Merci patron !

C’est sur les bons conseils de Val, que dis-je, suite à un harcèlement insupportable de sa part que j’ai enfin consenti à faire le déplacement au Rio pour voir ce film. Elle m’aurait pas lâchée. Même pendant la visite de Valentin Vigneron elle en a remis une couche. Une vraie tête de mule. Bon mais Val elle me connaît, elle sait ce qui est susceptible de me plaire, et elle sait qu’il faut parfois me rappeler les choses parce que j’ai une vie trépidante. Bref, elle a bien fait, évidemment.

merci patronMerci patron ! est un film qui a bien failli ne jamais sortir dans les salles. Val l’avait vu en janvier, à l’occasion d’une avant-première au Rio mais le film était à l’état brut, pas étalonné, tout ça, et surtout menacé de censure. Oui… de censure. Mais qu’est-ce qu’il peut bien raconter là-dedans François Ruffin ? Et c’est qui d’abord ce Ruffin ?

François Ruffin est le fondateur du journal Fakir (journal fâché avec tout le monde. Ou presque), un journal militant basé à Amiens. Dans le nord de la France tiens, les Hauts-de-France comme il faut dire maintenant. Un terrain d’investigation privilégié pour François Ruffin qui déplore, comme tant d’autres, la fermeture des usines et la paupérisation des ouvriers. Sa bête noir ? Bernard Arnault, PDG du groupe LVMH (Dior, Vuitton, Givenchy et toutes sortes de choses bien inaccessibles pour le commun des mortels et dont je ne voudrais même pas si on me les offrait), qui a fermé les usines de confection les unes après les autres, pour délocaliser la production là où d’autres pauvres acceptent d’être encore moins payés. François Ruffin connaît bien, très bien même, les figures militantes du secteur. Des hommes, des femmes, qui pour beaucoup sont restés sur le carreau du chômage, tandis que d’autres trouvaient péniblement des reconversions dans des domaines différents. Voilà des années qu’il milite à leurs côtés et tente des actions auprès de la multinationale.

Jusqu’au jour où… il tombe sur le couple Klur, dans une mouise sans nom. Chômage pour les deux, revenus ridicules qui les obligent à vivre dans une seule pièce pour économiser le chauffage, à se priver de manger, et huissiers sur le dos qui réclament des sommes folles suite à un accident de la circulation survenu sans assurance et qui menacent de saisir la maison… Que faire ? Rançonner Bernard Arnault tiens ! Allez hop !

Ce film est le récit d’une histoire totalement folle, difficile à croire, d’un chantage gonflé qui aurait pu mal tourner, ou faire pshiiit, et qui a fonctionné au-delà des espérances. Réclamer 25 000 € à LVMH ou sinon… SINON ! Les Klur envoient une fagotée de lettres à des médias influents. Le deal paraissait bien ridicule, et pourtant…

Le film raconte les différentes étapes de ce montage rocambolesque, que François Ruffin a élaboré avec intelligence, subtilité et humour, mêlant le style de Michael Moore et celui de Jean-Yves Lafesse. Car on rit beaucoup, vraiment beaucoup, sincèrement et sans condescendance. Dans la misère des quartiers ouvriers on a le sens de l’hospitalité mais aussi un peu de recul sur tout ça. Les Klur acceptent de bonne grâce de se prêter aux manigances de Ruffin, ils se prennent au jeu, s’amusent… mais la situation est grave, très grave, on l’oublierait presque.

On sort de ce film avec une sensation étrange. On a ri, on a jubilé et tout ça sur un fond de misère sociale insoutenable. Et puis, les Klur… ils ne sont pas tout seuls malheureusement. Doit-on se réjouir et reprendre espoir dans un sursaut politique et social ? Ou se dire que tout ça c’était bien joli, on s’est bien marrés, mais ça n’arrivera plus, c’était une parenthèse enchantée qui confirme le cynisme de ces rouleaux compresseurs capitalistes que rien n’arrête, et surtout pas Ruffin, les Klur et leur petite blague à 25 000 €.

Une chose est sûre, si on ne défend pas son bout de gras, il ne se passera rien. Finalement c’est peut-être ça, qu’il faut retenir… que si tout le monde réclame, exige, si tous les petits David s’associent pour faire tomber le grand Goliath… alors peut-être…

En attendant la censure s’active, il ne faut pas froisser le grand patron, en attendant ce genre de film ne peut voir le jour qu’avec l’aide du financement participatif, en attendant il faut aller au cinéma et contribuer à ce que ces témoignages parviennent au plus grand monde. On en a tous cruellement besoin. Harcelez un maximum de monde !

BANDE-ANNONCE Merci patron ! from jour2fete on Vimeo.

Un commentaire

  1. Val

    Quand Ruffin est venu à Clermont en janvier, il nous a dit que le succès du film reposerait sur la mobilisation des spectateurs. Que seules les salles indépendantes le diffuseraient…
    Alors bien obligée de te harceler, je ne connais qu’une blogueuse influente ;-)
    Si tous tes lecteurs suivent la suggestion, le Rio va devoir prolonger les projections et à la fin, « c’est nous qu’on va gagner » : on va sauver le Rio !

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