Coule la Seine

Je lis les Fred Vargas comme on déguste un met de choix : rarement et en petites quantités à la fois. J’aime bien retrouver Adamsberg et Danglard, et éventuellement les Evangélistes, après une longue période loin des yeux loin du cœur. Et j’aime surtout le style inimitable de l’auteure, plein d’intelligence et de finesse.

Coule la Seine est un recueil de trois nouvelles, publiées ici et là et regroupées pour l’occasion.

Salut et liberté

La première lance Adamsberg aux trousses d’un meurtrier vantard et insultant, qui lui écrit de brèves mais agaçantes lettres (« […] dans le fond, vous êtes un vrai con. »). Dans le même temps, il faudra éclaircir la présence d’un vieux bonhomme excentrique sur le banc en bas du commissariat, avant que Danglard ne le chasse à coups de lampadaire de bureau.

J’ai aimé le personnage du vieillard collectionneur de bricoles, un peu moins l’intrigue, un peu trop capillotractée à mon goût.

La nuit des brutes

La deuxième nous plonge dans une chaleureuse et festive ambiance de Noël.

« Noël est une fête domestique, intérieure. Rien n’en filtre au-dehors. Même les irréductibles solitaires se regroupent dans une piaule avec deux bouteilles et quatre imbéciles. La solitude, l’errance, supportable et même parfois crânement portée le reste de l’année, paraît brusquement un infamant déshonneur. Noël jette l’opprobre sur les esseulés. Aussi, avant minuit, chacun a-t-il trouvé refuge. La grosse femme bascula dans l’eau sans que personne ne s’en mêle. »

Voilà. Une femme est morte la nuit de Noël et il va falloir remonter le cours de la Seine jusqu’à son meurtrier.

J’ai aimé le personnage de Deniaut, jeune recrue pas encore habitué aux fantaisies d’Adamsberg, et pointilleux à souhait. J’ai beaucoup aimé Charles Sancourt, élégant ornithologue éméché réclamant sans faiblir un cintre pour accrocher sa veste au fond de sa cellule de dégrisement :

« Vous aviez pourtant les yeux d’un homme à piger que la sauvegarde des bricoles fonde l’éclosion des grandes choses. Entre le dérisoire et le grandiose, il n’y a même pas l’espace d’un ongle. »

Cinq francs pièce

La troisième amène dans le bureau d’Adamsberg un clodo obsédé par la vente d’éponges à cinq francs pièce. Plus que la résolution du meurtre auquel il a assisté par hasard, c’est son stock d’éponges qui le préoccupe. La bienveillance et la fine psychologie d’Adamsberg viendront à bout des réticences du vieil homme.

J’ai aimé ce vendeur d’éponges obsédé par les chiffres, jusque dans la poésie de la circonférence d’un cœur de grosse pâquerette. Pas vraiment une enquête habituelle, plutôt une rencontre entre deux personnages un peu perchés, chacun à sa manière.

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