Tous cobayes ?

Vous avez forcément entendu parler de ce film, ou du moins de son contenu. Il est sorti quasi simultanément avec la fameuse étude sur l’impact des OGM, réalisée par le professeur Séralini, et qui nous a valu des photos de rats pleins de tumeurs énormes dans tous les journaux. J’avais déjà vu au cinéma « Nos enfants nous accuseront », réalisé par le même Jean-Paul Jaud (je vais ressortir la note écrite à l’époque) et évidemment, j’avais beaucoup aimé. Cependant, je suis allée voir « Tous cobayes ? » un peu à reculons. Pourquoi ? Parce que sitôt publiée, l’étude en question a fait l’objet de critiques nourries de la part de la communauté scientifique. À tort ou à raison. Certains arguments tenaient à mon avis la route, comme le fait d’avoir choisi une certaine race de rat ou la taille de l’échantillon observé. Je n’y connais rien en protocoles scientifiques mais je pense que quand on se lance dans une telle étude, avec de tels enjeux, avec des adversaires aussi tenaces, on se doit d’être irréprochable. On se doit d’anticiper toute critique, on se doit de respecter à la virgule près les protocoles d’usage, afin de ne pas se discréditer en moins de 24 h aux yeux du grand public. Se donner tant de mal à mener pendant plus de 3 ans une étude dans le plus grand secret, à se procurer des semences sans avoir à les demander à Monsanto et sans éveiller les soupçons, et se faire taper sur les doigts au sujet des protocoles…c’est quand même plus que ballot. Autre sujet de préoccupation, le financement de l’étude par certains partenaires privés, qui laisse songeur sur l’indépendance des équipes de recherche. Le film annonce un budget de plus de trois millions d’Euros (pour l’étude, pas pour le film, dont je ne connais pas le budget) et évidemment, ce n’est pas une somme qu’on trouve sous le sabot d’un cheval de trait dans un champ bio. Le financement de la recherche est un vaste sujet de débat. Toutefois, sur ce point, le film est très clair et annonce dès le départ le financement par la fondation CERES.

Le professeur Séralini se défend et répond aux questions du journal Libération .

J’y allais à reculons, donc, et finalement j’ai été agréablement surprise. On a beaucoup parlé des rats et de leurs tumeurs et c’est normal, la toxicité des OGM et des pesticides doit être clairement établie, et avec de vraies études sur le long terme. Le film mène la réflexion beaucoup plus loin. Ce qui me fait le plus peur avec les OGM, c’est l’asservissement des agriculteurs, la privatisation du patrimoine naturel et son appauvrissement. Petite faute de goût dans ce film (mais elle a été longuement évoquée dans d’autres) : pas de mention de l’association Kokopelli, qui se bat pour que les paysans puissent travailler leurs propres semences, non trafiquées, et adaptées à leur climat et leur écosystème. Bon. Mais les penchants purement mercantiles de Monsanto et autres ont bien été analysés, et notamment leur fâcheuse tendance à coloniser les pays en développement en leur faisant croire qu’ils vont les sauver de la famine. Ils ont des équipes de com’ très habiles, des services juridiques redoutables, des scientifiques vendus à leur cause…il n’est pas surprenant que le professeur Séralini ait tout fait pour se protéger pendant l’étude.

Autre aspect surprenant du film : le parallèle permanent entre OGM et nucléaire. Certaines critiques en ont fait état de manière négative. Moi j’ai trouvé ça plutôt fort pertinent. Causes différentes mais mêmes effets. Des progrès scientifiques censés assurer notre avenir qui génèrent une pollution invisible, insidieuse, incontrôlable, et surtout irréversible, qui génère à son tour des maladies des années plus tard, détruisant des générations entières. On va dans le mur. D’autre part, je soupçonne le réalisateur d’avoir changé son scénario en cours de route en 2011, suite à la catastrophe de Fukushima, largement étudiée dans le film. Au fait, ça donne quoi des champs de soja transgénique irradiés ? Va falloir mener une étude fissa parce que ça va nous tomber dessus tôt ou tard…

En ce qui concerne la réalisation du film, j’ai trouvé certains plans dispensables, mis dans le but de choquer l’œil du spectateur. Mais c’est peut-être parce que je suis totalement acquise à la cause du réalisateur et de ses protagonistes, je n’ai pas besoin de ça pour me rendre compte.

Acquise à la cause, donc. Comme toujours avec ce genre de film qui, à ma grande surprise, ne trouve pas d’écho auprès du grand public, ou alors pendant un laps de temps très limité, tant que les médias s’y intéressent. Je pense pourtant qu’on tient là les enjeux majeurs des décennies à venir, mais tout le monde s’en fout. On sera plus là pour ramasser la merde. En attendant, je bouffe mes produits bio et locaux et j’ai l’impression d’être une goutte d’eau de source dans un océan putride. Je ne cesse de me demander si ces misérables initiatives individuelles, du pipi de chat face à la puissance de frappe des multi-nationales, ne sont pas une nouvelle sorte de religion. Un truc qu’on s’invente, auquel on fait semblant de croire, afin de s’épargner l’angoisse de la réalité d’un monde qui s’autodétruit avec la bénédiction du plus grand nombre.

Le pire, c’est qu’en sortant de la salle de ciné, à 20h, j’avais faim et j’avais envie de quoi ? Hein ? Ben d’un MacDo. Je me suis auto-flagellée mentalement et suis rentrée manger ma soupe maison locale, mes patates locales et mon yaourt local. En croyant dur comme fer que pas un OGM n’y figurait. Amen.

2 Commentaires

  1. galuchon

    Les arguments de Séralini sont pertinents. La « communauté scientifique » qui prend partie contre son étude se limite à quelques scientifiques ayant participé aux comités autorisant les OGM (impartiaux, donc…) ou, lorsqu’il s’agit de l’Académie des Sciences, un quarteron sélectionné (selon quels critères ?) par le Secrétaire et dont ce dernier refuse de fournir les noms !!! Quelle belle brochette de tartuffes.
    Si le public n’accroche pas, c’est sans doute qu’il préfère ne pas s’appesantir dès lors qu’il sait les dirigeants économiques et politiques complices de ces dérives.

    • @galuchon : oui, tout est très compliqué et il est facile de tomber dans le « tous pourris ». Ceci dit, je constate autour de moi que les gens se foutent pas mal de ce qu’ils avalent. Moins pour leurs gosses, et encore, mais globalement on te répond « il faut bien mourir de quelque chose ». Pas réussi à imposer les légumes locaux au boulot. Tant pis. Moi je continue.

T'as un truc à rajouter ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :