Vingt mille lieues sous les mers

Je n’avais jamais lu un seul roman de Jules Verne de toute ma vie, aussi incroyable que cela puisse paraître. J’ai donc profité du confinement pour demander conseil aux réseaux sociaux, qui m’ont répondu de manière assez unanime d’opter pour Vingt mille lieues sous les mers. Pour une ambiance confinement réussie mais pas seulement. J’ai mis du temps à le terminer, d’une part parce que le déconfinement a eu lieu, que j’ai eu moins de temps disponible, et que j’ai préféré aller me promener, mais d’autre part, parce que je l’ai lu en version numérique gratuite sur Google Livres et que c’est une manière de lire que je trouve plus fastidieuse (sur mon Chromebook). Bref. J’en suis finalement venue à bout, et j’ai envie d’en laisser quelques traces ici, comme avec tous les livres que je lis.

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Houghton_FC8_V5946_869ve_-_Verne,_frontispieceNous sommes en 1867 et des équipages racontent qu’un monstre marin terrorise les bateaux et les envoie même par le fond à certaines occasions. Insaisissable, rapide et redoutable, personne n’a pu l’approcher et l’identifier. Sa tête est mise à prix et un navire se lance à sa recherche. A son bord se trouve le professeur Aronnax, un Français spécialiste de la faune et la flore marines, accompagné de son domestique nommé Conseil, ainsi que d’un célèbre chasseur de baleine, le Canadien Ned Land, supposé régler son compte au fameux monstre. Ce dernier finit par croiser leur route mais les choses ne se passent pas comme prévu. La bête se défend et expédie à la mer nos trois protagonistes, qui se retrouvent perchés sur cet animal qui s’avère être de métal. Au bout de quelques heures de questions sans réponses, une porte s’ouvre sur un monde inattendu, un vaisseau marin conduit par le mystérieux capitaine Nemo et son équipage discret, et mû par des forces mécaniques d’une grande ingéniosité et d’une incroyable efficacité. Nos trois compères se retrouvent captifs du Nautilus, condamnés à ne jamais retourner à la civilisation afin de protéger le secret du capitaine Nemo, qui semble avoir rompu tout lien avec l’humanité. Leur condition de prisonniers est toutefois très confortable : ils disposent d’une cabine, de repas copieux, d’un accès aux équipements du sous-marin et d’excursions en scaphandre organisés par Nemo lui-même, pour leur simple agrément. Ce qui n’est pas pour déplaire à Aronnax qui trouve là le moyen de compléter ses connaissances et d’échanger de précieuses informations avec le capitaine. Ensemble et durant sept mois, ils vont parcourir toutes les mers et les océans de la Terre, croisant toutes sortes d’animaux et de peuplades inconnues, défiant les tempêtes, les poulpes géants et les glaces de l’Antarctique.

Il faut reconnaître que l’imagination de Jules Verne est particulièrement fertile et visionnaire, et que son récit n’a rien à envier aux superproductions hollywoodiennes. L’utilisation de l’électricité comme super-énergie renouvelable, la navigation sous-marine, l’exploration des fonds marins sont toujours aujourd’hui le sujet de nombreux fantasmes, ce qui fait que ce roman vieillit plutôt bien en termes d’”aventures”. Le discours que l’on retrouve à de nombreuses reprises au sujet du pillage des ressources marines, de la surpêche, de la disparition des espèces, des ressources minières, de l’interaction entre la biodiversité et l’espèce humaine (si si !) me fait dire que le problème que nous rencontrons aujourd’hui ne date pas d’hier. Point de “vision” ici mais un constat. Constat que l’on retrouve à la même époque chez Henry David Thoreau dans Walden. A croire que chaque génération “découvre” ces phénomènes comme s’ils étaient inédits. La constance sereine avec laquelle l’humanité fonce droit dans le mur de sa propre disparition malgré les alertes force le respect. Bref. 

Dans l’architecture même du roman, on note une mise en scène qui relève du conte philosophique. Le professeur Aronnax représente la science, l’observation factuelle, la patience et il est flanqué de deux “consciences” : d’un côté Conseil (qui porte un prénom très clair) le naïf, le doux, le dévoué, le besogneux, qui suivrait son maître jusque dans la mort et de l’autre côté Ned Land, le sanguin, le fugitif, le chasseur assoiffé de sang qui aime tuer pour le plaisir et pour assouvir un besoin vital. Aronnax doit en permanence composer avec ces deux personnalités, les écouter, les raisonner, tout en reconnaissant que les deux portent en eux une part de vérité. Oui on n’est pas si mal sur le Nautilus, c’est même une chance unique d’en être le passager, mais oui, on y est aussi privé de liberté et ce Nemo est une personnalité ambiguë qu’on admire autant que l’on craint. Et la fin est, à mon sens, une conclusion philosophique particulièrement évidente (attention spoiler) : les prisonniers s’évadent pile au moment où le Nautilus est emporté par les fonds, avec à bord son capitaine meurtrier rongé par la haine de l’humanité. Ne reste que le message, les messages, qu’il aura réussi à faire passer à ses “invités” au cours de ces sept mois : l’absurdité de la guerre, le respect de la nature et la symbiose avec elle, la curiosité infinie pour ses miracles quotidiens. 

J’ai aimé lire ce roman, à la fois pour la portée symbolique, philosophique, autant que pour l’ingéniosité visionnaire du récit mais j’ai été gênée par deux aspects narratifs. Le premier, ce sont les innombrables et interminables énumérations des espèces animales ou végétales croisées, et les descriptions techniques sur la navigation ou les secrets de fabrication du Nautilus. Alors certes, tout cela rajoute à la “véracité” du récit et on devine un Jules Verne archi-documenté et passionné, mais je trouve que ça alourdit considérablement la narration et pour ma part, je n’y voyais que des énumérations de trucs inconnus de moi (et il était hors de question que je cherche chaque mot) et qui n’évoquaient pas grand-chose en termes d’imaginaire contextuel. Le deuxième, c’est… la fin. Expéditive, bâclée, pouf pouf et hop c’est fini. Alors je pourrais l’expliquer avec l’aspect “conte philosophique” évoqué ci-dessus mais bon, ça reste un peu léger. D’ailleurs, on termine sur un cliffhanger de ouf, dites-moi que Jules Verne a écrit une suite SVP.

Je termine avec cette “adaptation” de Georges Méliès de 1907, qui n’était pas en reste pour ce qui est de développer son imaginaire.

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