Tous au Larzac

Tous_au_larzacComme chaque année, les Contre-plongées nous proposent plusieurs diffusions de films en plein air place de la Victoire, sous le regard ébaubi d’Urbain II. Je dois dire que j’aime beaucoup ces séances, pour peu que le temps s’y prête bien sûr, et je ne suis pas la seule. Les chaises mises à disposition sont prises d’assaut et les habitués arrivent donc munis de chaises pliantes voire de fauteuils relax, ou, plus modestement, de coussins pour adoucir la station assise par terre (my choice).

Ce mardi 16 juillet était diffusé « Tous au Larzac », film-documentaire de Christian Rouaud, featuring, entre autres, José Bové et sa moustache. J’avoue bien humblement que je n’avais qu’une connaissance très vague des événements qui ont agité ce coin paumé de l’Hexagone.

Tout commence en 1971, lorsque Michel Debré annonce l’extension du camp militaire déjà implanté dans la région. Le gouvernement considère que c’est du tout cuit mais les paysans n’ont pas l’intention de céder leurs terres. Il était loin d’imaginer les proportions qu’allaient prendre le combat des gens du cru et la solidarité nationale (et même internationale).

Ce documentaire est construit autour d’images d’archives et de témoignages des protagonistes de l’époque. Paisibles retraités aujourd’hui, ce sont eux qui ont monté tracteurs, enfants et brebis à la capitale, eux qui ont veillé jour et nuit pour défendre leurs terres, eux qui parfois ont fait de la prison pour avoir revendiqué le droit de vivre en paix dans leur cambrousse. Facétieux retraités également… la narration pleine d’humilité de leurs « exploits » se pare de traits d’humour savoureux et de sourires malicieux. Et de quelques larmichettes aussi… c’est que ça remue un homme (ou une femme) toute cette agitation etCAM00567 ces injustices !

Ce qui frappe dans ce documentaire, c’est l’extraordinaire pouvoir de la solidarité. Des femmes et des hommes éparpillés sur un territoire rural arrivent à s’organiser, à s’entendre, à se soutenir les uns les autres. Ils arrivent surtout à porter à bout de bras un combat de plusieurs années, alors que beaucoup auraient pu jeter l’éponge.

Quel besoin de revenir sur cet épisode ? Tout est réglé maintenant. Mais pour combien de temps ? Les générations se suivent et ne se ressemblent pas forcément, les gouvernements et les décisions politiques non plus. Ce qu’il faut retenir de tout ça c’est qu’il faut s’accrocher à son idéal, ne jamais y renoncer, et que la lutte pacifiste rassemble, ratisse large et amène lentement mais sûrement vers une victoire méritée. J’ai retenu une idée parmi les témoignages : ce combat et cette victoire n’ont été possibles que parce que la France est une démocratie. Avec ses imperfections, certes, mais la voix du peuple, même s’il s’agit d’une centaine de paysans du Larzac, peut porter loin et renverser le cours des choses, en douceur, pour au final la satisfaction du plus grand nombre. A se demander si aujourd’hui, avec tous les moyens de communication et la viralité de l’information, on serait capable d’une telle ténacité. Il n’est pas inutile de rappeler que sur le Larzac, ils n’ont pas eu de téléphone pendant très longtemps. Difficile d’imaginer comment les informations pouvaient bien circuler de ferme en bergerie. Et pourtant, ça marchait.

Un grand et beau documentaire, pour l’exemple, pour se faire du bien et se rassurer sur la nature humaine, pour admirer les paysages du Larzac tels qu’on voudrait les voir à jamais.

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9 Commentaires

  1. Mum

    Après les brebis pas égarées du tout, un José Beauvais en prédicateur sous les flèches de la cathédrale de Clermont prêchant le retour à la terre (promise ?) devant ses ouailles, j’adore et aussi l’affiche du film.

  2. Dom.

    Aaaaah le Larzac… Quel magnifique symbole. En 2003 je suis allé me joindre en moto avec ma fille ado aux 200.000 manifestants de « Larzac 2003 ». Moi qui déteste les foules et fuis les organisations. Acte de soutien aux idées autant que d’éducation de ma génération future. Un souvenir mémorable. Mais quand même, pour le bivouac, après le concert de Manu Chao, on a pris du champ pour se caler dans un de ces petits coins secrets et tranquilles que le causse réserve à ses amoureux. Ma sociabilité a ses limites :-)

  3. J’adoooore la photo de l’affiche. Je vais fouiller pour voir le film. Je me souviens de bribes de l’histoire. Je pense qu’on sous-estime notre capacité d’agir aujourd’hui, « brainwashés » que nous sommes par un pouvoir qui veut nous convaincre que quoi que l’on fasse, on ne parviendra jamais à ébranler ce système tout-puissant. Et pourtant…

  4. @sdf de luxe : le film est de 2011, tu devrais pouvoir le trouver ici ou là, légalement ou pas ;) Mais ça devrait te plaire !

  5. Val

    Il y a plein de bonus sur le DVD (offert à Noël). Honte sur nous, on ne les a pas encore regardés. On garde un très bon souvenir du film et du naturel des témoignages des protagonistes.
    Je me demande si aujourd’hui la solidarité et la mobilisation ne fonctionnent pas mieux à la campagne (luttes contre les méga-décharges chez nous et en Haute-Loire, gaz de schiste un peu partout) qu’en ville (notre incinérateur tout neuf)…

    • @Val : je dois dire qu’étant contre cet incinérateur, je n’ai jamais levé le petit doigt pour aller manifester. Honte. Une fois j’ai failli, et pis non. J’étais tellement persuadée que ça ne se ferait pas.

  6. Pingback: Cérémonie d’ouverture du 37e festival international du court-métrage de Clermont-Ferrand | The magic orange plastic bird said...

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