L’éléphant s’évapore

L'éléphant s'évaporeEncore un Haruki Murakami. Encore un recueil de nouvelles, glanées ici et là dans d’autres recueils publiés au Japon.

S’il devait y avoir un point commun entre toutes ces nouvelles, ce serait peut-être leur caractère onirique, absurde, décalé, mystérieux. Difficile donc d’en faire un résumé cohérent. J’ai évidemment aimé certaines plus que d’autres. Dans tous les cas, Murakami n’hésite pas à faire le grand écart entre trivialité du quotidien et délires imaginaires, présentés avec la même trivialité. Des monstres verts, des nains qui dansent, des fabriques d’éléphants, des petits hommes qui viennent t’installer la télé sans rien te demander, une femme qui se rebelle contre son quotidien en mangeant du chocolat en douce…il faut lâcher prise, se laisser porter, chercher un sens, laisser tomber. La littérature est fascinante lorsqu’elle offre une réalité aux histoires les plus fantaisistes. Tout prend corps. Il faut aussi accepter que l’histoire nous laisse tomber, là, comme ça, sans chute, sans conclusion. Accepter cette tranche de vie ou de rêve pour ce qu’elle est. Une tranche. Beaucoup de gens lisent des romans pour savoir la fin, le fin mot de l’histoire. Alors que la vraie richesse est dans la construction.

« Je me mis donc à lire la suite d’Anna Karénine. Je m’apercevais en le relisant que je n’avais gardé aucun souvenir de ce roman. Je ne me rappelais ni des personnages, ni des scènes. Il me semblait que je lisais ce livre pour la première fois. C’était étrange. Ç’avait pourtant dû me toucher à l’époque où je l’avais lu, mais rien ne m’en était resté. Toutes ces émotions qui étaient montées en moi et m’avaient fait trembler s’étaient évaporées en un rien de temps, sans laisser la moindre trace. Et l’énorme quantité de temps que je passais à cette époque à lire des livres, qu’est-ce que cela représentait pour moi ? J’interrompis ma lecture un moment pour réfléchir à ça. Je ne comprenais pas bien moi-même, et mes pensées m’entraînèrent rapidement si loin que je ne savais plus à quoi je réfléchissais. Je m’aperçus que j’étais en train de regarder par la fenêtre, l’œil vaguement fixé sur les arbres. Je secouai la tête et repris mon livre.

Vers le milieu du premier tome, je découvris de miettes de chocolat coincées dans la reliure. »

(Sommeil)

« Il avait des traits réguliers, mais l’expression de son visage semblait faite de pièces et de morceaux rassemblés par hasard. Comme des assiettes dépareillées sur une table de fête ».

(Un cargo pour la Chine)

« Les souvenirs, ça ressemble aux romans, ou peut-être les romans ressemblent-ils aux souvenirs. »

(La dernière pelouse de l’après-midi)

« Juste pour mémoire, je rappelle que nous ne fabriquons pas les éléphants à partir de rien, bien sûr. Pour être exact, nous reconstituons des éléphants lyophilisés, pourrait-on dire. Un éléphant capturé est découpé à la scie en parties distinctes : les oreilles, la trompe, la tête, le tronc, les pattes, l’arrière-train, ce qui nous permet de reconstituer cinq éléphants. […] Nous adorons les éléphants, constater leur lenteur de reproduction nous rend extrêmement nerveux. Voilà pourquoi nous préférons les reconstituer nous-mêmes. »

(Le nain qui danse)

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