Souvenirs d’un gratteur de têtes par Bernard Pivot – Contre-plongées de Clermont-Ferrand

Exceptionnel coup d’envoi des Contre-plongées 2013, cette lecture-spectacle aura été aussi réjouissante que frustrante, sur la fin.

Convoqué à 21h15, le public était très en avance et moi aussi. Sauf qu’au niveau de l’installation de la scène et des gradins, c’était la panique. Une heure auparavant, un orage avait détrempé la ville en quelques minutes et évidemment, c’était une scène en plein air, au centre culturel Blaise Pascal.

Blaise_pascal

Après de longues minutes d’attente, la foule a été invitée à rejoindre les gradins et fauteuils, et force est de constater, telle une règle scientifique universelle, que les vieux, ça pousse. J’ai cru finir empalée contre un coin de mur. Je me suis revue en train d’embarquer un vol Ryan Air, il y a quelques années, où chaque fois les passagers se ruaient contre les portes d’embarquement puis sur moi, puis sur le tarmac, puis sur la passerelle, la mort aux trousses, convaincus que s’ils ne marchaient pas sur la gueule du gars d’à côté, ils voyageraient en soute. Mais y a de la place pour tout le monde bordel ! Même pour un spectacle de Bernard Pivot ! Rah ! Bref.

J’ai trouvé une place dans les gradins, j’aime autant être en hauteur. Et quelques minutes plus tard Bernard Pivot faisait son entrée sur scène. « Souvenirs d’un gratteur de têtes » est le récit de sa vie, chronologie d’un parcours jalonné de rencontres et d’anecdotes savoureuses ou émouvantes. Le gratteur de tête, c’était le type juché sur le train fantôme de son enfance, celui qui épouvantait les jeunes filles en leur trifouillant les cheveux, au point qu’elles se blottissaient dans les bras du petit Bernard, ravi. Depuis, le petit Bernard n’a cessé de vouloir gratter la tête des gens, pour y faire rentrer de belles idées et surtout l’amour des mots. Cette lecture-spectacle est découpée en plusieurs parties, en tranches de vie, et Bernard Pivot navigue entre un pupitre et une reconstitution du « salon » d’Apostrophe. Mise en scène sobre mais nécessaire, afin de bien consacrer toute notre attention aux mots choisis, élégants, parfois croustillants.

J’ai évidemment très peu vu les émissions de Bernard Pivot. Mais j’aime ce personnage, son humour, son amour des livres et des mots. J’ai aimé ses dictées, qu’on faisait en famille sur la table de la cuisine. Hallucination de ma collègue américaine quand je lui ai expliqué que des milliers de gens s’agglutinaient devant leur télé une fois par an pour faire une dictée pleine de pièges. J’avais aussi participé aux Dicos d’or. Première sélection sur une dictée faite en classe de troisième, avec une anecdote croustillante. La dictée était constellée de noms barbares de maladies du genre « rhinopharyngite » et par le plus grand des hasards, un camarade avait dans ses affaires un tube de Lysopaïne, les pastilles placebo pour le mal de gorge. Hop ! Voilà quelques mots qui n’auront pas été écorchés ! Suite à cette dictée, sélection pour la finale départementale à Guéret. Allée là-bas en dilettante, j’ai fini deuxième et me suis retrouvée sélectionnée pour l’étape suivante, qui avait lieu à… Clermont-Ferrand ! Mes souvenirs sont très flous mais je suis quasi-sûre que c’était dans l’amphi de la sup de co, où j’allais essuyer mes fonds de culottes quelques années plus tard. Bon, là, le niveau était tout autre et je suis repartie lestée de quelques dictionnaires offerts par le sponsor.

Bernard_Pivot

Bref. Bernard Pivot l’amoureux des mots, le bon vivant, l’amateur de bonne chère et de bon vin… qu’il était bon de boire ses paroles dans la cour de ce magnifique centre Blaise Pascal sous un ciel apaisé… jusqu’à ce que toutes les lumières s’éteignent. Black out. Remise en route. Quelques minutes de répit et… à nouveau le noir total. Pendant de longues minutes les techniciens ont bataillé avec du matériel qui avait souffert de la douche orageuse. Finalement, les lampadaires de la cour ont été allumés et c’est à la lueur blafarde de ceux-ci que Bernard Pivot a terminé sa prestation. Probablement rompu aux problèmes techniques des plateaux télé, celui-ci a pris cette mésaventure avec humour et grand professionnalisme. Plusieurs fois interrompu dans son récit, condamné à lire à son texte sous un lampadaire, meublant les interludes techniques avec des anecdotes savoureuses… il a prouvé une fois encore sa grande maîtrise des aléas du direct ainsi que son respect du public en allant jusqu’au bout de son texte.

« Merci, un grand merci, mille fois merci » :)

Un seul regret, pas un mot de la part de @bernardpivot1 au sujet de Twitter. Il manque un chapitre à votre histoire, mon cher Bernard 2.0 !

Merci à Val pour m’avoir informée de la disponibilité du podcast sur France Culture. Quelques minutes d’écoute me confirment que M. Pivot a fait des progrès en interprétation :)

3 Commentaires

  1. Val

    Bien sûr ça ne vaut pas le direct et ses aléas, mais suite à ton récit, j’ai passé un très bon moment ce matin en écoutant un enregistrement de ce « spectacle », disponible sur France culture.

  2. Pingback: Le Roi Nu | The magic orange plastic bird said...

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