Un lieu incertain

Je ne pensais pas recevoir si tôt ce volume commandé sur Priceminister. La tentation a été trop grande de le lire avant de recevoir les deux romans qui le précèdent dans l’ordre chronologique de parution. Tant pis pour les éventuels éléments manquants. D’ailleurs, au bout de quelques pages, une sensation de déjà vu m’a turlupinée de façon désagréable. L’impression de voir les lieux et les gens avec une acuité étrange. Déjà lu ?? Je sais que j’ai une mémoire catastrophique mais je ne vois pas ce titre sur les rayonnages de ma bibliothèque. Alors quoi ? Talents divinatoires ? Euh…nan. Sitôt ce titre publié, sitôt adapté pour la télévision, par Josée Dayan. Je me rappelle bien l’avoir regardé, en me disant que je faisais une erreur, vu que le film allait me révéler la chute, mais confiante en ma passoire de mémoire. Et pas de bol, pour une fois que je me rappelle la fin d’un film…il fallait que ça tombe sur cette histoire ô combien alambiquée de Fred Vargas.

Le commissaire Adamsberg se retrouve en colloque à Londres, avec son acolyte Danglard. Mission plutôt récréative, comparée aux enquêtes auxquelles l’un et l’autre ont dû se frotter. Mais un soir, lors d’une balade presque touristique menée par leur collègue anglais Radstock, ils découvrent pas moins de dix-sept chaussures alignées devant le cimetière de Highgate. Rien de bien méchant a priori. Sauf qu’il y a encore les pieds dedans. Bon. Ce ne sont pas les affaires d’Adamsberg et Danglard, qui rentrent à Paris bien contents de laisser le cadeau à leur collègue britannique.

Mais leur repos est de bien courte durée. On les appelle pour un meurtre, à Garches. Ils tombent alors sur la pire scène de crime qu’ils aient jamais vue. En fait, pas de corps. Enfin si. Partout. Sur les murs, le sol, les meubles. Pulvérisé, émietté, liquéfié. Émile, le jardinier, ex-taulard violent, est tout de suite dans le collimateur, si bien qu’il prend ses jambes à son cou. Mais bientôt, c’est la tête d’un autre suspect qui paraît en première page des journaux. Qui est-il ? Et pourquoi Émile s’est-il enfui ? Quel rapport avec les pieds ? Pourquoi pulvérisé ? Et c’est quoi ces preuves qui convergent toutes vers Adamsberg ? Qui tire les ficelles ?

Fred Vargas prend un malin plaisir à nous faire tourner en bourrique. De Londres à Paris, de Paris à un petit village serbe…des vampires d’un autre âge, des superstitions encombrantes, un père qui s’ignore, une vengeance tenace…Dommage que j’aie vu le film avant. Heureusement reste la littérature.

Je trouve que l’écriture de Vargas s’étoffe avec le temps. Les personnages secondaires me semblent plus recherchés, l’humour s’immisce à toutes les pages ou presque, les dialogues sont savoureux, décalés, les connaissances encyclopédiques de Danglard se heurtent avec bonheur aux interrogations loufoques d’Adamsberg. Bref, j’ai adoré l’ambiance de ce polar et ses personnages truculents. Et si je ne m’abuse, rien ou pas grand-chose de tout ça n’a transpiré dans l’adaptation télévisée. Comme d’hab en fait.

« Le dispositif était aménagé à côté de la salle du distributeur de boissons, et il arrivait de sorte qu’hommes, femmes et bêtes se désaltèrent ensemble au point d’eau. Alerté de cette dérive, le divisionnaire Brézillon avait exigé le départ immédiat de l’animal sur papier officiel. Lors de sa visite semestrielle d’inspection – qui visait essentiellement à emmerder le monde vu les résultats indiscutables de la Brigade – , on rangeait prestement les coussins qui servaient de couchette à Mercadet, les revues d’ichtyologie de Voisenet, les bouteilles et les dictionnaires de grec de Danglard, les revues pornographiques de Noël, les vivres de Froissy, la litière et l’écuelle du chat, les huiles essentielles de Kernorkian, le baladeur de Maurel, les cigarettes de Retancourt, et ce jusqu’à rendre les lieux parfaitement opérationnels et invivables. Lors de cette phase d’épuration, seul le chat posait problème, miaulant terriblement dès qu’on tentait de l’enfermer dans un placard. Un des hommes l’emportait donc dans la cour arrière et attendait dans une des voitures le départ de Brézillon. »

3 Commentaires

  1. galuchon

    Je n’ai (évidemment) pas vu l’adaptation TV, mais j’ai aimé le livre. Ta critique correspond parfaitement à ce que j’ai ressenti à la lecture.
    Un bon bouquin.

  2. Pingback: Sous les vents de Neptune | The magic orange plastic bird said...

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