Les talons hauts rapprochent les filles du ciel

Œuvre singulière…J’étais curieuse, curieuse, curieuse…

Ce polar publié aux éditions du Masque a été écrit par Olivier Gay. C’est qui ? Ah ah ! C’est la véritable identité d’un blogueur que je lis depuis…roh…2006. Donc à la base il était blogueur (www.grenouillebleue.fr), avec un vrai métier à côté, comme 99% des blogueurs, et puis un jour il a décidé d’écrire pour de vrai et de se lancer. Total des courses : un premier roman publié dans une maison reconnue, et dans la foulée, un prix du premier roman au festival de Beaune ! Ben merde alors !

Lorsque j’ai reçu le livre commandé sur Amazon (je pense avoir la première édition collector avec les coquilles), j’ai entrepris d’écrire à l’auteur. Pas que nous soyons proches, oh non, nous avons échangé tout au plus deux ou trois commentaires par (ex) blogs interposés, mais bon voilà, je trouvais l’événement tellement…euh…événementiel qu’il fallait que je lui présente mes félicitations. Mais AVANT de lire le roman. Comme je lui expliquais dans ma missive, il n’était pas exclu que je n’aime pas le bouquin. Et mon enthousiasme à son égard en aurait été altéré, enfin je pense. Je me suis donc répandue en bravos, félicitations et encouragements, et tant pis si c’est nul (le roman (et mon e-mail aussi d’ailleurs)). Je précise qu’il m’a gentiment répondu, un truc très, euh…très artiste tu vois, genre je suis entre deux trains, je cours hors d’haleine et échevelé sur le quai au petit matin, vers de nouvelles aventures, des rencontres improbables, bref, je suis une star (je plaisante (quoique), sa réponse était charmante).

J’ai lu le roman.

J’ai un peu réfléchi à ce que je voulais faire de cette note.

  • La critique dithyrambique : non. Je veux pas passer pour la groupie (hiiii !) et puis de toute façon, on se connaît pas donc je n’ai rien à attendre en retour (n’est-ce pas ?)

  • La critique incendiaire : non. Je veux pas passer pour la frustrée-jalouse-qui-écrira-jamais-parce-qu’elle-a-pas d’inspiration-pas-de-talent-et-qui-préfère-critiquer-les-autres-c’est-tellement-plus-facile.

  • La critique aveugle comme si je lisais le dernier Guillaume Musso Daniel Pennac best-seller de tête de gondole : non plus. Pas facile hein ? Je peux pas faire ça parce qu’il m’est impossible d’oublier qui a écrit ce roman, et que la situation est particulière pour moi. Je n’ai jamais lu une publication « officielle » d’un blogueur qui se contentait de bloguer comme moi. J’ai bien acheté « Les tribulations d’une caissière » mais d’une part, je ne l’ai toujours pas lu, et en plus, je n’ai jamais lu le blog initial. Et par dessus le (super)marché, le livre est une resucée du blog alors que là, avec ce polar, ça n’a rien à voir (j’espère).

  • La critique honnête qui tient compte de mon ressenti réel à la lecture, et des circonstances particulières : oui, on va tenter de faire ça comme ça.

Ça commence par un meurtre. Enfin on imagine que ça va finir comme ça, et que ça va pas être joli à voir. Ensuite, Fitz prend la parole. Jeune homme au regard bleu azur, charmant et charmeur, il vit au cœur de Paris, au plus près des nuits de musique, d’alcool et de débauche. Il ne voit jamais le jour. Son métier : approvisionner la jeunesse désœuvrée en substances illicitement psychotropes. Son rayon : la coke. Sa pauvre mère le croit VRP en jeux vidéo ; juste vengeance envers celle qui l’a baptisé John-Fitzgerald.

Fitz est un tombeur. Ses entrées dans les clubs les plus courus de la capitale, sa marchandise de qualité, son physique de gendre idéal…font qu’aucune fille ne lui résiste. Ça, c’est pour le petit côté macho du roman (et vlan). Donc sa vie c’est sexe, coke et jeux vidéos. Enfin sa coke, il n’y touche pas. Par contre il clope à n’en plus finir.

Fitz pensait couler des jours heureux dans cette vie de fête permanente, jusqu’à ce que son ex le contacte pour lui demander un service. Allons bon. C’est que l’ex en question n’est pas n’importe qui, elle est commissaire et enquête sur une série de meurtres barbares perpétrés dans le milieu de la nuit. Ne connaissant que trop son ex-compagnon, elle pense que ce dernier est en mesure de lui fournir des pistes intéressantes pour mettre la main sur le serial killer au scalpel.

C’est le début des emmerdes. Fitz va malgré lui s’investir corps et âme dans cette « enquête », quitte à bousculer ses habitudes et à mettre en danger ses relations commerciales ô combien fragiles.

Mon analyse…Sur le fond, j’avoue ne pas être experte en polars. Mes références en la matière sont Agatha Christie (lue pendant mon adolescence uniquement), Fred Vargas et Åke Edwardson. Autant dire pas grand-chose, mais de la qualité. J’ai trouvé l’intrigue assez conventionnelle et les relations entre les personnages peu complexes. D’ailleurs, il y a peu de personnages, laissant le champ libre à toutes les hypothèses de dénouement. J’ai « deviné » la chute bien avant qu’elle n’arrive. Sans vouloir me vanter, ça m’arrive fréquemment dans ce type de roman. Du coup, je suis toujours un peu déçue par la fin car je n’ai pas l’effet de surprise si soigneusement manigancé par l’auteur.

Mais ce n’est pas l’intrigue qui fait l’intérêt de ce polar.

Il y a tout d’abord le contexte. Pour le coup, ce monde de la nuit m’est totalement étranger et ne m’attire par du tout. Là j’ai été obligé de rentrer virtuellement dans ces clubs, avec leurs cocktails colorés, leurs pouffs tout aussi (dé)colorées, leur rails de coke immaculés…Curiosité anthropologique pour moi. Ça me confirme que ce n’est pas mon truc. Mais c’est celui de Fitz (et de l’auteur, un peu (enfin pas la coke (enfin je crois pas))) et celui-ci est comme un poisson dans l’eau. Il est en symbiose parfaite avec ce style de vie et cette population de clubbers dont les impératifs m’échappent (faire la queue pendant des heures sous la pluie pour rentrer dans un endroit dans lequel on va se mettre tellement minable qu’on ne se souviendra même pas de sa soirée). Bref, un contexte tout à fait exotique pour moi, et le personnage de Fitz, légèrement décalé là-dedans, ça représentait une trame intéressante pour des meurtres abomiffreux.

Ensuite, l’écriture. (Presque) fidèle lectrice du blog de l’auteur, j’étais avant tout fan de l’humour, de l’auto-dérision, de la facilité à raconter des événements du quotidien avec verve et panache. Et puis, il ne faisait pas de fautes. Je te dis pas ma consternation en voyant passer deux fautes d’orthographe dans le roman (je ne sais même plus où). Je déconne bien sûr. Toutefois, j’ai eu un peu peur au début. J’ai trouvé que le style était un peu forcé, que les vannes tombaient un peu lourdement. J’ai senti cette pression sur les épaules d’Olivier Gay, cette volonté de faire bien, de faire drôle, cette crainte de décevoir, de ne pas être à la hauteur (ou alors c’était moi, j’ai fait un transfert). J’ai vraiment eu peur que ce malaise perdure jusqu’à la fin du roman. Et heureusement ce ne fut pas le cas. Le tournant a eu lieu lorsque l’enquête a vraiment commencé. Je dirais au moment où Fitz est « convoqué » sur une scène de crime. En fait la difficulté était d’installer le décor, les personnages, une ambiance. Mais une fois les choses sérieuses commencées, ouf, la plume s’est fait plus légère, plus souple, plus spontanée. Et j’ai retrouvé ce style, jamais tout à fait sérieux, toujours en équilibre. Réminiscences du blog où les embrouilles, les maladresses, les ruptures avaient toujours cette saveur aigre-douce.

J’apprends qu’Olivier (je peux t’appeler Olivier?) travaille à l’écriture d’un long roman d’heroic fantasy. Bon alors là, c’est un domaine où je suis totalement inculte. À part Bilbo le Hobbit quand j’étais en cinquième. Donc je ne suis pas sûre d’acheter. Le prochain polar par contre oui, et j’espère qu’on retrouvera Fitz et ses poches pleines de coke.

Je renouvelle mes félicitations, pour avoir osé, pour avoir réussi, pour avoir plaqué le job (va falloir changer la quatrième de couv, et en plus, ça manque de photo en col roulé). Ce roman laisse présager de belles choses et plutôt qu’un polar ou de l’heroic fantasy, j’aurais bien vu le bonhomme sur le créneau de Philippe Jaenada. Vu que son dernier roman m’a un peu déçue, je laisserais bien sa chance au jeune loup aux yeux d’azur.

5 Commentaires

  1. Ah tiens, point de vue intéressant.
    Je me demandais si je lirais ou pas, en tant que fidèle lectrice du blog, et… je me le demande toujours ;-) De toute façon, en ce moment, je ne lis pas du tout, argh, même si ce n’est pas le propos!

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