Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil

L’histoire d’Hajime (ce qui signifie « commencement », tout un programme), c’est surtout celle de ses émotions, de ses souvenirs, et en particulier celui de Shimamoto-san, une fillette de 12 ans rencontrée à l’école et qui l’obsède dans chacun de ses gestes, dans chacune de ses rencontres.

À 12 ans, dans les années 1960, on écoute des disques assis sur le canapé, on est bien et on ne sait pas pourquoi. Après on se perd de vue. On mène sa vie péniblement chacun de son côté. On fait des conneries, on construit. Et on se retrouve à 37 ans, et tout s’écroule en même temps que tout s’illumine.

Comme d’habitude, difficile de résumer un roman d’Haruki Murakami. Celui-ci ressemble un peu à La ballade de l’impossible. Même quête de l’amour perdu, même fascination pour les souvenirs d’enfance. Et comme souvent chez Murakami, la frontière entre le réel et l’onirique est difficile à attraper. « Au sud de la frontière »…citation tirée d’une chanson de Nat King Cole. Du concret, on sait à peu près où on va. « A l’ouest du soleil »…syndrome étrange des paysans sibériens qui du jour au lendemain partent à l’ouest du soleil, sans but, pour finir par mourir. Doit-on voir dans ce titre le déchirement d’Hajime entre sa vie de famille parfaite et son amour pour Shimamoto-san, débarquée du passé pour le hanter. Le hanter tiens…saura-t-on jamais si tout ça était réel ?

Avec cette histoire plutôt banale, Murakami nous entraîne dans les angoisses les plus profondes d’Hajime. Comme d’habitude, les sentiments et les émotions sont décortiquées avec minutie. Ce qui m’a frappée c’est la sensation de sincérité émanant d’Hajime. De sincérité et d’impuissance face à ses émotions et à sa capacité à contrôler sa vie et les personnes qui en font partie. La force de Murakami, c’est son acuité à décrire les sentiments, à les enrober d’une mélancolie sourde. Comme d’habitude, les actes manqués, la mort, les suicides ne sont jamais loin.

Hajime est propriétaire de deux clubs de jazz. De là à conclure que ce roman est autobiographique…il n’y a pas loin. Tout paraît un peu trop précis et moins fantastique qu’à l’accoutumée. La ballade de l’impossible, 1Q84…à chaque fois on a un jeune homme rongé par les souvenirs d’un amour d’enfance. Et à propos d’autobiographie, la magie de Murakami, c’est aussi cet exploit sidérant de parler de choses qu’on a soi-même vécues la veille. Effrayant, fascinant…

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