17 juillet 2010, Randan comme dans un Songe

L’autre jour je te parlais vite fait du château de Randan. Il se trouve que dimanche dernier le site fêtait ses 10 ans avec de nombreuses festivités dont une pièce de théâtre en plein air jouée par la compagnie du Souffleur de Verre (j’étais à Thiers, fallait choisir malheureusement). Il se trouve aussi que mercredi prochain je vais voir cette pièce au centre Blaise Pascal. Et il se trouve enfin que cette compagnie, je l’avais déjà vue jouer… à Randan le 17 juillet 2010. La boucle est bouclée.

Donc voilà l’occasion pour moi d’exhumer une note de l’ancien blog, ça fait longtemps que je ne l’avais pas fait.

Bref, voici le (long et légèrement expurgé) compte-rendu d’une magnifique journée.

Note initialement publiée le 18 juillet 2010

15h. Le ciel est plombé. Il fait frais. Mais Bastien sonne à ma porte. J’attrape mon bento et c’est parti pour trois quarts d’heure de route. J’ai volontairement choisi une route champêtre pour pouvoir profiter du panorama mais le temps n’étant pas de la partie, le plaisir des yeux a été quelque peu gâché.

Presque 16h, je gare Paulette et nous pénétrons dans le Domaine après une obole de 5€ chacun à l’accueil.

Le Domaine royal de Randan a rouvert l’année dernière après de longs travaux de restauration. Le Conseil Régional en a fait l’acquisition avec l’aide de l’État afin de conserver cet élément de patrimoine exceptionnel. Preuve qu’on ne fait jamais vraiment attention à ce qu’on voit, je n’avais jamais remarqué sur les photos que le site était en ruine. Et ce fut une très belle surprise. J’ai immédiatement fait part à Bastien de mon impression sur ces ruines, et il ne m’a pas démentie, bien au contraire : Randan ressemble à Laputa. Pour les ignares, Laputa est le « Château dans le ciel » de Miyazaki (qui maîtrise mal les langues étrangères semble-t-il). J’ai trouvé la vision de ces murs, autrefois élégants, totalement surréaliste avec ces arbres qui sortaient des toits, ces lierres envahissants, ces branches s’extirpant des embrasures de fenêtres. Des études sont en cours pour réhabiliter le château mais si ça ne tenait qu’à moi, on le laisserait comme ça. Le risque bien sûr c’est que les murs finissent par tomber tout à fait. Mais je trouve l’image tellement belle !

Randan

Alors tu dois te demander ce que le Conseil Régional a foutu pendant toutes ces années puisque le château est en ruine, non ? Et bien il a réhabilité le parc, immense. Il a réhabilité le bâtiment des cuisines, qui se visite, et qui comprend maintenant la collection de trophées de chasse de Ferdinand d’Orléans. Pas moins de 450 animaux figés pour l’éternité. Le Domaine ayant été à l’abandon pendant 75 ans, il est assez surprenant de voir que cette collection a réussi à passer les épreuves du temps. Vous n’en verrez pas de photos, elles étaient interdites. Il a fallu tout de même restaurer un certain nombre d’animaux, redessiner les taches du jaguar… le clou du spectacle étant un magnifique tigre parfaitement conservé. Outre le tigre, des oiseaux divers et variés dont un albatros gigantesque, des serpents dont un immense boa, des lynx, un condor, des chats (snif…). J’ai appris comment le taxidermiste travaillait. Je pensais naïvement qu’on conservait la peau et les os des animaux. En fait non. On ne conservait que la peau et le crâne. Le reste c’est des structures métalliques et du rembourrage. D’où la difficulté pour le naturaliste de l’époque de reconstituer des bêtes qu’il n’avait jamais vues en vrai. À l’époque où les documentaires animaliers n’existaient pas, c’était le fruit de longues recherches que de redonner « vie » à une peau de bête. Le talent d’un naturaliste se mesurait à sa capacité à reconstituer des scènes réalistes avec une composition du contexte : feuillages, rochers, proies, etc…

RandanIntérieur

Deux guides différentes nous ont accompagnés pour la visite. La première pour une visite globale du Domaine. La deuxième pour la collection de chasse. Deux heures de découvertes enrichissantes. À 18h, Bastien et moi décidons d’explorer le parc avant de regagner l’accueil juste avant 19h pour demander l’autorisation de pique-niquer sur le domaine (le site est censé fermer à 19h). J’avais déjà eu l’info par téléphone mais j’ai préféré redemander. On file donc chercher les pique-niques dans la voiture et nous nous installons sur l’herbe. Le soleil a fini par faire son apparition providentielle vers 17h mais le fond de l’air est encore très frais. Bastien m’a déçue. Il est l’heureux propriétaire d’un superbe bento triangulaire qui fait la gueule (ceux qui font leurs courses chez Bento&Co savent de quoi je parle) mais il est venu avec un vulgaire sandwich club Sodebo jambon-beurre et une canette de bière. Moi j’avais mon joli bento rose (mini-sandwiches de pain de mie complet au jambon et fromage frais, dés de concombre et de melon, tomates cerises), ma box rose onigiri qui rigole (contenant un abricot et des chips de vitelotte, violettes donc), mon tumbler rose contenant un sirop à l’eau. Tout ça pour être assorti à mes baskets roses et à mon keffieh rose. J’en demandais pas autant à Bastien, soyons honnêtes. Bref. Nous dînons sur l’herbe puis décidons d’aller prendre un dessert au salon de thé du Domaine. Une part de tarte aux pommes chacun. À 20h le guichet pour la représentation a ouvert. En y réfléchissant bien, on aurait tout à fait pu assister à la pièce sans payer, vu que nous étions déjà dans la place. Il y avait tellement de monde que ça serait passé inaperçu et les places n’étaient pas comptées vu que tout se déroulait en plein air. Mais nous sommes d’honnêtes gens donc nous ressortons pour re-rentrer. Douze euros chacun plus tard, nous sommes invités à patienter à l’entrée du Domaine avant qu’on vienne nous chercher. Le fait d’avoir visité le Domaine l’après-midi nous a en quelque sorte grillé une partie de la surprise. Trois lieux différents pour une seule pièce et un public itinérant.

Le Songe d’une nuit d’été de la compagnie du Souffleur de Verre débute donc de manière assez surprenante. Ah oui j’ai oublié de préciser une chose. Quand nous sommes arrivés à 16h, une voiture s’est garée sous notre nez et en est sorti un petit jeune homme dont je me souvenais très bien…c’était un des deux comédiens de Novecento. Je te dis pas ma joie. Je l’avais trouvé très bon, sans parler de la mise en scène géniale, alors le voir là laissait présager d’une belle soirée. Je précise que ce n’était pas la même troupe de théâtre que pour Novecento (Compagnie de l’Abreuvoir).

20h45, quelqu’un vient nous chercher pour nous installer pour le premier acte. On connaissait les trois lieux mais on ne savait pas dans quel ordre on allait les utiliser. Le premier est donc devant la chapelle. Pas de place pour tout le monde sur les sièges donc nous nous installons sur des coussins au premier rang. La version du Songe était bien sûr une adaptation moderne et libre. Le décor n’est pas athénien mais plutôt tendance mafia sicilienne. Arrivée fracassante en BMW noire rutilante (et j’ai eu mon explication à ma question concernant les sponsors précisés sur le programme), costumes noirs, lunettes noires… Le ton est donné. Le premier acte plante l’intrigue. Un mariage, un amour contrarié, un amant et un promis qui se disputent la belle, une autre belle amoureuse du promis, une troupe de théâtre amateur qui prépare un spectacle pour le mariage…

Fin du premier acte. On nous invite à nous lever et à nous rendre sur le second lieu. Coup de bol, nous sommes du bon côté et nous arrivons parmi les premiers. Premier rang, en plein milieu, sur un banc et avec le coussin du premier acte sous les fesses. Royal. La nuit tombe vite. Le décor ce sont les arbres du parc, quelques bottes de foin, un escalier roulant customisé avec des végétaux. C’est là qu’a eu lieu l’essentiel de la pièce. C’était juste magique. Les comédiens, chacun endossant deux, trois, voire quatre rôles différents, débarquent grimés en fées. Maillots de bain végétaux, petites ailes translucides dans le dos. On les plaint car il fait franchement frais. Mais on rigole à s’en décrocher la mâchoire. Cette partie de la pièce est marquée par des quiproquos suite à des sorts jetés par les fées aux différents protagonistes. Le public est hilare. Bastien aussi. Et moi pas moins.

Troisième acte. Nous sommes conduits à la lueur des flambeaux (on oublie parfois à quel point la nuit est noire de chez noire hors agglomération) au troisième et dernier lieu. Avec Bastien on arrive une nouvelle fois à se positionner au premier rang de chaises, toujours avec notre coussin sous les fesses. C’est l’apothéose. Une débauche de gags en tous genres. Nous sommes tous morts de rire. Mes zygomatiques me font mal. Je jubile. La pièce se termine par une standing ovation sous les hourras et les bravos. Bastien hurle dans mon oreille droite, il est extatique.

Un peu groggy et paralysés par le froid, nous nous dirigeons tels des automates vers les voitures. Bastien me demande l’heure. Putain, il est minuit. La pièce a duré plus de trois heures. J’avais dit à Bastien qu’on serait rentrés à Clermont à 23h maxi, que la pièce n’était pas longue. C’était sans compter la mise en scène fournie, les ajouts de texte, les gags additionnels… Bastien a adoré. Évidemment il n’était pas très chaud à l’idée de voir la pièce, surtout après en avoir lu le résumé sur Wikipédia. Moi-même j’avais un peu peur vu le peu d’émoi qu’a provoqué chez moi la lecture en VO du texte de Shakespeare. Et au final, on a assisté à une performance hallucinante. Tout était parfait. La mise en scène était recherchée, originale, avec un souci du détail et de l’accessoire du plus grand burlesque. Les acteurs ont livré une performance de malade. Trois heures à endosser plusieurs rôles différents, dans le froid et la nuit, à réciter du Shakespeare (car n’oublions pas que c’en était), à changer de costume derrière les fourrés…et le tout avec une énergie plus que débordante. Ils donnaient vraiment l’impression de s’éclater. Bastien a trouvé que cette troupe lui rappelait les Robin des Bois. Un peu peut-être, dans les délires burlesques. On a tous les deux été fascinés par une comédienne en particulier. Capable de déclamer comme une grande tragédienne, et la seconde d’après, de partir dans un délire absolu, en faisant des mimiques et des gestes hilarants. Elle devait assurer trois rôles et elle a vraiment pu montrer toute l’étendue de son talent. Très jolie en plus. Mais n’hésitant pas une seconde à se ridiculiser. Et mon petit acteur de Novecento a lui aussi assuré trois rôles. Toujours aussi bon. Je le trouve plutôt charmant en plus. Ils ont tous été très bons. Chapeau bas les artistes.

 ParcRandan

5 Commentaires

  1. Pingback: Au banquet de Marianne – le Wakan théâtre | The magic orange plastic bird said...

  2. Oh, on a pu s’y croiser. J’y étais à cette représentation du Songe d’une nuit d’été. Quant à la pièce que tu n’as pas vu pour les 10 ans, j’y étais aussi. ;-)

  3. Pingback: Balade avec la LPO au domaine royal de Randan | The magic orange plastic bird said...

  4. Pingback: Novicio en la noche // Claude Lévêque au Domaine royal de Randan | The magic orange plastic bird said...

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