Gregory Crewdson – The Becket pictures // Expo au FRAC Auvergne

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Persistance rétinienne. C’est ainsi que je résumerais “The Becket pictures”, exposition exceptionnelle au FRAC Auvergne, consacrée à Gregory Crewdson, immense photographe américain à l’univers hypnotique.

C’est une exposition exceptionnelle en tous points. Exceptionnelle car jamais vue en France, c’est la première fois qu’une expo personnelle est consacrée à ce grand photographe américain. Exceptionnelle par le nom, Gregory Crewdson, mondialement reconnu. Exceptionnelle par le nombre et la variété des œuvres exposées. Exceptionnelle tout court. Persistance rétinienne.

Trois séries se partagent les salles du FRAC, Fireflies (1996), Cathedral of the pines (2013-2014) et Beneath the roses (2003-2008). Laissons Fireflies de côté, j’y reviendrai.

Les immenses photographies de Gregory Crewdson sont autant de fenêtres ouvertes sur des mondes parallèles. Choisissez votre histoire. Chaque photo est un instantané d’un film qui se joue quelque part, dans une autre dimension. Il suffit d’enjamber le cadre, ou du moins, de s’approcher au plus près, et d’entrer. Du premier plan au dernier, tout est d’une netteté absolue. Un clair obscur enveloppe des personnages abattus, comme perdus, parfois nus, souvent seuls, parfois accompagnés. Parfois on sursaute devant une scène où l’on se croyait en tête à tête avec un personnage car dans un coin, là, un miroir reflète un visage hors champ. L’histoire se poursuit donc, hors du cadre, hors de notre vue et de notre compréhension. Alors il faut tenter d’imaginer et l’esprit a tôt fait de s’emballer devant ces arrêts sur image mystérieux. Il y a chez Gregory Crewdson quelque chose de David Lynch, pour l’angoisse, et d’Edward Hopper un peu, pour la mélancolie et la solitude, la boîte d’anxiolytiques en prime, posée là, sur la table de nuit ou sur le buffet. Mais la mystification nous attend au tournant, tapie dans la forêt de pins. Derrière la perfection de ces photos se cachent des dizaines de personnes et d’heures de travail. Chaque photo est travaillée par Gregory Crewdson comme un plateau de tournage, avec décor, accessoires, lumières, maquilleurs. Il prend des dizaines de photos de la scène, du premier au dernier plan, chaque détail, et les assemble ensuite en post-production sur un ordinateur. C’est ainsi que tout devient net, précis, parfait, c’est ainsi que tout devient, paradoxalement, puissamment réel. J’ai la chance d’avoir entre les mains un exemplaire du splendide catalogue d’exposition édité pour l’occasion (merci le FRAC <3) et, cerise sur le pompon, dédicacé (merci Gregory Crewdson) mais je vous en conjure, allez voir ces photographies en vrai car elle ont été conçues pour être admirées en grand (114,5 x 146,2 cm). Bien sûr elles sont superbes mêmes imprimées, mais on ne peut pas enjamber le cadre et aller fureter dans les placards.

J’avoue humblement que je ne connaissais pas Gregory Crewdson, sauf une photo de la série Beneath the roses qui avait déjà été exposée précédemment au FRAC, et ce que j’ai retenu de ma première visite ce sont ces immenses clichés cinématographiques à la précision chirurgicale. Ils exercent une fascination magnétique sur les visiteurs, qui sont happés, hypnotisés. J’étais donc passée rapidement à côté de la série Fireflies.

Et aujourd’hui, quelques mois après l’avoir découverte, c’est à elle que je pense. Comme ça, parfois, spontanément. Pourtant la différence avec les autres séries est énorme. Là où Cathedral of the pines ou Beneath the roses sont des monstres de travail, de précision et de concret, Fireflies est l’incarnation de la spontanéité, de l’absence de maîtrise, du hasard. Je peux donc comprendre que Gregory Crewdson ait été dégoûté en faisant développer ses 61 tirages argentiques suite à sa virée dans les bois en compagnie des lucioles. Il lui a fallu 10 ans pour les ressortir de la boîte où il les avait remisées. Ces petits tirages (34×42,9 cm) représentent donc des nuées de lucioles à la nuit tombée. C’est un spectacle que je n’ai jamais eu la chance d’observer (j’aimerais tellement) et il est difficile de se projeter avec les clichés de Fireflies. Tâches ou traînées blanches, étincelles crépitantes ou flocons de neige ? Photos presque entièrement noires pour certaines. Le spectacle délicat, éphémère et magique ne s’est pas laissé capturer de bonne grâce. Mais suffisamment pour que la persistance rétinienne opère (du moins chez moi). Lorsque je repense à ces photos, c’est comme si je voyais la véritable scène (non, je ne prends pas de drogue), du moins, ce que mon cerveau a retranscrit de ces points blancs dans l’opacité de l’obscurité. Loin d’être oppressante, cette obscurité m’apaise. Je pense retourner les voir avant la fin (imminente) de l’exposition (ça ne fera que ma 4e visite !).

Jusqu’au 17 septembre 2017 au FRAC Auvergne – entrée gratuite du mardi au dimanche 14h (15h dimanche) -18h — Visites guidées gratuites le samedi à 15h et le dimanche à 16h30

www.frac-auvergne.fr

www.facebook.com/crewdsonstudio

www.instagram.com/crewdsonstudio  

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2 Commentaires

  1. Oui, je vois, ça n’est pas de la peinture ou de l’aquabelle, mais des photos, je crois.
    Une pointure, je vais aller découvrir d’autres œuvres avec les liens que tu nous proposes.
    Amicalement. Yann

  2. Oui, là, je viens de découvrir une visite virtuelle 360°
    Super,
    bien que la qualité de la vision ne peut qu’inviter à aller sur place, pour en savoir plus.
    Yann

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