Mud – sur les rives du Mississippi

120x160 Mud OK 21-03Après l’étonnant et angoissant « Take shelter », Jeff Nichols revient avec une pure fable américaine, Mud. J’aimerais savoir quel esprit malade et torturé a jugé nécessaire de rajouter cet odieux appendice au titre français. Sur les rives du Mississippi. Bravo, j’ai le générique du DA Tom Sawyer dans la tête maintenant. Et franchement, à quoi sert ce rajout ? Mud, c’est le nom d’un mec. Ça veut dire ce que ça veut dire, aussi. Mud est dans la merde. Alors il se cache sur un île, « sur les rives du Mississippi », où deux gosses en mal d’aventures vont le débusquer par hasard. Malgré la sale gueule, malgré le flingue à la ceinture, les deux ados, Ellis surtout, vont se prendre d’affection pour ce mystérieux bonhomme, sorte de héros romantique au destin chaotique.

Mud est là pour venir chercher la femme qu’il aime. Il a tué son amant violent et est maintenant recherché par la police, mais aussi par la famille du type qu’il a descendu, des gangsters sans scrupules. De son côté, Ellis assiste à la séparation de ses parents et tente de démarrer une vie sentimentale avec la jolie May Pearl.

Le film s’appelle Mud mais il aurait dû s’appeler Ellis. Il est sans conteste l’élément principal du scénario, le pivot, l’œil, la pierre angulaire au coin de laquelle tous viennent se cogner. Ce gosse, élevé à la dure, un peu sauvageon, ne pense qu’à l’amour. Celui de ses parents qui s’enfuit, celui de May Pearl qu’il voudrait, celui de Mud qu’il admire plus que tout. Mud et Juniper se sont connus à l’âge de 10 ans et ne cessent de se perdre et de se retrouver depuis. Impossible de savoir lequel des deux s’est escrimé à tout foutre en l’air à chaque fois. Tous responsables. Pour Ellis, ça n’a aucune importance. Juniper fricote ailleurs, Mud est un menteur, mais lui, Ellis, sait que ces deux-là sont faits pour s’aimer, il le sent et il a raison. Alors du haut de ses 14 ans, il va tout faire pour les réunir, au péril de sa vie. Se jeter sur un dangereux gangster, foutre son poing dans la gueule de Mud, voler du matériel… son énergie, sa naïveté, son obstination serrent le ventre et le cœur tant on sait que ses 14 ans l’empêchent d’anticiper la fin inéluctable.

Qu’il est bon et apaisant, après un Gatsby outrancier, écœurant et factice, de voir un film aux décors aussi bruts, aux personnages avec autant de relief (et pas besoin de 3D), aux sentiments aussi poignants. L’Amérique profonde, encore plus profonde que dans Take shelter, se dépeint sans smartphones, avec des pick-up délabrés, des motos bricolées qu’on conduit cheveux au vent, avec des gosses qui pilotent des bateaux, grimpent aux arbres, bricolent des moteurs et mettent leur poing dans la gueule de ceux qui osent porter la main sur une demoiselle en détresse.

Matthew McConaughey, hirsute et amoché, joue les Robinson romantiques et inquiétants sur son île abandonnée. Séduisant autant que menaçant, il semble n’avoir que quelques années de plus, dans sa tête, que les deux gosses qui vont devenir ses anges gardiens. Son amour pour Juniper, les folies dont il est capable pour elle ne semblent trouver d’écho que dans le cœur d’Ellis, tous les autres le prenant pour un doux dingue. Superbe rôle pour McConaughey, capitaine du bateau qui vogue dans les arbres. J’ai été déçue par le trop petit rôle donné à Michael Shannon (Take Shelter, Les noces rebelles) : sa gueule, son regard fou auraient dû être exploités plus en profondeur et en longueur. Reese Witherspoon est semblable à elle-même, insipide. Je ne l’aime pas, quoi qu’elle fasse. Et les gosses… des vrais têtes brûlées au regard profond, qui jurent comme des charretiers mais qui rêvent de cette cabane-bateau dans les arbres. Et du flingue de Mud.

Film de société, thriller, parcours initiatique, Mud déroule pendant plus de deux heures un scénario haletant dans des décors aussi déprimants que somptueux, articulé autour d’un seul et unique pivot : les rêves d’amour d’un gosse de 14 ans.

PS : j’ai beaucoup souffert sur la VO, accent à couper au couteau, baragouinage dans la barbe, argot…

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