La ballade de l’impossible (le film)

Note initialement publiée le 29 avril 2011

Hier soir, j’ai vu l’adaptation de ce roman de Murakami en avant-première. Ce film dure 2h13 et malgré ça, ce n’est pas suffisant pour rendre compte de tout ce qui fait l’essence de ce roman. L’exercice d’adaptation est toujours très compliqué. Il l’est encore plus sur des romans atypiques et essentiellement psychologiques.

J’ai aimé le personnage de Watanabe, très fidèle au roman. Taiseux, intelligent, à l’écoute, amoureux, c’est bien lui. Le personnage de Naoko est lui aussi assez bien réussi, même si le réalisateur a omis certains événements que j’ai jugés importants, si ce n’est cruciaux, dans la construction du personnage. L’esthétique du film est évidemment très belle. Le réalisateur, français d’origine vietnamienne, a réalisé précédemment L’odeur de la papaye verte, A la verticale de l’été (que je n’ai pas vu). L’histoire se passe à la fin des années 1960 et le soin apporté aux décors et aux costumes inonde l’écran. La musique est signée du guitariste de Radiohead et apporte une touche mélancolique discrète mais essentielle à tous les événements heureux ou douloureux de la vie de Watanabe.

Ça c’était pour les points positifs.

Le personnage de Midori, cette jeune fille totalement délurée et amoureuse de Watanabe, est raté. En fait, le réalisateur a semble-t-il volontairement édulcoré le côté érotico-sensuel du roman. Tous les passages assez crus du roman ont été pudiquement esthétisés, et les jupes de Midori sont devenues beaucoup plus sages. D’autre part, il nous manque toute son histoire, tout ce qui fait que Watanabe va être touché par cette jeune fille au passé chargé et pourtant pleine de vie. Ça m’a gênée parce que Watanabe est aussi amoureux de Naoko, qui est l’exact opposé de Midori. Elle vit dans le passé, déprime, gère mal sa sexualité alors que Midori se jette dans la vie la tête la première, dans des excès parfois à la limite du ridicule. J’ai trouvé que dans le roman, cette opposition était très importante pour Watanabe. Dans le film, on a juste l’impression que Midori est une midinette sans relief. Autre personnage totalement raté, au point que c’en est scandaleux : Reiko. La colocataire de Naoko, dans la maison de repos où elle se font soigner toutes deux, voit son personnage réduit à presque rien. Une sorte de fantôme qui vient curieusement coucher avec Watanabe à la fin. Dans le roman, il se noue entre elle et Watanabe une relation de confiance, de confidence. On apprend des choses très dures sur elle, et vu que c’est le seul personnage d’âge mûr côtoyé par Watanabe, elle lui offre une vision de l’avenir et des relations humaines extrêmement précieuse pour les décisions qu’il va prendre par la suite. Évidemment, lui accorder la place qu’elle mérite aurait nécessité une heure de film supplémentaire donc je comprends le choix du réalisateur.

Son choix a été de privilégier la relation de Watanabe et Naoko, ce qui est normal. Cependant, dans le roman, Watanabe est au centre de plusieurs relations féminines qui vont lui permettre de se construire. D’ailleurs, au début du roman, ce n’est pas le Watanabe de 20 ans mais celui qui a 10 ans de plus qui s’exprime. Dans le film, on est dans l’action brute. On n’a pas la narration d’un adulte qui a pris du recul. Et puis la notion du suicide a été seulement survolée, alors qu’elle est au centre de l’histoire de Watanabe.

Bref, même si je n’ai pas été fan du roman, j’y ai néanmoins apprécié certains thèmes et je suis déçue de voir que le film ne les fait pas ressortir suffisamment. Mais je reconnais que l’exercice était plus que périlleux.

Avant la projection, Maiko nous a parlé de l’auteur et (j’en étais sûre!) elle nous a dit qu’elle ne considérait pas Murakami comme un auteur majeur de la littérature japonaise. Pire ! Elle a rangé ses romans du côté de la littérature étrangère. Apparemment le style est peu recherché et ressemble à de la traduction. Je fais confiance à Maiko car la littérature, c’est sa spécialité, mais Murakami est, entre autres, traducteur. Ceci explique peut-être cela. Peut-être qu’il choisit délibérément un style simple afin de faciliter la traduction. En tout cas, même si elle s’est défendue de critiquer l’auteur en assurant qu’elle aimait lire ses romans, j’ai tout de même senti qu’il y avait un problème quelque part.

Quant à B…il a été poli mais je pense qu’il n’a pas aimé et qu’il s’est fait royalement chier.  Il a cependant repéré deux musiciens faisant une apparition à la Hitchcock. Impossible à vérifier en ce qui me concerne.

 

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