Tarte à la crème

D’un côté, le parigot fashion et mal peigné, arrogant, imbu de sa personne, méprisant, évoluant dans un univers branchouille sans réelle personnalité, invitant ses hôtes à s’asseoir en rang d’oignons sur des chaises luisantes et froides, face à un écran plasma géant. Un état d’esprit de winner-mauvais-joueur acquis sur les courts de tennis et entretenu par un père Ténardier et une mère sois-belle-et-tais-toi. Le langage est fleuri, percutant, acide, le chef est en « surkiff » (je me frappe le front). Au menu ? Du poisson, des fruits exotiques, des fleurs…le tout pour 40 € à midi et 60 € le soir. Où ça ? Dans le XVIe bien sûr. Son objectif ? Gagner pour prouver aux autres qu’il est quelqu’un. Parce que lui, il le sait, qu’il est bon, mais pas son père.

De l’autre côté, l’Auvergnat débonnaire, grassouillet, une vraie crème, se dévalorisant à la moindre occasion et tant qu’à faire, dévalorisant sa région. Le chef raconte l’épreuve « qu’il » a le meilleur souvenir (je me frappe le front). Dans un ancien relais de poste au fin fond de la cambrousse, les clients sont reçus dans ce qui ressemble plus à une auberge de village qu’à un restaurant gastronomique étoilé. Et ces chaises ! Mon dieu ! Au moins elles ont l’air confortables. Au menu ? Des escargots, de la viande, des dessert sucrés et roboratifs…le tout pour pas très cher (moins que chez l’autre, Paris, le coût de la vie, tout ça tout ça…). Entouré de sa femme dévouée, de son fils, de sa maman, de sa mamie, de ses frères agriculteurs et des volcans d’Auvergne, il construit une histoire familiale sans armes, ni haine, ni violence (comme dirait l’autre). Son objectif ? Gagner pour se prouver à lui-même qu’il est quelqu’un. Parce que les autres, ils le savent, qu’il est bon.

L’émission Top Chef est-elle une émission de télé-réalité ? A priori non. Le concept de télé-réalité, c’est des hommes et des femmes, jeunes, qui sont là pour se mettre en scène, en dépit de tout talent, de toute compétence, on leur demande d’être là, point barre (et de se foutre à poil, à l’occasion). Top Chef recrute des hommes et des femmes, jeunes mais plus trop, qui travaillent dur et qui ont du talent dans leur domaine, la cuisine. Et on ne s’occupe pas (enfin, pas trop) de leur vie. L’émission, c’est un concours : que le meilleur gagne (sur validation des papilles de chefs multi-étoilés). Cette année, ils viennent de tous horizons : Brésil, Colombie, Italie, Belgique, Paris, France profonde…Mais il n’en restera que deux. Et comme si c’était écrit, il ne restera que le Parisien et l’Auvergnat. La bonne cuisine, c’est Paris et le terroir patate-charcut’, on n’est pas rentré à l’Unesco pour rien, merde ! Et le grand vainqueur sera le Parisien. L’Auvergnat, après avoir colonisé la capitale et s’être fait une réputation de mafieux restaurateur hors-pair, est prié de passer le périph’ et de retourner à ses veaux, vaches et cochons, qui seront bien gardés. La page est tournée, fin d’une époque.

Jusqu’au bout des doigts et jusqu’au bout de la langue, les différences sont nettes, précises, écrites d’avance. Écrites d’avance ? Ah tiens…c’est une idée ça…Les « scénaristes » de l’émission ont-ils orchestré tout ça ? Est-ce l’heureux hasard ou la triste réalité des clichés ? L’émission Top Chef est-elle une émission de télé-réalité ? Ah ben oui, peut-être, finalement…Scénario diabolique ou montage opportuniste, le récit va là où on voulait qu’il aille. Et les commentaires vont bon train depuis l’ultime émission, qui pour soutenir Jean, qui pour soutenir Cyrille, Paris contre la « province » (que je hais ce mot !), l’arrogance contre l’humilité, le bon goût contre le goût tout court. Tiens mais au fait, de tous ces gens qui donnent leur avis sur cette finale, combien ont réellement goûté la cuisine des deux chefs ? Voilà donc la télé-réalité dans toute sa splendeur. On « aime » un chef pour l’image qu’il renvoie (qu’on lui fait renvoyer serait plus juste) et pas pour ce qu’il sert dans l’assiette, la gentillesse du service, l’ambiance cosy de la salle.

Et sinon, moi, j’irais manger chez lequel ? Bien volontiers chez les deux. Si on m’invite.

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