La vie d’Adèle

laviedadèleLa palme d’or du festival de Cannes 2013 n’en finit pas de faire parler d’elle. Je n’ai pas suivi la polémique dans le détail et n’ai pas lu les derniers rebondissements avec la réponse du réalisateur aux actrices qui lui reprochent ses méthodes de travail tyranniques. Bon. Je ne voulais pas que tout ça vienne polluer mon avis sur ce film, même si au final je ne peux m’empêcher de voir un lien entre ce que j’ai vu et ce qui fait l’objet de tensions.

Ce film est inspiré par une BD de Julie Maroh, Le bleu est une couleur chaude. Je ne l’ai pas lue mais par contre j’ai lu la réaction de l’auteure suite à la palme d’or. Avant même de voir le film je trouvais cette réaction et cette analyse très saines. Maintenant que je l’ai vu, ben, encore plus.

Adèle est en première, au lycée. Elle aime lire, sa matière favorite est le français, elle a son petit groupe de copines et évidemment, elle reluque les garçons. Sauf qu’un jour elle croise la route d’une jeune femme aux cheveux bleus, qui enlace amoureusement une autre femme. Point de non retour pour Adèle. Elle fait tout pour la retrouver, y arrive et voilà le départ d’une intense et longue histoire d’amour.

L’histoire d’Adèle et d’Emma s’étale sur plusieurs années, d’Adèle lycéenne à Adèle prof des écoles. Et voilà un point qui m’a fortement handicapée pendant le film : les bonds dans le temps. Difficile de savoir où on en est, quel âge ont les deux protagonistes, et surtout, la jeune Adèle a des traits si juvéniles que j’ai vraiment eu du mal à l’accepter dans la peau d’une jeune femme prof des écoles. Sans parler de la façon de s’exprimer légèrement « wesh wesh ». D’autre part, ces ellipses occultent des choses importantes qu’on ne fait que survoler, et notamment la relation d’Adèle avec ses parents, dont on comprend à un moment qu’elle ne veut pas leur avouer la nature de sa relation avec Emma. Après… plusieurs années après, on ne sait pas.

Mais après tout, il ne s’agit pas vraiment d’un film sur l’homosexualité féminine. C’est une histoire d’amour, la première d’une jeune fille, qui a quelques années de différence avec sa compagne, ainsi que des préoccupations divergentes. C’est l’histoire d’une fille qui est amoureuse, qui a du mal à trouver sa place dans son couple, qui fait une connerie et le paye chèrement ensuite. En bref, il aurait pu s’agir de l’histoire d’un homme et d’une femme. D’un homme et d’un homme.

Passons rapidement sur les fameuses scènes qui ont tant fait couler d’encre. Les scènes de sexe doivent durer en tout et pour tout quinze minutes, en trois ou quatre fois. Sur trois heures de film, autant dire que c’est peanuts. Alors bien sûr, elles sont très très crues et très… impliquantes pour les actrices. Julie Maroh ne les trouve pas réalistes et aurait souhaité l’expertise d’une lesbienne pour diriger les scènes. Là par contre je trouve cette réaction ridicule. Sauf à dire qu’il existe un guide des bonnes pratiques sexuelles à l’intention des lesbiennes, et je trouverais ça franchement pathétique. Chacun fait ce qu’il veut de la manière qu’il veut, homo ou hétéro. C’est comme si on devait s’offusquer des réactions/baisers langoureux/scènes de lit dans les comédies romantiques hétéros en arguant que « nan, moi je fais pas comme ça ». Bref. Passons.

On m’a soufflé dans l’oreillette que ces scènes étaient « gênantes ». Pour ma part, je ne les ai pas trouvées plus gênantes que des centaines d’autres plans du film, et notamment ceux où Adèle a la morve au nez lorsqu’elle pleure. C’est la façon de filmer de Kechiche. Gros plans étouffants, sur les visages, la bouffe, les dents, le cul. Pendant trois heures c’est assez éprouvant. Et compte tenu des émotions à retranscrire, je peux comprendre que le tournage ait été difficile. Le réalisme des dialogues et des attitudes laissent deviner un nombre de prises impressionnant pour en arriver là. On est parfois à la limite du documentaire.

Et j’en arrive à la prestation de celle qui est à peu près dans tous les plans du film, pendant trois, heures, Adèle Exarchopoulos. Dix-neuf ans au compteur. Son regard fuyant, sa bouche boudeuse et charnue, des cheveux en pétard et agaçants, son sourire enfantin, son timbre de voix profond… et une justesse de ton et d’attitude qui devraient faire rougir de honte toutes les comédiennes chevronnées du monde entier. Je ne sais pas si ce film aurait ressemblé à quelque chose de cohérent sans elle. Je ne sais pas à quel point elle en a chié avec Abdellatif Kechiche, je ne sais pas si je peux dire que quoi qu’elle ait souffert, ça en valait la peine. Idem pour Léa Seydoux (mais qui m’a moins touchée). Mais le résultat à l’écran est d’une perfection cinématographique rare.

Faire trois heures de film sur une histoire d’amour tout ce qu’il y a de plus banal et arriver à en extraire les émotions les plus pures, l’intensité, la réalité rien qu’avec des plans rapprochés sur deux comédiennes stupéfiantes de naturel… il faut reconnaître qu’il faut du talent.

(PS : on notera la présence au casting de Benjamin Siksou, que les fans de la Nouvelle Star d’il y a quelques années (2008, paye ton coup de vieux) devraient reconnaître. Vraiment très très décoratif :-p! Mais je crois que je préférais l’entendre chanter)

2 Commentaires

  1. jdo

    Je n’ai pas encore vu le film, tu m’as juste suffisamment convaincu pour y aller (mais bon, je n’ai pas été très coriace à convertir ;) ). J’avais juste lu que le rapport conflictuel avec les parents était plus que survolé, ce qui semblait (et je peux le comprendre) embêter certains.
    Par ailleurs, j’avais lu qu’il pouvait être intéressant de faire un petit jeu de l’esprit : qu’est ce qu’on aurait retiré de ce film s’il avait raconté l’histoire d’un homme et d’une femme ? Où est la part de « curiosité » vis-à-vis d’une relation lesbienne, et de l’intensité de l’histoire et du film en tant « qu’histoire d’amour…tout court » ? Je t’en dirai plus après avoir fait un tour au ciné du coin ;)

    • @jdo : oui on peut se poser la question, si le couple avait été homme-femme. Ça pourrait marcher à condition qu’il y ait un paramètre équivalent à l’homosexualité (religion, origines, âge…) car beaucoup de scènes sont malgré tout en rapport avec certains problèmes récurrents (famille, amis, collègues). Mais je trouve qu’on oublie assez vite le fait qu’il s’agit d’une relation homosexuelle tant les émotions prennent de place à l’écran.

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