Colorful

L’année dernière est sortie en France un magnifique film d’animation japonais de Keiichi Hara : Colorful. Sombre et lumineux à la fois, ce film nous plonge dans le Japon moderne et ses effroyables névroses.

Le film commence fort. Nous sommes…dans l’antichambre de la mort. Sur le quai d’embarquement plus précisément. Il faut prendre un billet pour son dernier voyage et les ombres se succèdent au guichet. Une ombre arrive et se demande un peu ce qu’elle fait là. Elle est accueillie par Pura-Pura, un petit garçon enjoué – un ange ? – , qui lui explique qu’elle a commis un grave crime mais que le « patron » veut bien lui accorder une deuxième chance. L’ombre ne se rappelle rien de sa vie maintenant terminée, et accepte à contre-cœur la proposition de réincarnation dans le corps d’un jeune garçon venant de commettre un suicide. L’âme du criminel (ou de la) se réveille dans une chambre d’hôpital entourée de ce qui semble être une famille, et évidemment de médecins médusés de voir leur patient rouvrir les yeux.

Réincarnée dans le corps d’un adolescent dépressif et solitaire, l’âme criminelle va devoir se racheter une conduite pour gagner sa réincarnation définitive au bout de six mois. En attendant, il faut faire connaissance avec cette mère, ce père, ce frère, ces camarades d’école, et tout apprendre d’eux et des raisons qui ont conduit Makoto, puisque tel est son nom, à commettre l’irréparable.

Le nouveau Makoto surprend tout d’abord son entourage, en adoptant une attitude peu habituelle : il parle volontiers, mange avec appétit. Petit à petit, l’âme se rend compte que le vrai Makoto était bien différent. Solitaire, brimé à l’école, cancre, ignoré par la fille qu’il aime, distant de ses parents et de son frère…l’âme comprend vite ce qui a pu pousser Makoto à vouloir disparaître, avec l’aide précieuse de Pura-Pura qui veille à ce que personne ne se doute de la transformation de Makoto.

Ce film condense à lui seul les pires travers de la société japonaise : suicide, prostitution des adolescentes, pression de la réussite scolaire, isolement poussé à l’extrême, mal-être des femmes aux foyer, mal-être des salarymen…Makoto et sa famille ne vont pas nous épargner grand-chose. Alors bien entendu, ce film d’animation n’est pas destiné aux jeunes enfants. Il est par contre destiné aux adolescents pouvant se trouver dans l’une ou l’autre (ou toutes !) les situations décrites. Mais le film n’apporte pas de happy end à tous les problèmes rencontrés par Makoto. Il faut plutôt le voir comme un parcours initiatique et une prise de conscience, une prise en main de son existence et une adaptation à toutes ces perturbations extérieures qui nous pourrissent parfois la vie.

 

D’un point de vue graphique, ce film est d’une précision chirurgicale. Certains plans donnent vraiment l’impression d’être des photos. Et comme dans presque tous les films d’animation japonais, on a ce souci du détail dans chaque plan, cette volonté de retranscrire le plus fidèlement possible la vie quotidienne des personnages, que ce soit à la maison ou à l’école.

À noter que ce film est, comme souvent, tiré d’un manga publié dans les années 1990.

J’avais, à l’époque de la sortie du film en salle, été particulièrement séduite par l’affiche. Makoto est-il mort ? Les fleurs l’ensevelissent-elles ou au contraire ouvrent-elles un passage libérateur ? Le titre du film « Colorful » est explicité dans le film, lorsque Pura-Pura explique que chacun de nous est une palette de couleur, et qu’on ne peut se définir par une couleur en particulier.

4 Commentaires

  1. F.

    Très bon conseil, comme souvent ! Je me suis juste un peu énervé sur « l’égoïsme » du héros (quand il rend la vie de sa mère difficile) mais finalement j’ai trouvé que ça servait bien le propos. Le thème de la famille qui traverse l’épreuve d’une tentative de suicide d’un enfant était vraiment intéressant. Pas facile de se reconstruire là-dessus et en même temps, d’une certaine façon, comment ça peut aussi se transformer en une opportunité, permettre de (re

    • @F. : le « héros » n’est qu’un enfant, mal dans sa peau…il me paraît difficile de parler d’égoïsme alors qu’on a tous eu une sale période dans ce genre…
      Sinon oui, le propos est assez profond et même désabusé (ex : sa copine et ses « relations »).

  2. F.

    )construire là où « on » ne laissait plus que dériver.

  3. Pingback: Miss Hokusai | The magic orange plastic bird said...

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