Shokuzai – Celles qui voulaient se souvenir

Shokuzai1Ce film est la première partie d’un diptyque de Kiyoshi Kurosawa, adapté d’un roman célèbre au Japon. On ne va pas se mentir, je n’ai pas lu le roman et je n’ai jamais vu un seul film de Kurosawa, c’était donc une découverte totale.

La petite Emili vient d’emménager avec sa famille dans une nouvelle ville. Elle se fait vite quelques copines, dont elle partage les jeux et qu’elle invite chez elle. Un soir, alors elles sont en train de jouer dans la cour de l’école à la fin de la journée, un individu les aborde en prétextant avoir besoin d’aide pour des travaux qu’il est en train d’effectuer dans le gymnase. Il désigne Emili, qui le suit. Au bout d’un moment, ses copines s’inquiétant de ne pas la voir revenir, elles s’avancent avec précaution dans le gymnase pour y découvrir le corps d’Emili allongé, face contre terre, sans vie. Aucune des quatre fillettes ne sera en mesure de décrire l’agresseur à la police, et celui-ci ne sera jamais attrapé. La mère d’Emili convoque alors les quatre gamines pour leur dire qu’elle ne peut pas leur pardonner, que jamais elle ne les laissera en paix, et que chacune devra lui apporter une compensation pour la douleur qu’elle a dû subir.

Quinze ans plus tard, nous retrouvons Sae, l’une des quatre filles. Encore largement traumatisée par le drame, elle tente de faire bonne figure à son travail et malgré ses réticences, accepte un rendez-vous avec un jeune homme ayant fait part de son intérêt pour elle. Convaincue de trouver enfin la sécurité avec lui, elle accepte de l’épouser. Mais un nouveau drame attend Sae, rattrapée par son enfance.

Maki, ensuite. Elle a choisi la voie de l’enseignement et se montre extrêmement sévère et inflexible. Son attitude déplaît à ses collègues et aux parents d’élèves, jusqu’au jour où elle se débarrasse d’un dangereux malade armé d’un couteau et entré dans l’école. Ce qui aurait dû être sa rédemption tournera finalement au drame.

Fin de la première partie. J’imagine que le deuxième volet nous montrera ce que sont devenues les deux autres fillettes, et nous révélera le fin mot de l’histoire.

Au lieu de nous montrer en même temps les trajectoires parallèles des quatre femmes, Kurosawa choisit de consacrer un « épisode » à chacune d’elle, matérialisé à l’écran pas une incrustation de texte. D’ailleurs, au Japon, ce film a été présenté à la télé en cinq épisodes. Le procédé paraît un peu rigide au départ mais finalement, il nous permet de nous plonger totalement dans les émotions de chacune des filles. Sae et Maki sont très différentes, leur façon de gérer le drame aussi. L’une fuit devant le danger tandis que l’autre l’affronte avec détermination. Mais toutes deux sont irrémédiablement bousillées par la mort de leur amie et par la culpabilité qu’Asako, la mère d’Emili, a voulu leur faire porter. Car peut-on reprocher à des enfants de n’avoir rien pu faire ? Même pire, de n’avoir rien vu venir ?

Cette première partie est extrêmement dure. La mort d’Emili, déjà. Puis la vie de Sae, qui vire au cauchemar du jour au lendemain alors qu’elle se croyait sauvée. Et Maki, dont la violence contenue puis non maîtrisée finira par se retourner contre elle. La violence des autres aussi. Autant on peut comprendre la haine et la colère d’Asako, autant il paraît terriblement injuste que personne n’accorde le moindre intérêt à leur souffrance, leur sentiment de culpabilité, leur impuissance à faire avancer l’enquête. Point de rédemption ni de pardon pour Sae et Maki, seulement la pénitence et la punition finale.

Mariage arrangé, fétichisme, machisme, présentation d’excuses collectives publiques… la société japonaise nous est présentée sous des facettes peu reluisantes. Il ne faut pas non plus chercher dans ce film les plans poétiques d’un Kore Eda. L’image est brute, et la seule concession faite à la noirceur du sujet, ce sont des aplats blancs, lumineux, éblouissants. Ici la lumière crue qui s’échappe d’une porte, là une fenêtre en arrière-plan et sa lueur blafarde… Et au final, le noir profond d’une robe ou du plumage d’une nuée de corbeaux. Ma seule déception c’est peut-être des effets un peu trop appuyés, comme notamment la musique qui annonce un instant grave avant même qu’on ait vu quoi que ce soit à l’écran, ou des plans inutiles venant rompre le fil de la narration.

Le deuxième volet, « Celles qui voulaient oublier », c’est la semaine prochaine et mardi soir en avant-première. Comme c’est un thriller, j’ai quelques soupçons sur le dénouement par rapport à deux ou trois choses que j’ai relevées. On verra si j’ai raison.

Cinq euros seulement la séance sur présentation du ticket du premier volet.

2 Commentaires

  1. Pingback: Shokuzai – Celles qui voulaient oublier | The magic orange plastic bird said...

  2. Pingback: Real | The magic orange plastic bird said...

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