Les fruits du Congo

Aujourd’hui, Robert Sabatier est mort. Pour être tout à fait honnête, et comme beaucoup de gens, je l’avais déjà enterré (tout comme Ray Bradbury, décédé récemment). J’ai eu l’occasion de récupérer il y a quelque temps de la littérature « régionale » (petit privilège professionnel) et j’avais raflé tous les Robert Sabatier qui m’étaient tombés sous la main. Les allumettes suédoises, David et Olivier…tout ça fleure bon les premiers émois littéraires. J’ai dû lire la série lorsque j’étais au collège (début collège) et je l’avais engloutie. À bien y regarder, j’ai dû m’arrêter à David et Olivier donc il doit me manquer trois volumes. Je ne me souviens pas de l’histoire, je suis incapable de te dire de quoi ça parle, mais je me revois parfaitement, assise par terre dans ma chambre, dans un rayon de soleil, en train de dévorer cette littérature populaire, accessible, mais passionnante et écrite avec art (enfin je pense). Étrange qu’il me reste cette sensation très « physique » de la lecture de ces romans, et rien du contenu. C’est peut-être ça qui fait de nous des lecteurs pour l’éternité, ces expériences holistiques puissantes qui nous marquent durablement. Et même s’il ne me reste rien de tangible de ces lectures, elles m’ont forcément construite, elles ont forcément posé quelques jalons, suscité quelques passions…Merci Robert Sabatier.

J’hésite à relire les Sabatier. Envie de voir avec mon regard d’adulte (et mon modeste recul littéraire) ce qui m’a tant fait vibrer ; pas envie de briser ce beau souvenir émotionnel si les sensations ne sont plus là…

Robert Sabatier m’amène du coup à parler d’Alexandre Vialatte, car ces deux-là se sont bien évidemment rencontrés et entendus comme larrons en foire. Dans ma moisson de livres, j’avais récupéré pas mal de romans et de recueils de chroniques de Vialatte, que je n’avais jamais lu. J’ai comblé partiellement mes lacunes en m’attaquant aux Fruits du Congo.

Note initialement publiée le 1er janvier 2011

La quatrième de couverture indique l’histoire se passe dans une ville d’Auvergne. Ah bon ? Ça a dû m’échapper. Alors Alexandre Viallate est un auteur bien connu dans la région. Plus connu pour ses chroniques que pour ses romans, chroniques terminées invariablement par « Et c’est ainsi qu’Allah est grand ».

Les fruits du Congo, publiés en 1951, relatent les aventures d’un groupe d’adolescents du début du XXe siècle. A 14 ou 15 ans, ils passent leur temps libre à s’inventer des lieux secrets, un langage mystérieux. La moindre escapade en rase campagne devient une véritable expédition fantastique. Et la jolie Dora devient la reine incontestée de la bande. Reine éphémère, insaisissable, que Fred n’aura de cesse de vouloir retrouver, pour réaliser une promesse d’enfant, une promesse d’amour. Jusqu’au jour où Dora redevient un simple être de chair et de sang, rattrapée par le destin tragique tricoté par un certain M. Panado.

M. Panado, c’est le nom qu’on trouvé les garçons de la bande à ce personnage de l’ombre, celui qui nous fait trébucher, celui qui fait disparaître les être chers, celui qui nous guette inlassablement tapi derrière un arbre, jusqu’au jour où il nous prend enfin dans ses filets.

Les Fruits du Congo, ce sont les rêves d’enfants portés à leur apogée, puis la descente brutale vers la réalité.

Ce roman a vieilli. Les adolescents de maintenant ne s’inventent plus des Iles fantastiques, des Plaisirs de Corée ou un Labyrinthe ; et ils ne proclament plus une jeune et belle demoiselle reine des Choses qui Volent. C’est comme ça. M. Panado est passé par là. Maintenant les adolescents ont des iPhones, prennent de la coke et les reines de la nuit portent des escarpins pointus et des leggings panthère.

Du coup, j’ai eu du mal à entrer dans le délire de ces gamins. Dommage. Car arrivée à la fin du roman, j’ai compris où l’auteur voulait en venir. La magie de l’enfance, ses idées grandioses, son insouciance… « On dirait qu’on serait nous ». Le comble de l’imagination à tiroirs.

Ce roman ne m’a pas passionnée, mais je tenterai d’autres écrits de Vialatte car l’écriture est soignée, jouissive. De l’humour, de la poésie, beaucoup de modernité dans la façon de traiter les mots.

« Le froid leur pique des nez carotte dans un teint de fromage blanc. Leurs têtes vagues flottent dans la brume à la dérive, mais ils restent cloués par on ne sait quelle hypnose, avec des regards d’opiomanes et des frissons de derviches tourneurs »

« Le destin passe dans nos vie avec des semelles de feutre. Il se cache en ne se masquant pas. Ce qui empêche de l’identifier, ce sont ces gestes si quotidiens, cette absence de mystère et de cérémonie. On ne le reconnaît qu’une fois passé. Il faut donc excuser les enfants romanesques qui s’attendent à le voir venir entouré de foudres et d’éclairs, de ne pas sentir quand il arrive, quand sa main saisit leur poignet sous leur pèlerine de collégien, d’un geste qui laissera des traces. »

5 Commentaires

  1. Je lirai « Les fruits du Congo » pour voir si…
    C’est drôle comme je parviens à me mettre dans la tête des personnages, dans leur époque, aussi bien actuelle d’ailleurs, et prendre le point de vue de leur perspective. Contrairement aux films, je ne trouve pas que les livres vieillissent, mais je vois plutôt leur contenu se décaler avec les époques.
    Curieusement, pour moi, ce ne sont pas les livres qui se décalent avec le présent, mais moi qui me recale sur leur époque!

    • @sdf…de luxe! : la narration est vraiment étrange dans ce roman. Je n’ai aucune peine à entrer dans le monde du XIXe chez Maupassant, Dickens, etc. mais là, c’est très…déroutant ;-) J’ai mis du temps à comprendre ce qu’étaient M. Panado, Les plaisirs de Corée, etc.

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