Bel ami (le film)

J’ai lu les critiques (catastrophiques) avant d’y aller. Je savais en mon for intérieur que j’allais le regretter mais il fallait que je voie ça de mes yeux. Quel gâchis !

J’étais persuadée que c’était tarif réduit pour tout le monde au ciné Jaude à partir de 17h. Dommage pour moi, c’était 19h (ça a changé ou c’est moi qui ai rêvé ?). Je me suis donc acquittée du tarif exorbitant de 8,50 Euros et j’ai partagé la salle avec 8 autres personnes pendant près de deux heures.

Pour voir quoi ? Un pitoyable sabotage d’un de mes romans préférés de mon auteur préféré.

J’avais raconté le roman ici.

Alors évidemment c’est une adaptation de roman et le film respecte scrupuleusement la chronologie des événements. Évidemment l’histoire se passe à la fin du XIXe siècle donc c’est un film en beaux costumes. Évidemment. Mais ça ne fait pas tout, désolée.

D’un point de vue technique, la mise en scène est tristement banale, pour ne pas dire téléfilmesque. Robert Pattinson, qui incarne Georges Duroy, est omniprésent à l’écran, et fait l’objet de gros plans insistants sur son visage afin de bien nous montrer ses émotions. Émotions qui se limitent à des regards intensément intenses et à des tressaillements de lèvres dont on ne sait si elles préfigurent un vomissement imminent ou un retroussement de babines sur un sourire se voulant carnassier. Pauvre Robert. Dans Cosmopolis, je l’avais trouvé pas trop mal, compte tenu du sujet et du pitoyable scénario. Dans Bel ami, on dirait un ado emprunté, le cheveu gras, qui a l’air de se demander ce qu’il fout là, à se taper successivement Christina Ricci, Uma Thurman et Kristin Scott Thomas. Et puis, il n’y a rien à faire, je ne peux me détacher de son rôle dans Twilight et j’avais systématiquement l’impression qu’il allait planter ses incisives dans le cou de tout le monde.

Donc casting de haute volée, pour un film se prétendant intellectuel, et acteurs se considérant comme tels. Sauf que même s’il reste la trame du roman de Maupassant, il en manque la substantifique moelle. Ce n’est pas tout de dire « il se passe ça, puis ça et enfin ça », la richesse d’un roman et en particulier d’un roman de Maupassant, c’est l’analyse, le point de vue, le parti pris. Là on n’a rien. On a juste un type, pauvre, qui devient riche en magouillant et en se tapant les femmes du monde qui peuvent lui ouvrir des portes. Il manque toute la subtilité des descriptions, la finesse des enchaînements, la critique de la société, et surtout, il manque tout ce qui se passe dans la tête de Georges Duroy. La seule chose que le film nous donne, ce sont les regards lourds de sous-entendus et les tressaillements de lèvres de Bob Pattinson. C’est bien peu. Et au final, Georges Duroy passe pour un imbécile alors que dans le roman, il est beaucoup plus futé que ça, beaucoup plus cynique et manipulateur.

Les amateurs de Maupassant seront consternés. Ceux qui n’ont jamais lu le roman ne verront aucun intérêt à ce film. Malheureusement le film ne passait qu’en VF à Clermont. J’aurais bien voulu entendre les « Dgeorges Dyouraw » et les « Madeleen Fowestière », ça aurait pu être rigolo.

Mon avis sur l’affiche. Bon ben tout est dit. Ça résume bien le film. On a Bob et son regard puissamment intense, entouré des trois principales femmes qu’il se tape pendant le film, comme si c’en était l’intérêt premier. La caution intellectuelle de Glamour avec une comparaison fort inappropriée avec les Liaisons dangereuses : tout cela n’a rien à voir ni avec le roman de Choderlos de Laclos ni avec le film qui en a été adapté. On apprend qu’il a été présenté hors compétition à Berlin (encore heureux). Vénéneux ? Sulfureux ? Dangereux ? Ennuyeux, affreux, foireux, neuneu…moi aussi je peux faire des rimes !

4 Commentaires

  1. galuchon

    Pour ma part, la séance fut gratuite.
    Heureusement !
    Sachant que toute adaptation est vouée à trahir, je ne m’attendais pourtant pas à tant de vacuité.
    Quelques moments intéressants et plutôt bien filmés (les soirées dans les tripots), mais le reste…
    Pattinson est un acteur remarquable : il joue la comédie comme s’il était déjà botoxé à mort… et nous fait mourir d’ennui.

    • @Galuch’ : vouée à trahir, pourquoi pas, mais pas forcément à saboter. J’ai commencé une note à ce sujet (que je voulais faire depuis très longtemps), pas encore prête.
      Et Pattinson botoxé ? ça m’a pas fait cette impression mais le résultat est le même : il était mauvais !

  2. Galuchon

    « Botoxé » dans le sens « peu d’expressions ». En d’autres termes, la palette de sentiments exprimés est vraiment indigente, c’est en tout cas ainsi que nous l’avons perçu.
    Un film dont on peut se passer sans remords.

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