Visite de la coutellerie Claude Dozorme

Si pour vous l’Auvergne évoque le bon fromage, les volcans et les présidents de la République, alors elle n’est pas loin d’évoquer également la coutellerie. La cité médiévale de Thiers a longtemps été le cœur battant de la production artisanale de couteaux. Et elle l’est toujours ! Evidemment moins qu’avant, industrialisation et internationalisation obligent. On peut encore observer les vestiges d’une activité dense le long de la Durolle, en bas de la ville, où s’alignent les usines et bâtiments désaffectés. Certains ont été réhabilités avec intelligence, et accueillent notamment le centre d’art contemporain du Creux de l’Enfer et l’Usine du May, retraçant l’histoire industrielle de Thiers. De nombreux autres sont livrés à la végétation et pour ma part, j’aime beaucoup l’ambiance qu’il s’en dégage, couverte par les rugissements de la Durolle qui dévale la montagne. La Durolle, tiens. Tout est parti d’elle, de son débit, indispensable à la production coutelière.

Suite à ma visite de l’expo « 5 drôles de dames » au Conseil général du Puy-de-Dôme il y a quelques mois, j’avais manifesté l’envie de découvrir logo_dozormela coutellerie Claude Dozorme en compagnie de sa fille, Claudine, désormais à la barre de cette prestigieuse maison. Grâce à l’agenda de visites concocté par le Conseil général, j’ai pu m’inscrire à une visite le 1er septembre dernier.

Les ateliers Claude Dozorme ne se trouvent pas à Thiers. Il faut monter jusqu’à La Monnerie-le-Montel. Une sortie d’autoroute permet d’y accéder directement, sinon, la petite route sinueuse depuis Thiers offre un panorama à couper le souffle sur la ville et les reliefs environnants. Mais attention ! L’usine Claude Dozorme ne se visite pas ! Elle n’a même pas de magasin d’usine ! Donc inutile de vous y rendre, la visite à laquelle j’ai assisté était tout à fait exceptionnelle.

C’est Claudine Dozorme en personne qui a accueilli chaleureusement la dizaine de personnes ayant fait le déplacement. Nous avons été invités à entrer dans le showroom pour une petite présentation de l’activité coutelière de la région, documentaire vidéo à l’appui. Claudine Dozorme nous a également montré une corne, une vraie, car oui, les manches en corne sont en véritable corne, qui est chauffée, puis aplatie selon la forme du couteau. Parmi les particularités de l’artisanat du couteau, il y avait cette utilisation des chiens comme bouillottes sur les jambes des émouleurs à plat ventre le long de la Durolle. Moi aussi j’aimerais bien travailler avec mon chat sur les genoux :-( Bref, avant de quitter le showroom, j’ai pris le temps d’admirer de près les lustres magnifiques, créations exclusives de l’atelier Dédale, qui a malheureusement fermé ses portes à Clermont pour cause de déménagement de l’artiste Nathalie Girardin. Ces lustres ont été confectionnés avec les chutes des plaques de découpe que nous verrons plus tard dans l’atelier. Maintenant ces plaques terminent à la benne en attendant leur recyclage.

cuisine_showroom

découpe_dozorme

Direction l’atelier justement ! Première surprise, je m’attendais à une « usine » beaucoup plus grande, remplie de grosses machines fonctionnant toutes seules et crachant les couteaux tout montés en bout de chaîne. Que nenni ! Dix-huit personnes polyvalentes travaillent presque « à l’ancienne » sur des postes de travail représentant chacun une étape de fabrication du couteau (ou de la fourchette, ou de la cuillère…. la coutellerie c’est beaucoup plus que du couteau, ça peut être du scalpel, des disques pour hachoirs, etc.). Tout commence avec l’arrivée de grandes plaques d’acier qui sont enfournées dans une machine qui les découpe façon « emporte-pièce » grâce à un paramétrage numérique. Les formes sont bien sûr élaborées par les designers de l’entreprise. Plusieurs dizaines d’étapes sont nécessaires à l’élaboration d’un couteau. Nous ne les avons pas toutes passées en revue mais avons pu nous rendre compte de la minutie avec laquelle chaque pièce est travaillée par chaque personne : émoulage, fixation des « abeilles », polissage… Toutes les opérations sont réunies sous le même toit mais autrefois, un couteau se baladait de maison en maison, chaque « ouvrier » étant spécialisé dans une tâche particulière. Le client final récupérait une pièce qui avait voyagé de main en main, de rue en rue, de ville en ville. Une œuvre collective. J’aime cette idée.

atelier_dozorme

Plumes de geai incrustées dans le manche, manche en molaire de mammouth ou lame en forme de Panoramique des Dômes... tout est possible !

Plumes de geai incrustées dans le manche, manche en molaire de mammouth ou lame en forme de Panoramique des Dômes… tout est possible !

Un dernier passage par le showroom pour admirer les créations Claude Dozorme. Celles-ci sont vendues dans des boutiques ou magasins spécialisés, pas en grande surface. Environ 40% de la production est destinée à l’export. Nous avons eu la chance de voir à l’atelier l’une des toutes dernières créations, le « Flat cut », couteau de cuisine qui  n’a qu’une moitié de manche et dont la prise en main est, contre toute attente, extrêmement agréable. Celui-ci s’apprêtait à partir sur des salons pour y être présenté officiellement au public.

flat_cut_dozorme

showroom_dozorme

Parmi les best-sellers, la collection Berlingot aux couleurs acidulées. Il se trouve que j’ai une édition spéciale « Auvergne » obtenue grâce à mon travail. Claudine Dozorme nous a quant à elle offert à chacun un tartineur de la collection. Depuis, je m’en sers tous les matins !

Berlingot_dozorme

J’ai également en ma possession un modèle de poche « Liner lock » Laguiole que j’adore (obtenu également grâce au boulot il y a quelques années), très moderne et élégant. Et pratique grâce à son clip ceinture. C’est des modèles du même genre qui sortaient de la grosse machine à découper l’acier, au départ de l’atelier, la collection est très sympa et notamment celle avec les lames noires.

liner_lock_dozorme

Chez Claude Dozorme on fabrique bien évidemment des Thiers, marque déposée que les couteliers peuvent s’approprier en respectant un cahier des charges exigeant (contrairement  à Laguiole, où on trouve de tout, du made in China à la pièce d’artisanat ultra qualitative). Bref, j’adore le Thiers. J’ai eu la chance de participer (toujours grâce au boulot, je ne bosse pas dans la coutellerie, je tiens à le préciser^^) à un atelier de montage il y a quelques années, juste avant son ouverture au public. Des personnes en insertion  professionnelle sont formées par les couteliers de la confrérie de Thiers et permettent aux touristes de passage de réaliser eux-mêmes leur couteau. J’avais adoré faire ça. Et inutile de préciser que je tiens à mon Thiers comme à euh… enfin bref, j’y tiens quoi. Il a plein de petits défauts (comme moi, huhu^^) mais c’est ce qui le rend unique.

Mon précieuuuux....

Mon précieuuuux….

Un grand merci à Claudine Dozorme pour son accueil, sa bonne humeur, sa passion communicative et son petit cadeau. Merci également au Conseil général du Puy-de-Dôme pour l’organisation de ces visites passionnantes à la découverte de notre patrimoine local.

Une dernière visite est programmée pour le 6 octobre 2014 mais ne rêvez pas, c’est déjà complet !

Une animation affûtage est prévue les 25 octobre et 22 novembre 2014, dans le hall du Conseil général à Clermont… et il reste quelques places au moment où j’écris ! Apportez vos couteaux émoussés et redonnez-leur une seconde jeunesse !

Inscriptions : http://appliweb.cg63.fr/agenda/manifestation/50

Et du 17 octobre 2014 au 3 janvier 2015, le hall du Conseil général accueille une exposition de couteaux Claude Dozorme. Venez les admirer en vrai ! Ouvert du lundi au samedi de 13h à 19h. 

Je rappelle que l’usine Claude Dozorme ne se visite pas et n’a pas de magasin sur place. Par contre, je ne saurai trop vous conseiller de vous offrir (ou d’offrir à quelqu’un) un montage de couteau à l’Atelier le Thiers. C’est sur réservation et attention, c’est souvent complet !

Bonjour, je m'appelle Inox et je garde la coutellerie en aboyant très fort ! Ouaf !

Bonjour, je m’appelle Inox et je garde la coutellerie en aboyant très fort ! Ouaf !

7 Commentaires

  1. Val

    Pas de magasin à La Monnerie, mais il y en a un à Clermont, rue des Gras : http://www.lagrandecoutellerie.fr
    Aussi à Cannes et à Paris, mais c’est moins pratique pour nous ;-)

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