contrarie fort notre héros, appelons le Nicolas (en hommage à la fameuse tirade : « casse-toi, pauv’ con »). Il peaufine sa théorie et en arrive à la conclusion que ce ne sont pas les animaux domestiques qu’il faut éradiquer, mais leurs maîtres. Il s’exécute donc. Ou plutôt, il exécute. Mais là encore, il n’est pas satisfait. Sa réflexion le pousse peu à peu à identifier les individus indésirables…en un mot, les cons.

À partir de là, s’en suit un long catalogue de situations diverses et variées, auxquelles n’importe qui peut s’identifier. Le guichetier à la Poste, la concierge, le voisin-boulet, l’incivil dans le métro, le patron, la conseillère ANPE, le chauffard…bref, tout ce qu’on peut imaginer, jusqu’au nombre de 140.

Alors au début, on jubile. Parce que Nicolas « zigouille », selon ses propres termes, des gens dont on se dit « rah mais quel(le) con(ne) !! ». C’est-à-dire qu’il réfléchit avant, il leur laisse quand même un peu de temps avant de prendre la décision irrémédiable. Mais au fur et à mesure qu’on avance dans le temps, on se rend compte que Nicolas zigouille quiconque ne partage pas ses idées ou quiconque lui procure un désagrément, aussi futile soit-il. Ce qui fait que parfois, et même souvent, on éprouve un certain malaise lorsqu’il tue quelqu’un. Nicolas fait très attention à ne pas laisser de traces de ses forfaits derrière lui. Jusqu’au jour où il zigouille quelqu’un qui lui est très proche. Du coup, la police s’intéresse naturellement à lui. Il fait donc la rencontre du commissaire Marie, avec lequel il se lie d’amitié. Il va même jusqu’à lui exposer sa théorie sur les cons, trouvant en Marie un allié de choix dans sa réflexion.

Je ne vous dévoilerai pas la fin, bien sûr.

Ce que j’ai pensé de ce roman.

Tout d’abord, j’ai trouvé ça un peu long. Un catalogue sans fin de cons. Une indigestion. Dont certains sont discutables bien sûr, puisque c’est bien connu, on est tous le con de quelqu’un d’autre. Nicolas a parfois tué des gens qui, d’après moi, ne le méritaient pas [edit du 8 janvier 2013 : comment j’ai pu écrire une phrase pareille moi?]. Cependant, la narration fait qu’il y a toujours une double lecture. Par exemple, lorsqu’il entreprend de zigouiller un médecin-tabacologue, je trouve ça évidemment débile mais Nicolas est fumeur. Donc forcément, ce médecin est un con à ses yeux. Mais le clin d’œil, c’est qu’il le zigouille alors que le toubib est en train de faire son jogging et Nicolas a grave du mal à le suivre, manquant de souffle, au point qu’il ne peut même pas lui asséner les paroles qu’il avait prévu de lui dire. Cent quarante cons c’est énorme mais le nombre était, je pense, nécessaire. Le roman n’aurait pas eu lieu d’être avec seulement quatre ou cinq meurtres de cons. Il fallait une opération d’envergure.

Ensuite, je m’attendais à autre chose, en commençant ce roman. Je m’attendais à un truc genre « C’est arrivé près de chez vous ». Un truc très caustique, un peu trash, second degré. Et là, pas du tout. Ou très peu. Il y a certains passages très drôles, avec des références à des gens connus, mais sans les nommer bien sûr, que Nicolas aurait tués. Ce n’est pas du tout trash. On sait tout juste de quelle manière Nicolas tue ses victimes : tantôt au revolver, tantôt au couteau, tantôt en maquillant un accident ou un suicide. Et pour le second degré, faudra repasser. Parce que Nicolas tue, certes, mais Nicolas réfléchit. Il élabore de nombreuses théories sur les cons, qui le guident dans son entreprise. Du coup, on a de nombreuses séances de réflexion sur la connerie, loin d’être inintéressantes.

Ce roman est une fable astucieuse. La réflexion de l’auteur nous oblige à une réflexion sur nos propres conceptions de la connerie, sur nos limites, notre tolérance. Là où parfois, dans la vie, vous vous dites « rah p’tin je vais le tuer ! », ben Nicolas, il le fait. Et finalement, on se dit que ce n’est peut-être pas une si bonne idée de dézinguer les gens. Un peu de recul, un peu de tolérance, un peu de compassion…ça m’arrache un peu la gueule mais bon…

« C’est drôle, les cons, ça repose,
C’est comme le feuillage au milieu des roses… »

Serge Reggiani (Le temps qui reste)

3 Commentaires

  1. Pingback: Touristes (Sightseers) | The magic orange plastic bird said…

  2. galuchon

    « [edit du 8 janvier 2013 : comment j’ai pu écrire une phrase pareille moi?] »
    Oui, je me suis fait la même remarque.
    La connitude (comme dirait quelqu’un(e)), ce n’est hélas pas que les autres. Parfois, soi-même…

    • @galuchon : et t’avais pas moufté à l’époque ?? étonnant ! Ça a au moins cet intérêt, de ressortir les vieilles notes. Et puis je me dis aussi que je l’aurais peut-être écrite différemment…M’enfin bon…

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