Tu seras sumo – Shinbô

sumoEncore une superbe soirée aux Ambiances, qui, sous l’impulsion des infatigables Maïko et Tetsuya, nous ont offert un superbe documentaire en présence de la réalisatrice, Jill Coulon. Et de Monsieur le Consul du Japon, qui devrait songer à prendre un petit pied-à-terre dans la capitale arverne vu qu’il se déplace tous les quatre matins pour sponsoriser les animations de JANA.

Tu seras sumo est un documentaire. Heureusement d’ailleurs que ça nous a été précisé avant la projection, car Jill Coulon a un peu bousculé les codes du genre. Pas de voix off pour faire la narration et apporter un point de vue extérieur et une analyse. Juste la voix du protagoniste principal, Takuya, qui déroule ses sentiments au fil des événements qui jalonnent six mois de tournage. Un tournage et un montage à l’esthétique si soignée qu’on croirait une fiction. Je me suis parfois demandée si certaines séquences n’avaient pas été scénarisées. Apparemment non.

Mais venons-en aux faits.

Takuya a 18 ans et se débrouille plutôt bien en judo, là-haut, dans les neiges d’Hokkaido. Heureusement car l’école, c’est pas son fort. Si bien que son père lui demande d’intégrer une « écurie » de sumos à Tokyo. Mal du pays, promiscuité avec ses compagnons d’écurie, emploi du temps chargé et rébarbatif, entraînements éreintants, alimentation au-delà de l’imaginable, tournois humiliants…Takuya va devoir puiser en lui-même les ressources nécessaires pour accomplir non pas son rêve, mais une sorte de devoir moral envers son père, les gens de sa région, son entraîneur…

Le parti pris de ce film, c’est de concentrer toute l’attention sur Takuya. Hasard du calendrier, c’est lui et lui seul qui était destiné à être le sujet d’étude. Comment, au bout de six mois, peut évoluer un gosse de 18 ans dans un tel milieu ? Va-t-il tenir ? Partir ? Réussir ? L’intérêt tout entier du documentaire repose sur ses épaules. Bien sûr, on apprend tout ou presque de ce milieu très fermé et on ne peut qu’être fasciné par tant de codes, de rites, de modes de vie si éloignés des nôtres. Mais c’est avant tout l’aventure humaine qui émeut. La transformation du corps, la vie en communauté avec des compagnons qu’il faut servir, le corps et l’âme malmenés par des entraînements et des combats où tout semble parfois inaccessible.

Les tournois de sumos, ça reste une énigme pour beaucoup d’entre nous qui n’y voient qu’un art martial parmi tant d’autres. Pas du tout, c’est un rite shinto au cours duquel on se mesure aux dieux. Il n’y a d’ailleurs pas de catégories de poids, seul le mérite et la technique prévalent. Je pense qu’il faut être né au Japon pour en saisir toutes les subtilités et apprécier ces combats à leur juste valeur. Pour ma part je ne vois souvent que deux types obèses (et, les malheureux, souvent très moches), se jetant du sel au visage puis se poussant violemment l’un l’autre en saisissant à pleines mains leurs opulentes poitrines ou leurs strings ficelles (vous noterez au passage que je soigne mon référencement naturel, j’ai hâte de voir les stats des prochains jours ^_^). Au passage, j’ai trouvé plutôt heureux le hasard qui a mis Takuya sur la route de Jill Coulon. Par rapport à ses compagnons d’écurie, il est plutôt pas trop moche et j’ai trouvé fort dommage d’anéantir sa belle silhouette de judoka en prenant kilos sur kilos.

Mais au-delà de l’esthétique discutable des protagonistes, celle du film est irréprochable. De belles images, des émotions palpables, une musique originale excellente (électro, par dDamage, BO écoutable sur Deezer)…

Même si on ne se passionne pas pour le Japon comme moi ou Bastien, ce documentaire vaut le coup d’œil pour sa singularité. Singularité du sujet, car comme nous l’a expliqué la réalisatrice à la fin, il est extrêmement rare que des caméras s’immiscent dans l’intimité des lutteurs pendant si longtemps, et surtout en se focalisant sur les petits nouveaux plutôt que sur les stars. Et singularitéIMG1228 dans la réalisation, traitée comme une fiction. J’ai beaucoup aimé ce plan où Takuya est perdu dans ses pensées, sous sa couette. D’un coup son regard se porte en direction de la caméra, il s’en détourne et se cache. Plan furtif, subtil, seul rappel pour le spectateur qu’il s’agit d’un documentaire.

Les échanges à la fin du film avec Jill Coulon, Maïko et Tetsuya ont été priceless. Le petit truc en plus, la mise en perspective, les secrets de tournage, les « que sont-ils devenus »…qui ancrent le film dans une histoire personnelle et collective dont on n’aurait jamais rien dû savoir.

Peu de salles diffusent ce film. Comme souvent dans ce genre de productions, c’est le bouche à oreille qui incite les salles à le proposer. Donc spread the word. Merci aux Ambiances pour leurs choix de programmation, toujours irréprochables et merci à JANA pour l’énergie déployée à partager leur culture.

www.tuserassumo-lefilm.com

2 Commentaires

  1. Mum

    J’aurais bien aimé voir ce film et je doute qu’ici…C’est Flora qui devrait le voir car à la gym on leur fait faire de la lutte façon sumo et elle ne sait pas ce que c’est . Des suggestions pour vidéos sur internet ?

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