Karoo

Karoo

Même Hikari a l’air consternée…

Je ne sais même plus quand j’ai commencé ce roman. Il y a plusieurs mois, c’est sûr. Et je l’ai enfin terminé. Un vrai soulagement ! Je viens de parcourir un brin de chemin sur le web à la recherche de critiques et j’ai eu du mal à en trouver de mauvaises. Tout le monde est dithyrambique sur ce truc.

Bon alors le pitch. Je peux parler de pitch, puisque Saul Karoo, le héros (si je puis dire), exerce le métier de script doctor aux États-Unis. Il habite New-York mais n’hésite pas à se déplacer à Los Angeles si besoin pour rafistoler des scénarios ou même carrément des films déjà montés. Oui parce que dans l’industrie du film, des gens écrivent des scénarios et si ceux-ci ne plaisent pas aux producteurs pour des raisons diverses et variées, ces mêmes producteurs sont prêts à payer d’autres personnes pour les réécrire à leur convenance. Donc Karoo, c’est son métier. Niveau perso, il est en plein divorce d’avec sa femme, Dianah, une riche pintade castratrice. Et il tente bien maladroitement de construire une relation satisfaisante avec leur fils adoptif, Billy, qui entre à l’université. Karoo a cette particularité de pouvoir boire des litres d’alcool sans ressentir de sensation d’ivresse. Bon, OK. Il fume, aussi. Il n’a pas d’assurance maladie.

Karoo délaye pendant des pages et des pages ses états d’âme, son alcoolisme, son incapacité à nouer un quelconque dialogue avec son fils, son aversion pour un certain producteur et pour la cruauté du milieu cinématographique. La première partie du roman est longue comme un jour sans pain et c’est celle qui m’a pris le plus de temps à lire.

Ensuite ça s’arrange un peu. Cromwell, un producteur aux dents longues, demande à Karoo de démonter le film d’un réalisateur de renom, en fin de carrière et, soit dit en passant, en fin de vie. Karoo regarde le film et le trouve génial. Masterpiece. Il ne changerait pas la moindre virgule ni le moindre plan à ce qu’il considère comme le dernier chef-d’œuvre du réalisateur. Chef-d’œuvre que ce crevard de Cromwell n’a pas su déceler, bien évidemment. Pourtant, Karoo va faire ce qu’on lui demande parce que dans les tous premiers plans du film, il a reconnu la mère biologique de son fils adoptif. Cette dernière n’a qu’une scène au montage final alors que les rushes la montrent partout. Karoo va tout faire pour que le film soit le sien. Il va la rencontrer. Ils vont tomber amoureux. Et patatras. La cata. Une histoire de fous. La mort au tournant. La déchéance. Et Ulysse qui vogue dans les étoiles à la poursuite de Dieu qui s’en fout. WTF ?

Bon. Y a quelques trucs bien dans ce roman, dans toute cette logorrhée métaphysique d’un quinqua qui fait le bilan de sa vie et qui s’y prend comme un manche. Des bonnes idées, des traits d’humour noir, un cynisme décapant… Les réflexions sur les gens et la vie en général, les considérations sur le monde du cinéma et du show business, tout ça aurait pu être passionnant.

Mais faut s’accrocher tant bien que mal à ce fameux pitch, que j’aurais volontiers fait réécrire pour le coup. Parce que bon, le mec qui reconnaît la mère biologique de son fils uniquement en entendant le son de son rire (alors qu’il ne l’a jamais vue et après 20 ans sans l’avoir entendue), qui réussit à la retrouver, à la mettre dans son lit, à faire de son film un nouveau chef-d’œuvre. Et puis cette histoire sordide avec son/leur fils, dont le pitch se débarrasse de la plus commode des manières (le vrai cynisme aurait été de ne pas faire, enfin bref, je veux pas spoiler mais pour que ce bouquin atteigne vraiment les sommets du glauque, il aurait fallu garder… enfin bref…). Toute cette histoire paraît totalement invraisemblable alors que les personnages, leur psychologie et l’analyse du monde du cinéma sont au contraire plutôt bien sentis.

Et puis je me suis fait avoir, une fois de plus, par les citations délirantes imprimées sur la couverture (et par les critiques lues ici ou là). Hilarious, laughing out loud… Ben désolée, j’ai pas éclaté de rire à toutes les pages. J’ai souvent souri, apprécié le cynisme d’un bon mot ou d’une situation, mais j’ai trouvé que ce roman était au contraire déprimant, triste, désespéré, parfois pathétique. Moi le type à la dérive qui picole au petit déjeuner et qui se fait trimballer par tout le monde, ça me fait pas marrer.

Je me demande si finalement, le succès de ce roman ne vient pas du fait que son auteur soit mort deux ans avant sa sortie (en 1998). Du coup, la réalité rejoint un peu la fiction. L’œuvre qui rencontre le succès alors que son artisan n’est plus de ce monde…ça me rappelle un truc du roman dis donc ! Genre on peut pas en dire du mal parce que bon, les morts sont tous de braves gens.

J’avais acheté ce roman après avoir vu toute une escouade de libraires le désigner comme leur roman de l’année, non pas en 1998, mais l’année dernière lors d’une émission de La grande librairie sur France 5. C’est quoi cette faille spatio-temporelle ? Il s’est passé quoi entre 1998 et 2012 pour que les libraires découvrent tous ce truc au même moment ? Il avait pas été traduit jusqu’alors ? Du coup, il faut se replonger dans une époque qui paraît bien lointaine, le roman se déroulant en 1991. Mais je ne pense pas que les rouages de l’industrie cinématographique et les producteurs, scénaristes, actrices aient beaucoup changé.

Bref, mon opiniâtreté à vouloir terminer un roman m’aura encore fait perdre bien du temps. Je n’ai pas aimé le début, j’ai retrouvé de l’intérêt au milieu, et la fin m’a consternée. Les toutes dernières pages en particulier, délire métaphysique et mythologiques d’un type en train de se vider de son sang sur la cuvette des toilettes d’un studio de production déserté un jour férié.

Quelques citations que j’ai malgré tout relevées et qui m’ont interpellée.

« If I were God, I thought, I wouldn’t have the heart to appear now. Not after all these books and millions like them had been written. No, I wouldn’t have the heart to appear at this late and say: Here I am. I have come to tell you the truth and make superfluous the centuries you spent searching for it. No, if He were truly a loving God, He would stay away. It was too late now. The tragedy of the poor lonely God who had waited too long to appear overwhelmed me. There He was, somewhere out there on the edge of the everexpanding universe, getting farther and farther away from us, receding from us at the speed of light. »

« Public stories are different from private stories. Public stories, by their very nature, are not really stories but stories of stories, once or twice removed from the individuals in the story. And just as second or third generations of computers are deemed superior to the original prototypes, second- or third-generation-stories are likewise deemed superior in every way to the original story of some private person who has become public. »

2 Commentaires

  1. Mum

    Je ne vais pas le lire !

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