Le magasin des suicides (le roman)

Demain, si tout se passe comme prévu, je vais voir l’adaptation de Patrice Leconte de ce roman de Jean Teulé, que j’avais beaucoup aimé. A l’époque, j’avais imaginé Caro et Jeunet pour une adaptation…Bon…Tant pis !

[edit du 7/10/2012 : bon ben finalement, pas allée voir le film après avoir été informée que ça chantait de façon ridicule tout le long. Je vais attendre que ça passe à la télé mais je suis bien consternée. Marre des dessins animés qui chantent ! Surtout quand ils sont pour les adultes !]

Note initialement publiée le 20 octobre 2008

L’histoire se passe dans un avenir lointain – ou peut-être pas tant que ça – dans lequel le chaos règne. Des catastrophes écologiques ont ravagé la surface de la planète et le comportement des hommes en a été totalement bouleversé. Dans le quartier de la cité des Religions Oubliées, se dressent de hautes tours d’habitation et un petit magasin subsiste dans ce qui devait être un ancien bâtiment religieux dont on a oublié la fonction. Le Magasin des Suicides. La famille Tuvache, maman, papa et leurs trois enfants, gère ce petit commerce lucratif. Le slogan affiché sur leurs sacs en plastique biodégradables est : « Vous avez raté votre vie? Avec nous vous réussirez votre mort ! ». Les clients défilent dans cette petite échoppe afin de se procurer les instruments nécessaires à leur suicide : corde faite maison, poisons divers et variés, sabres de hara-kiri, parpaings, pistolet à usage unique…Les parents, Lucrèce et Mishima et les deux aînés Tuvache, Marilyn (comme Monroe) et Vincent (comme Van Gogh) sont de bons et d’honnêtes commerçants : ils conseillent efficacement leur clients afin de leur apporter le meilleur suicide possible. D’ailleurs, certains suicidés les invitent à leur enterrement. Leur vie va être bouleversée par l’arrivée du petit dernier Tuvache, Alan (comme Turing, dont j’ignorais la fin tragique). Contrairement à sa sœur et à son frère, totalement dépressifs et eux-mêmes suicidaires (mais interdiction de se suicider, sur ordre des parents), Alan est un petit garçon enjoué, optimiste, et qui n’aime pas le concept du magasin. Il rend ses parents fous de rage avec ses jolis dessins enfantins de maisons ensoleillées. Mais Alan, avec son optimisme et sa foi en la vie, va bouleverser petit à petit la vie du Magasin des Suicides.

Ce roman est une fable astucieuse et grinçante et Jean Teulé ne lésine pas sur les références acides pour illustrer son propos. Par exemple, un jour rentre une cliente dans le magasin : c’est une jeune adolescente de 12 ou 13 ans. Elle veut se suicider parce que sa mère lui a interdit d’abuser de son téléphone portable pour appeler sa voisine d’en face. Dans le futur imaginé par l’auteur, les gens se suicident à la pelle (enfin, c’est une image pour dire qu’ils se suicident beaucoup…ça ne veut pas dire qu’il se font hara-kiri avec une pelle), les suicidés pleuvent des hautes tours de la cité des Religions Oubliées, les gens se tuent pour des motifs graves mais ils se suppriment également massivement les lendemains de défaite de l’équipe sportive locale. Les gens sont totalement désabusés et il y a de quoi quand il pleut de l’acide sulfurique. Mais ce que nous dit la fable, c’est qu’il suffit d’un peu d’optimisme, de joie de vivre, de recul sur soi pour que la vie paraisse finalement digne d’être vécue. Je ne vous en dirai pas plus sur la fin évidemment mais elle nous offre une pirouette qui laisse dubitatif (interdiction de lire la dernière page ! Heureusement que je n’ai pas lu la dernière phrase, comme j’ai parfois l’habitude de le faire avant de commencer un roman…).

Vous l’aurez compris, j’ai bien aimé ce roman, bourré de références culturelles et d’humour noir. En le lisant j’ai pensé que ça ferait un très bon film, un peu à la Delicatessen, dans un décor surréaliste, avec des personnages bizarres du genre famille Adams, et un humour corrosif. Messieurs Caro et Jeunet, je vous adore, et si vous me lisez, ça serait sympa de vous pencher sur le sujet !

Ce que j’ai moins aimé, c’est le style d’écriture. Alors pas tout le temps, car il y a des passages savoureux, mais parfois c’est un petit peu lourd. Et certaines comparaisons et descriptions m’ont rappelé avec effroi certaines phrases que j’avais croisées dans « La Foire des Ténèbres » : un peu ampoulées et parfois ridicules. J’ai noté également un manque de fluidité et de naturel dans la transcription des dialogues.

Bon, c’est un petit bémol parce que globalement, j’ai trouvé que ce roman était original, intelligent et paradoxalement plutôt rafraîchissant par les temps qui courent.

4 Commentaires

  1. Salut ! Je l’ai lu il y a un moment et je ne me rappelle plus la fin, bon je vais voir ça de ce pas !

  2. F.

    En tout cas ta critique est très fluide, je vais le commander et le mettre quelque part sur ma liste d’attente des livres à lire !

    • @F. : marrant que tu fasses une remarque sur la « fluidité » de ma critique. En me relisant, j’ai trouvé mon « style » bizarre, pas comme d’habitude, comme si j’avais galéré pour écrire la note. J’avais même pensé réécrire certains passages mais bon…c’était peut-être mon style de 2008 ;)

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