Jonathan Boulet ou l’angoisse de la traçabilité des fichiers numériques

Aujourd’hui, les Inrocks ont publié un article (et un tweet) au sujet du dernier album de Jonathan Boulet. J’ai cliqué sur le lecteur permettant d’écouter l’intégralité de l’album et ô surprise, je connaissais le premier titre. « You’re a animal » est sur mon baladeur mp3 et mon disque dur depuis des semaines, des mois même, et je m’en délecte.

Je t’invite à l’écouter, ça envoie du bois, bien vert, mais je ne m’explique par les liens étranges sur le site de l’artiste, renvoyant à des sites très bigarrés comme par exemple celui des Raëliens australiens. Je remercie toutefois l’artiste pour la promotion d’un illustre Auvergnat (Raël) mais bon…j’espère quand même qu’il s’agit d’humour décalé et non d’une accointance assumée.

 

C’est bien simple, je n’ai pas été capable (pour l’instant), de tracer l’origine de ce mp3. Je pense qu’il était sur mon ancien PC portable, en retraite depuis début février, c’est donc là, peut-être, que je pourrai retrouver la trace de ce téléchargement. Mais dans mon cerveau, aucune trace. Commande Amazon ? Peu probable, j’achète fort peu de mp3. Téléchargement offert par une newsletter de maison de disque ? Possible. Téléchargement offert par le magazine Magic ? Peut-être. Le plus probable même. Mais c’est vraiment parce que je ne vois pas d’autre solution. Je n’ai pas « volé » de fichiers musicaux depuis des années et des années. J’ai beaucoup pratiqué le peer-to-peer via Soulseek ou Kazaa, mais depuis que je gagne ma vie, c’est fini, je paie mes consommations, sauf quand c’est offert par la maison.

Ce qui m’amène à la réflexion suivante : comment prouver sa bonne foi concernant la présence de centaines de mp3 sur ses appareils électroniques ?

Voici ce qu’on peut trouver chez moi :

  • fichiers téléchargés illégalement, présents sur mon disque dur, pas de support physique

  • fichiers téléchargés illégalement, présents sur mon disque dur, support physique disponible car acheté suite au téléchargement (qui ne tue pas le disque, mais conforte les productions de qualité, CQFD)

  • fichiers téléchargés illégalement, effacés du disque dur, pas de support physique (ça a peut-être laissé des traces quelque part, je n’en sais rien)

  • fichiers téléchargés légalement, payés, via des plates-formes de commerce en ligne, pas de support physique, preuve d’achat disponible

  • fichiers téléchargés légalement, payés, via des plates-formes de commerce en ligne, support physique disponible (donc œuvre payée deux fois, j’ai quelques exemples dans ma discothèque (genre la version numérique sort plusieurs semaines avant la version physique, je ne peux pas attendre, donc voilà)), preuve d’achat disponible

  • fichiers téléchargés légalement, « offerts » par les artistes directement sur leur site ou via leur newsletter, pas de support physique, pas de preuve disponible

  • fichiers téléchargés légalement, « offerts » par les artistes directement sur leur site ou via leur newsletter, pas de preuve disponible, support physique disponible

  • fichiers téléchargés légalement, « offert » par un intermédiaire (magazine Magic, par exemple), pas de support physique, pas de preuve disponible

  • fichiers issus d’un encodage du support physique, toujours disponible

  • fichiers issus d’un encodage du support physique, plus disponible chez moi (exemple : albums appartenant à mes parents)

  • fichiers issus d’un encodage du support physique, plus disponible chez moi car revendu (ça ne m’est pas arrivé mais on ne sait jamais)

Bref, qu’est-ce-qu’on fait si la police de l’internet débarque ? Hein ? C’est le bordel ! Tous ces fichiers que je n’ai pas achetés, mais pas volés non plus (enfin pour certains, si), et dont je ne peux pas prouver qu’ils m’ont été offerts (à moins d’aller interroger chaque fournisseur, artiste, magazine, etc. mais encore faut-il se rappeler d’où vient le fichier). Et est-on censé effacer les fichiers numériques si on ne dispose plus du support physique (alors même qu’on l’a payé) ?

Bon en même temps je me torture l’esprit avec ça mais je ne sais même pas si pénalement parlant ce sont des éléments qui peuvent être pris en compte. Un spécialiste dans la salle ? 

7 Commentaires

  1. galuchon

    10 ans fermes et 75 000 eur0s d’amende.

    Non, je blague.
    De toute évidence, la p0lice de l’internet n’a pas accès à ce que tu stockes à ton domicile. Donc, aucun risque. Sache aussi que le g0uvernement prévoit de remettre à plat la loi concernant les droits d’auteurs et son avatar (HAD0P1).
    Tu peux donc continuer à dormir en toute sérénité.

    • @Galuchon : tu prends bien des précautions pour piéger ton commentaire…;) peur de la traçabilité du Galuch’ ??
      Ouais mais s’il y a saisie de matériel ? Une fois qu’ils ont les disques durs…Et puis y a le cas où on te pirate ta connexion Wi-Fi : va prouver que c’est pas toi qui a downloadé Cosmopolis et Bel Ami…

  2. F.

    Je ne sais pas moi non plus comment tant de fichiers ont pu se retrouver gratuitement sur mon disque dur maintenant que tu le dis. Les newsletters, je suppose aussi ! Et crois-le ou pas, je me pose exactement la même question que toi !!! Comment prouver ma bonne foi et mon innocence aux autorités ?

  3. galuchon

    Allons allons. Un peu de sérieux, je vous prie. Lequel d’entre nous est en mesure de présenter une facture ou un ticket de caisse pour chaque objet présent à son (ses !) domicile(s) ?
    Je vous rappelle que le droit frança1s impose la charge de la preuve à l’accusation. Si vous êtes tracé sur un diamant identifié ou un fichier et que celui-ci se trouve chez vous, il y a pb. Si l’on trouve des documents sur vos disques durs (et il est possible de remonter à plus de 7 niveaux de réécriture, sans compter les caches ou autres…), encore faut-il que l’accusateur puisse prouver la provenance illicite. Tout avocat standard saura démontrer la vacuité de poursuites sans éléments tangibles.
    Bref, reprenez votre somme tranquillement.

    • @Maître Galuchon : je crois que F. était…comment dire…un tantinet ironique dans son commentaire et il semble que je sois bien la seule à me préoccuper de tout ça. Mais me voilà rassurée (ou presque, pas pour le piratage de Wi-Fi), je vais pouvoir reprendre une activité de téléchargement illégal à bride abattue (en fait non, car mes motivations sont autres).

  4. Pingback: Material girl | The magic orange plastic bird said…

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