L’écume des jours (le roman)

IMG1332J’ai relu pour la troisième (?) fois ce roman de Boris Vian, avant de découvrir l’imminente adaptation de Michel Gondry au cinéma. J’ai bien fait de le relire, tant j’avais oublié la folie totale de cette histoire.

Colin est un jeune homme charmant qui vit de ses rentes et se paie le luxe d’avoir un cuisinier à demeure, le brave Nicolas. Son meilleur ami, Chick, est un fan absolu de Jean-Sol Partre et collectionne toutes ses œuvres. Il vient de rencontrer une jeune fille, Alise, dont il est tombé amoureux. Colin décide alors de tomber lui aussi amoureux, ce qui ne tarde pas après sa rencontre avec Chloé lors d’une soirée organisée chez Isis, une amie. Le mariage est vite organisé mais pendant le voyage de noces, Chloé tombe malade. Colin va faire de son mieux pour la soigner, va se ruiner en fleurs, chercher du travail pour gagner de l’argent. Et tout ça pour quoi ?

J’évite tout de même de spoiler le truc à ceux qui ne l’auraient pas lu, s’il en existe encore.

Je me souvenais surtout du début de cette histoire, de la folie douce des personnages, des trouvailles lexicales de Vian, ses jeux de mots, ses inventions loufoques, son univers onirique mais pourtant très réel. Je ne me souvenais que très peu de la fin, et notamment de toute cette analyse en filigrane du monde du travail. J’avais également oublié la critique acerbe de la religion et de l’administration.

D’ailleurs, je cite Colin « On se rappelle beaucoup mieux les bons moments ; alors à quoi servent les mauvais ? ».

J’ai également compris pourquoi certaines personnes étaient allergiques au style de Boris Vian. Ça part dans tous les sens, il faut accepter de croiser des mots qui n’existent pas, il faut parfois s’arrêter sur une tournure de phrase pour en comprendre la subtilité, il faut accepter que des appartements rétrécissent et que des nénuphars poussent dans les poumons. Et moi j’aime cet émerveillement permanent, cette excitation de ne pas savoir ce qui nous attend au paragraphe suivant, la poésie des lieux et des émotions, décuplées au-delà de l’imaginaire et j’adore cette façon de jouer avec les mots, d’une liberté totale et délirante. J’aime aussi ce côté conte cruel qui débute dans l’allégresse folle et se termine de la plus noire façon qui soit. Les personnages sont tous de jeunes gens et jeunes filles naïfs, enjoués, et la réalité du monde leur tombe sur la figure en ne leur laissant aucune chance de s’en sortir.

Je crois que beaucoup de gens n’ont vu dans ce roman qu’une divagation surréaliste de Boris Vian, une histoire un peu cucul pour adolescents aux hormones en fête. Mais sous les délires et circonvolutions lexicales, se cachent des thèmes universels et intemporels.

Dans On n’est pas couché, l’émission de Ruquier, Natacha Polony se plaignait auprès de Michel Gondry qu’il n’ait pas gardé le contexte des années 1940-50 et qu’il n’ait pas clairement daté l’histoire. Sauf que je viens de relire le roman in extenso et à part les allusions à Sartre (Partre) et Beauvoir (Bovouard), qui peuvent être remplacés par n’importe quel noms de célébrités (Musso, Bieber, Gaga), il n’y a aucune allusion au contexte historique. Je ne vois donc pas où est le problème, bien au contraire. Plus je lis et j’entends Gondry parler du film, plus j’ai envie de le voir. Pas bon ça. Et plus je lisais le roman, plus je visualisais les scènes, ô combien gondriesques avant l’heure.

« Les wagonnets étaient rangés à l’entrée de l’église. Colin et Alise s’installèrent dans le premier et partirent tout de suite. On tombait dans un couloir obscur qui sentait la religion. Le wagonnet filait sur les rails avec un bruit de tonnerre, et la musique retentissait avec une grande force. Au début du couloir, le wagonnet enfonça une porte, tourna à angle droit, et le Saint apparu dans une lumière verte. Il grimaçait horriblement et Alise se serra contre Colin. Des toiles d’araignées leur balayaient la figure et des fragments de prières leur revenaient en mémoire. La seconde vision fut celle de la Vierge, et à la troisième, face à Dieu qui avait un œil au beurre noir et l’air pas content, Colin se rappelait toute la prière et put la dire à Alise. »

« Il pinça vigoureusement l’extrémité d’un rayon de soleil qui allait atteindre l’œil de Chloé. Cela se rétracta mollement et se mit à se promener sur des meubles dans la pièce. »

« Le plus clair de mon temps, dit Colin, je le passe à l’obscurcir. […] Parce que la lumière me gêne. »

« La souris écarta les mâchoires du chat et fourra sa tête entre ses dents aiguës. Elle la retira presque aussitôt.

– Dis-donc, dit-elle, tu as mangé du requin, ce matin ? »

5 Commentaires

  1. maazz

    C’est drôle parce que je l’ai lu et il ne m’en reste qu’une sensation. Je n’ai plu du tout idée de l’histoire, tu la résumes mais ça ne me parle pas. J’ai juste des images qui me viennent avec des objets bizarres. Et je me rappelle que j’ai bien aimé, mais ai-je encore le livre ?

    • @Maazz : c’est tellement délirant qu’en effet, on a l’impression de sortir d’un rêve à la fin. Sûrement pour ça qu’on s’en rappelle pas bien quelques années après, pas assez « concret ».

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