Interstellar

La lecture de ce billet est formellement déconseillée aux :

  • Amateurs de science-fiction
  • Amateurs de Christopher Nolan
  • Spectateurs n’ayant pas vu Interstellar et craignant les spoilers
  • Spectateurs ayant surkiffé cette énième croûte mégalo-spatiale

Je sais que je vais me faire des ennemis mais je m’en fous. Je ne suis pas une grande amatrice de science-fiction et ça me rend particulièrement exigeante sur le sujet. Interstellar cumule à peu près tous les lieux communs que je déteste dans ce genre cinématographique.

intervillesPrès de trois longues heures de souffrance. Plus longues qu’une nuit à l’Interhôtel, plus éprouvantes qu’une après-midi de courses à l’Intermarché, plus fastidieuses qu’une soirée devant Intervilles. J’avais précédemment souffert pendant Inception, j’aurais dû me douter que ça n’allait pas aller en s’arrangeant.

Quand ? On ne sait pas trop quand ça se passe. Tout à l’air « comme aujourd’hui » mais la Terre est en train de crever et des missions spatiales élaborées (mais secrètes) sont en cours. Par contre, les technologies mises en scène… j’imagine parfaitement la réunion de script doctors, avec au milieu de la table, la photo de Michael Douglas et son énorme téléphone portable « OK guys, you see this shit ? Never again ! ». Nan parce que les technologies, ça te plombe un film en moins de deux ans. Alors du coup, pour brouiller les pistes, dans Interstellar on va super loin dans l’espace mais on utilise des ordinateurs portables non identifiables, des énormes machines pour s’enregistrer avec de gros boutons carrés lumineux rouges comme dans « 2001 », des robots gaulés comme desdouglas Tetris (j’ai failli éclater de rire) qui diffusent des messages en MS-DOS sur leurs écrans, et surtout pas de téléphones portables. Dingue ! Quand le héros communique avec son beau-père, c’est avec un talkie. Bref. Film calibré pour durer dans le temps, pour ne pas être obsolète avant d’atteindre les bacs de DVD dans six mois.

Où ? Aux Amériques bien sûr ! Les héros, les vrais, ne peuvent qu’être là-bas (et planter leur drapeau sur des planètes à des années lumières de notre galaxie, comme si ça servait à quelque chose).

Qui ? Un type frustré, qui  a vécu un échec cuisant par le passé (un crash dont on ne saura jamais rien) et qui se retrouve à cultiver du maïs et sa passion de la science, tout en élevant  son fils et sa fille (la maman est très opportunément décédée). Il est beau, plein d’amour et très rock ‘n’ roll.

Et donc bien sûr, c’est ce pauvre type qui se retrouve à piloter une super navette spatiale dont l’objectif est de repérer une planète habitable dans une autre galaxie. Avec qui part-il ? Une meuf, jeune et fort jolie (Anne Hathaway), un black et un autre type qui meurt très rapidement (probablement un homosexuel). Faut rester très représentatif dans le casting sinon après ça fait des histoires sur Twitter et faut se justifier à n’en plus finir. Evidemment, sortis de ce petit microcosme, on se fiche du reste du monde. Ce qui nous tient en haleine pendant trois heures c’est « sa fille va-t-elle lui pardonner un jour??? », alors que six milliards d’humains crèvent sur Terre.

Donc après une première partie très longue et pleine de violons assourdissants (le père qui part sans se retourner, dans un sillage de poussière, laissant ses enfants éplorés derrière lui et filant vers son destin de sauveur de l’humanité), nous voilà dans l’espace. Avec un peu de silence, enfin ! Hans Zimmer n’a jamais su faire dans la sobriété. C’est du rien ou de l’orchestre symphonique à pleins tubes. Et donc dans l’espace, il s’en passe ! Comme dans les films d’horreur  les protagonistes disparaissent les uns après les autres, laissant le héros finir seul et auréolé de gloire sa course folle vers sa destinée.

La caution scientifique ? Ça parle de physique quantique, de gravité, de trous noirs, de trous de ver… jusqu’à la nausée et à la noyade verbale du poisson qu’on essaie d’attraper depuis le début du scénario. On veut faire croire à un film intelligent avec plein de mots compliqués alors que tout est du flan, ça me fait penser aux répliques d’Urgences auxquelles je ne comprenais rien, qui faisaient très sérieux et qui en fait étaient totalement #WTF. Notre héros-pilote-sauveur se retrouve au fin fond de l’espace sans avoir reçu la moindre explication concernant les trous de ver (solidaire avec le spectateur), à tel point que son collègue est obligé de lui faire un dessin (au sens propre). C’est un trou de ver dur, d’airain beau (pffff je me consterne, pardon). Il y en a un qui passe 23 ans tout seul dans un vaisseau et quand ses collègues reviennent, il est tel qu’ils l’ont laissé, même pas énervé, avec quelques poils blancs tout au plus, mais il a eu de quoi bouffer, alimenter les machines et s’occuper pendant tout ce temps sans péter de câble (il a fait des équations sur le trou noir, je garde l’astuce sous le coude pour mes soirées de désœuvrement). En cas d’ennui profond on peut s’enfermer dans un caisson hermétique rempli de flotte… et en ressortir vivant et même pas fripé (alors que bon… 10 mn dans ton bain et t’as le bout des doigts tout plissé, pas besoin de bosser à la NASA pour savoir ça). Niveau effets spéciaux, je n’ai pas trouvé ça transcendant, Inception était beaucoup plus créatif en la matière.

Le summum de la mégalomanie c’est tout de même notre héros, planqué derrière une étagère-trou noir, qui dicte les lois de la physique quantique en morse, à sa fille (Jessica Chastain) qui les retranscrit un crayon à la main et un tendre sourire aux lèvres, afin de sauver l’humanité et de l’envoyer coloniser un anneau de Saturne. Y a un moment donné ou science-fiction rime avec foutage de gueule. Sérieux. Surtout saupoudrée de sentimentalisme larmoyant sur fond de « c’est l’amour qui nous pousse à… ». Ca sent très fort le vieux discours de prédicateur.

Par ailleurs, pour renforcer ce petit côté mystique pas très scientifique, ce qui caractérise ce film c’est l’ellipse. Ce procédé narratif extrêmement pratique qui permet de résoudre tout un tas de problèmes sans avoir à se justifier. Ellipse sur le pitch : personnages esquissés vite fait, situation de la planète évoquée rapidos. Ellipse sur le temps : on passe d’une situation à une autre sans avertissement ni « 54 ans plus tard… ». Ellipse sur le pourquoi du comment (comme dans Inception en fait) : l’intrigue avance et on sent bien que ça devient compliqué de justifier tout ce bordel, alors on créé des situations  « surprises » totalement inexplicables et démerdez-vous. Qu’est-ce que Matthew McConaughey fabrique planqué derrière la bibliothèque hein ? Franchement ! Et puis ce « truc » du héros qui se « revoit » en train de faire des choses genre la boucle est bouclée, la poule et l’œuf… pfff… on commence à l’avoir vu un paquet de fois (L’Armée des douze singes notamment).

Au final, le vrai seul truc intéressant du film passe dans un plan totalement secondaire. Pourquoi chercher une nouvelle planète ? Parce que celle sur laquelle on est, on l’a dézinguée. Comme je suis une petite vicieuse, je me demande bien pourquoi le maïs est la seule plante qui résiste avant l’apocalypse ? Sponsorisé par Monsanto ? Bref, le message c’est qu’on va aller foutre la merde ailleurs dans l’univers, considérant qu’il y aura toujours de quoi accueillir l’humanité et sa connerie intersidérale.

Un film long, aux codes éculés, au propos noyé sous un scientisme à deux balles.

6 Commentaires

  1. Mum

    Et ben, ça casse ! J’irai pas le voir ! N’ai pas aimé Gravity . Par contre, j’aime le cinéma américain quand il nous parle de grands espaces, de relations familiales , de bons et de méchants (la petite maison dans la prairie…) : j’ai revu avec plaisir  » Légendes d’automne » et je vais voir pour la 3ème fois « Et au milieu coule une rivière « . (Et pourtant je ne suis pas fan de pêche à la ligne !)

  2. Laurent Chamalin

    Pourquoi il ne reste que le maïs ? Un chroniqueur du Masque et la Plume a donné la réponse hier. C’est pour continuer de vendre du popcorn au cinéma ;-)

    • @Laurent : aaaah ! J’ai été plus cynique avec Monsanto mais cette explication tient la route également… ;) J’ai juste lu un résumé de l’émission sur internet, il faudrait que je prenne le temps d’écouter le podcast.

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