La bonté, mode d’emploi

Comme l’indique la couverture du livre de poche, j’ai fait l’acquisition de ce roman en achetant deux autres publications dans la même collection. Ça fait un peu opération commerciale de supermarché, du genre « pour deux langues de bœuf achetées, la cervelle est gratuite ». Enfin c’est une image bien sûr. Bref, même si je goûte peu le procédé commercial, c’était une bonne manière de me faire acheter du Nick Hornby, dont j’avais entendu grand mal (suivez mon regard…). Et comme tout bon procédé marketing diabolique, il a fonctionné car j’ai beaucoup aimé ce roman.

Katie est médecin dans un cabinet qui reçoit pas mal d’épaves humaines, mais c’était son rêve, de faire le bien. Pourtant c’est chez elle, dans sa famille, que ça cloche. Son mari David est auteur free lance et gagne sa vie en publiant des articles assassins dans un canard local. Pour ce faire, il s’est bâti une personnalité de râleur, snob, donneur de leçons et ça, Katie ne le supporte plus car même au quotidien, à la maison, le cynisme et les persiflages sont de mise. Tom et Molly, les enfants, sont tout à fait équilibrés et ne se doutent pas un seul instant du drame qui se joue entre leurs parents. Katie annonce à David, de but en blanc et au téléphone, qu’elle souhaite le divorce et qu’elle a eu une liaison avec un certain Stephen lors d’un séminaire de travail. Bon. De deux choses l’une : la famille explose, ou alors elle tente de tenir le coup clopin-clopant. David refuse catégoriquement le divorce et Katie se rend bien compte que sa décision, prise sur un coup de tête, va être difficile à mettre en œuvre. Alors David décide de prendre un peu de recul et disparaît quelques jours. Il revient totalement transformé, au point que Katie pense qu’il se fout de sa gueule, une fois de plus. David est devenu gentil, patient, diplomate, généreux. Et tout ça grâce à un certain M. Goodnews, genre de marabout qui guérit à peu près tout par imposition des mains. David est tellement reconnaissant de ses prouesses qu’il lui propose de venir vivre dans la maison familiale, à la stupéfaction de Katie qui n’a d’autre choix que d’accepter, compte tenu de sa position délicate dans l’affaire.

Goodnews et David vont passer leur temps à comploter et à chercher comment faire le bien autour d’eux, pendant que Katie continuera de chercher des solutions pour sauver son mariage du naufrage.

Donner un des multiples ordinateurs de la maison à une association pour personnes en difficulté, héberger un SDF, filer le déjeuner dominical aux clochards du quartier…voilà un échantillon des épreuves qui attendent Katie. Avec en plus la gestion de la nouvelle personnalité de David et surtout, la gestion des enfants, qui n’y comprennent plus rien.

Alors il faut voir ce roman comme une sorte de fable. Ce Goodnews providentiel qui débarque dans la vie de David, totalement hermétique aux pratiques ésotériques, n’est qu’un prétexte à enchaîner des situations qu’on n’oserait même pas imaginer. Enfin si, je pense que ces situations ont été choisies pour que chacun de nous puisse s’y projeter. Et c’est là toute la subtilité du roman car Nick Hornby traite à la fois la dérive du mariage, la résolution des problèmes de société, et aussi et surtout le mélange des deux. Sauver sa vie ou sauver l’humanité…bon, le raccourci est un peu…court mais l’idée est là. A quel point sommes-nous disponibles et disposés à aider ceux qui en ont vraiment besoin ? Que valent nos problèmes personnels futiles face à la détresse réelle de certains ? A-t-on le droit d’être égoïste, de ne pas culpabiliser ? Est-il préférable/moins douloureux de donner de l’argent, une partie de son foyer ou du temps ? Nick Hornby nous chatouille là où ça nous gratte pas mal habituellement et ça dérange sec, ça secoue, ça nous renvoie à nos propres limites. Le roman est de 2001 mais évidemment, les problématiques sont toujours les mêmes. Aider les plus nécessiteux est-il du ressort de chacun de nous ou des pouvoirs publics ? La morale, la générosité individuelle, la politique…tout ça est évidemment très complexe et à la fois très simple. Si chacun faisait un effort à hauteur de ses possibilités…où en serions-nous ? Y aurait-il encore des gens qui dorment dehors et des gens qui ont faim ?

Au-delà de ces considérations, Nick Hornby réussit la prouesse de se glisser dans la peau d’une mère de famille. Les émotions, les priorités, les contradictions…non vraiment là aussi c’est très subtil et parfois même dérangeant. Katie ose penser (mais pas dire…) qu’elle ne supporte plus ses enfants, qu’elle voudrait du temps pour elle, qu’elle est mieux sans eux, qu’ils lui pompent son oxygène et son énergie.

Et tout ça est mis en scène avec beaucoup d’humour. Je ne regrette qu’une chose, c’est de ne pas avoir lu ce roman en version originale. Mes prochains Nick Hornby (car il y en aura d’autres, c’est sûr) seront lus in ze text car certains passages me paraissaient avoir une toute autre saveur en anglais. La traduction est plutôt réussie mais tout de même.

Le seul Nick Hornby qui trône sur mes étagères est « Fever pitch » et je crois que c’est celui qui parle de foot. Bon. C’est un handicap mais si le thème ne sert qu’à illustrer un propos aussi intelligent et avec autant d’humour que celui que je viens de lire…à voir.

Quelques extraits savoureux :

[Katie, parlant du futur roman de son mari] « J’ai lu un bout de son roman il n’y a pas longtemps et j’ai détesté. Ça s’intitule Les Gardiens Verts, et c’est une satire de la culture néo-baba de la période post-Lady Di. Le dernier passage que j’ai lu racontait comment des gens de la chaîne de magasins « Gardiens verts », qui vend de la crème pour les coudes à la bananes et de la lotion pour les pieds au brie, entre autres produits de beauté d’une cocasse inutilité, sont obligés d’aller voir un psy après la mort de leur âne de compagnie » [ça ne viserait pas les magasins The Body shop par hasard ?? même si je doute qu’ils aient déjà inventé une crème pour les pieds au brie]

« Nous avons bu du vin, nous avons écouté un groupe électronique français, Air, qui privilégie les instrumentaux et qui doit être exquis à écouter dans un ascenseur. [QUOI?? Dis donc Nick, on va plus être copains là !] Mais la musique d’Air me donne la sensation d’être moderne, sans enfant et célibataire, si je la compare à, disons, Dylan, qui lui me donne l’impression d’être mariée et accablée – qui me fait penser à la maison, quoi. Si Air est l’équivalent du rayon gourmets chez Conran, Dylan est l’épicier du coin. »

« Et oui, oui : pensez à combien d’opérations de la cataracte ou de sacs de riz on peut acheter avec trois cent livres. Et pensez au temps qu’il faudrait à une fillette de douze ans pour gagner cette somme dans un atelier de couture en Asie. Puis-je être quelqu’un de bon tout en dépensant autant pour me procurer des produits de consommation trop chers pour ce qu’ils sont ? Je n’en sais rien. Mais je sais au moins ceci : je ne serais bonne à rien sans eux. » [Merde, ça c’est tout moi]

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